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Le Ministre de l'environnement, monsieur
Paul Bégin, est, depuis les dernières années,
à développer la stratégie québécoise
de lutte aux gaz à effet de serre (GES) afin d'atteindre
les objectifs internationaux convenus tant à Rio (1992) qu'à
Kyoto (1997). Son plan d'action, ambitieux et mené avec énergie,
se traduira éventuellement par une pléiade de mesures
touchant tant les gouvernements municipaux que les industries, les
sociétés de transports et même les citoyens
individuels. Celle de ces mesures qui nous rejoindra chacun très
concrètement sera l'éventuel programme d'inspection
et d'entretien (I & E) de nos automobiles personnelles.
Dès l'automne 1996, le Ministère de l'Environnement
fractionnait l'immense tâche de consultation entre une multitude
d'associations. Le volet touchant les véhicules privés
fut confié à l'Association québécoise
de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) qui s'associa
avec presque cinquante partenaires publics et privés, scientifiques
et financiers, dont l'Association des industries de l'automobile
du Québec, l'Agence de l'efficacité énergétique,
la Communauté urbaine de Montréal, le Ministère
de la santé et des services sociaux, CAA - Québec,
Canadian Tire, UAP, l'Institut canadien des produits pétroliers,
etc.
Le mandat de l'AQLPA était, entre autres, d'analyser les
programmes I & E existant ailleurs, les technologies disponibles
et leurs coûts d'implantation. De tels programmes obligatoires
existent dans au moins 37 états américains, dans certains
pays européens ainsi qu'en Colombie-Britannique et en Ontario.
Cette tendance est en accroissement partout et s'avère une
voie d'avenir incontournable dans le monde occidental à moyen
terme.
Le secteur automobile au Québec est responsable de 35% des
émissions de GES. L'instauration d'un programme I & E
permettrait de réduire de 25% les émissions de certains
gaz, notamment les hydrocarbures (HC) et le monoxyde de carbone
(CO) en plus de permettre une réduction globale de la consommation
de carburant de 3 à 8%. Ultimement, tout ceci se traduirait
par des centaines de millions de dollars d'économies pour
les automobilistes (un véhicule bien entretenu consomme moins
et coûte moins cher en réparations à moyen et
long terme), pour l'État en coûts d'hospitalisation
pour des problèmes respiratoires et de cancer de la peau,
sans compter les effets bénéfiques sur les pluies
acides et l'appauvrissement de la couche d'ozone.
La collecte d'information sur le parc automobile québécois
a été faite grâce à plus de 200 cliniques
gratuites dans 40 villes depuis 1997. Près de 7,500 véhicules
ont été inspectés. Même en utilisant
des balises très permissives et une instrumentation élémentaire,
il a été déterminé qu'au moins 16% des
voitures échouaient le test, ce qui se traduirait par 600,000
véhicules sur un parc total de près de 4 millions
à l'échelle du Québec.
L'AQLPA recommande une inspection à tous les 2 ans et que
le renouvellement du certificat d'immatriculation soit conditionnel
à la réussite du test. Similairement à l'Ontario,
le coût du test serait d'environ 30$. Il prendrait environ
15 minutes et il y aurait 300 inspecteurs agréés à
la grandeur du Québec. Les réparations moyennes auxquelles
on s'attend à ce qu'un inspecteur prescrive en cas d'échec
seraient de 155$, montant qui serait récupéré
par le propriétaire en économie d'essence au bout
de 20,000 km. En Colombie-Britannique, le gouvernement a même
mis en place un programme de rachat des voitures dont les coûts
de réparation s'avéreraient prohibitifs.
Le test effectué aux cliniques volontaires de l'AQLPA ont
été faits à l'aide d'un appareil "4 gaz",
analysant le taux d'oxygène (O2), de gaz carbonique (CO2),
de HC et de CO. Le technicien s'assure d'abord que le moteur a atteint
la température requise. Une sonde est introduite au bout
du système d'échappement. Les émissions sont
notées à 2,500 tours et au ralenti. Le technicien
explique ensuite les résultats en les comparant à
un gabarit de rendements acceptables en fonction de l'année
de fabrication de la voiture. Des conseils d'ordre mécanique
sont ajoutés au besoin.
Les limites d'émission au ralenti utilisées
lors de ces cliniques étaient comme suit:
| Année de la voiture |
Hydrocarbures Parties par million |
Oxyde de carbone en pourcentage
4 cylindres
|
Oxyde de carbone en pourcentage
Plus de 4 cylindres |
| 1988 et + |
220
|
1.2
|
1.2
|
| 1987 |
300
|
2.5
|
1.5
|
| 1986 à 1976 |
ajoutez 30/année
|
ajoutez 0.1/année
|
ajoutez 0.1/année
|
| 1975 |
660
|
3.7
|
2.7
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La principale cause d'échec dans le cas des véhicules
testés s'est avéré être l'émission
des HC. Les voitures ayant 15 ans et ayant parcouru 200,000 km ont
obtenu les moins bons résultats. Dans le cas des voitures
anciennes, roulant peu et à de moindres révolutions,
la principale cause d'échec pourrait s'avérer être
les émissions de CO, typiques d'un moteur encrassé
(dépôts de carbone). Il est évident que certaines
très anciennes voitures, même parfaitement réglées,
ne pourraient jamais brûler leur carburant de façon
efficace selon des standards modernes. Entre autres choses, leur
bas taux de compression ainsi que la configuration primitive de
leur chambre à combustion ne pourrait être modifiés
afin de le permettre, d'où l'extrême nécessité
d'une exemption en notre faveur. Par contre, certains autres facteurs
mieux contrôlables peuvent également influer sur les
émissions: système d'allumage, bougies, câbles,
filtre à air, ajustement du carburateur et notamment un mélange
air/essence trop riche ou trop pauvre, segments usés, etc.
On estime à environ 25,000 le nombre de voitures âgées
de 25 ans ou plus, ce qui représente un peu plus de ½
de 1% du parc automobile québécois. Probablement qu'environ
15,000 de celles-ci seraient de véritables voitures de collection,
utilisées en moyenne 1,500 km par an et méticuleusement
entretenues. L'AQLPA exprime sa sympathie à l'endroit de
ces anciennes en recommandant que les voitures de collection de
25 ans ou plus soient exemptées du programme I & E en
raison de leur statut particulier et parce qu'ils constituent un
segment si marginal du parc automobile.
Cette sympathie ne se retrouve pas uniquement dans le rapport de
l'AQLPA, mais se dégage également des entretiens que
j'ai eu le plaisir d'avoir avec sa direction, notamment son président
André Bélisle et sa directrice générale
Jocelyne Lachapelle. Monsieur Bélisle avait été
consulté par le gouvernement de l'Ontario lors de l'élaboration
de son propre programme I & E et il avait joué un rôle
important dans la décision ontarienne d'exempter les anciennes.
Lors des cliniques québécoises, les inspecteurs ont
été témoins d'exemples où une ancienne,
méticuleusement entretenue, pouvait obtenir de meilleurs
résultats qu'une bonne quantité de voitures modernes,
comme l'a prouvé une dame âgée et sa Mercury
Comet 1963. À l'AQLPA, on est conscient que les voitures
de collection sont généralement entretenues avec soin
et c'est ce qui, entre autres facteurs, contribue à minimiser
leur impact sur l'environnement. Il est donc particulièrement
important pour la survie de notre "communauté distincte"
qu'elle continue de se caractériser par la recherche de la
perfection tant mécanique qu'esthétique. Nous devons
nous appliquer à étendre cette fierté jusque
dans les tréfonds les plus invisibles de nos anciennes si
nous voulons nous assurer du privilège qu'on recommande de
nous accorder.
La très grande majorité des autres juridictions prévoient
une telle exemption pour leurs anciennes. Dans ces cas, le seuil
minimal varie de 15+ à 35+ ans. Par prudence, les plus importantes
associations américaines de collectionneurs ont un comité
permanent de surveillance de la législation pouvant avoir
des répercussions sur leur hobby.
Le 7 juin dernier, j'eus la chance de participer à l'une
des dernières cliniques de l'AQLPA avant le dépôt
de son rapport final au Ministre Bégin, prévu pour
la fin de l'automne 2000. L'inspection de ma Shay 1980 a révélé
qu'elle produisait des émissions de 30 fois (à 2,500
tours) à 60 fois (au ralenti) moins polluantes que ce qui
aurait été jugé admissible pour une voiture
âgée de 20 ans.
Par hasard, le Ministre Bégin terminait de livrer une allocution
non loin de là et fut attiré par le spectacle inusité
de ma voiture garée au beau milieu de l'intersection Ste-Catherine
et St-Urbain à l'heure de pointe du midi. On lui présenta
les résultats de ce test fort éloquent et j'ose espérer
que ce dernier aura eu pour effet de lui illustrer mémorablement
ce message que nous devons désormais intégrer à
la culture de notre milieu si nous voulons en garantir la survie:
"Une ancienne voiture méticuleusement entretenue peut
polluer moins que la voiture récente de monsieur Tout-le-monde".
Dès le dépôt du rapport final de l'AQLPA, les
légistes se mettront probablement à préparer
des modifications au Règlement sur la qualité de l'atmosphère
qui pourraient être déposées pour étude
dans les mois suivants. Ce sera un tournant important pour nous
puisque ce ne sera qu'à ce moment que nous serons assurés
de l'existence d'une exemption en notre faveur.
Le 13 octobre 2000:
Le 13 octobre 2000,
le ministre de l'Environnement, M. Paul Bégin, déposait
son Plan d'action québécois 2000-2002 sur les changements
climatiques. Ce document de 42 pages peut être consulté
à l'URL suivant: http://www.menv.gouv.qc.ca/air/changement/plan_action/index.htm
.
Dans celui-ci, le ministre annonçait 37 mesures
concrètes touchant une pléiade d'activités
gouvernementales, industrielles et privées.
Dans le domaine du transport, comptant pour 38% des
émanations de gaz à effet de serre, le gouvernement
remplacera notamment une partie de sa flotte par des véhicules
faiblement émetteurs, procédera à des investissements
dans le transport en commun, étudiera la possibilité
de verser des remises aux citoyens achetant des véhicules
économiques tout en faisant payer une taxe additionnelle
aux acheteurs d'utilitaires sport (4 X 4) et, de façon plus
importante pour chacun de nous, implantera un programme obligatoire
d'inspection et d'entretien des véhicules.
Ce programme s'appuiera sur un règlement. Il
sera implanté par phases à compter de 2002. La première
phase s'appliquera aux automobiles de la région de Montréal.
Des phases subséquentes couvriront les régions de
Québec, de Hull ainsi que le reste du Québec.
Le 2 décembre 2002
Dans un article paru
dans Le Soleil du 28 novembre 2002, M. André Bélisle,
président de l'Association québécoise de lutte
contre la pollution atmosphérique (AQLPA), principal partenaire
et conseiller du Ministère de l'environnement du Québec
dans ce dossier, se désole de la paralysie complète
du projet. Il rappelle qu'en octobre 2000, après 4 ans de
travaux concluants, le gouvernement avait fermement promis de mettre
en oeuvre dès le printemps 2002 son Programme d'inspection
et d'entretien de véhicules automobiles (PIEVA), comme il
en existe déjà 45 en Amérique du Nord.
Mais, depuis que le ministre André Boisclair
a remplacé Paul Bégin à l'Environnement, le
programme est paralysé même si la réglementation
et le projet de loi sont généralement prêts
depuis 2001. Lors de rencontres avec l'AQLPA, le ministre Boisclair
a clairement indiqué "qu'il n'était pas question
d'aller de l'avant avec le PIEVA, compte tenu de la baisse de sympathie
populaire à l'égard du gouvernement".
Le programme québécois se retrouve donc
actuellement dans les limbes administratives de l'État après
7 années d'études, de rapports techniques, d'engagements
et de promesses, sans compter des dépenses de plus de 5,000,000$!
À suivre...
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