C'EST À 30 ANS… QUE NOS BELLES…

par Pierre-André Ouimet

Trente ans se sont écoulés depuis que deux amateurs, Gilles Desroches et Robert Marshall, se donnaient pour mission de faire reconnaître la valeur de certaines voitures anciennes, ignorées par le club plénipotentiaire de l'époque, le Vintage Automobile Club of Montreal ( VACM), appellation unilingue tout à fait courante en ce temps là.

Une MG TC 1947 et une superbe Morgan de la fin des années cinquante ne savaient trouver grâce aux yeux de ce club, comme voiture ancienne de collection. Il fallait avoir une voiture de vingt-cinq ans ou plus, rare ou non, prisée ou non, mais vieille d'abord et surtout. Ainsi naquit le EVEA. " E " pour Enthousiastes, ce qui devait être le motif et le moteur de ce club exclusivement axé sur les voitures européennes d'autrefois.

Rapidement, nous avons vu se regrouper environ 15 passionnés. Mentionnons parmi les irréductibles Ed Richardson avec une magnifique Bentley MkVI et une MG J2 de 1932… il aura aussi plus tard une " vraie " Jaguar C-Type de course, Vince Prager avec une Jaguar MkV décapotable et une Alvis TD21 aussi décapotable, Henri Colombani avec sa tristement célèbre XK140 roadster qui se voyait victime d'un accident " perte totale " la veille même de la première activité officielle du club, le 14 septembre 1974.

Donc, entre juin 74 et septembre, allait se créer un club où la route, les activités dynamiques et le plaisir allaient avoir préséance sur les expositions, les concours d'élégance et les "j'ai mis plus d'argent que toi sur mon Ford Modèle A". Dans le même souffle, ou devrais-je dire, dans la même optique de dissension au VACM, naissait presque au même moment le V.A.Q. sous l'égide de Gilbert Bureau et de quelques autres enthousiastes qui ne pouvaient non plus trouver un terrain d'accord avec le clan de l'ouest du VACM.

Les premières années du EVEA furent marquées par de nombreuses activités sportives. Qu'on se rappelle le premier slalom dans la cour du Centre Laval- eh oui, on pouvait aller voir les gestionnaires d'un tel endroit et obtenir l'accès pour tout un beau dimanche après-midi pour faire des slaloms… une cour de centre d'achats vide à tous les dimanches! Quelques pylônes empruntés en caoutchouc rouge, une "stop watch" à vingt dollars et que la compétition commence. Puis, ensuite une chasse aux trésors, organisée par votre auteur, et pour laquelle certains m'en "veulent" encore. Elle n'a duré que six toutes petites heures pour ceux qui ne se sont pas trop égarés et le clou de l'épreuve était de pouvoir aller prendre une pièce sur une vieille MGB abandonnée dans un champ, derrière un clôture. Comment vouliez vous que je sache qu'il y avait un gros chien derrière la clôture le week-end? Moi je l'avais vu durant la semaine, sans problèmes!

On a aussi pendant plusieurs années fait des gymkhanas dans la cour de Hewitt à Pointe-Claire, de mémorables "tournées d'économies" dont celle qui m'est restée à la mémoire, où Daniel Noiseux m'avait prêté sa BMW Isetta "Clémentine", fraîchement arrivée du Manitoba pour la tournée. Avant le départ, tous me montraient du doigt disant que j'aurais un avantage injuste. Et bien, j'ai fini bon dernier avec une fuite à l'approvisionnement d'essence.

Parlons un peu des grandes disparues de notre parc auto. Sachez que notre club a réellement compté ou vu participer à ses activités les voitures suivantes :
BMW 507 roadster rouge, impeccable, qui appartenait à James Rowan, un cinéaste connu de l'époque, la Maserati 3500 GT coupé de William Ayoub, un vraie bombe dans les slaloms comme l'ont appris Marcel Boucher et un certain Jacques Nolin avec leur Jaguar Mk II.
Une certaine Ferrari California Spyder bleue- vague souvenir mais quelle voiture, la Facel Vega HK500 décapotable de Laurence Reusing, voiture rarissime qui n'a quitté notre région que tout récemment; la SS I "Jaguar" de David Laidley, toujours parmi nous, de même que sa BMW 328 d'avant-guerre, reléguée sans doute au remisage depuis trop longtemps, malgré l'enthousiasme et l'attention que David leur porte toujours, une Mercedes Benz 300SL décapotable, comme celle de P. Elliot Trudeau, la Jaguar C-Type - une vraie de vraie que j'ai refusé d'acheter pour 55,000 $ !... le prix de ma maison multiplié par 1,5 à cette époque! Cette voiture a une histoire à raconter à elle seule, car je l'ai conduite au circuit Gilles Villeneuve, via la voie rapide Décarie un matin froid de novembre je crois, pour la faire conduire par Sterling Moss et Juan Manuel Fangio sur le circuit. Une vidéo de mauvaise qualité en atteste et doit bien se trouver quelque part dans mes archives. Dommage que ce jour, la caméra de Gilles Desroches n'ai pu retenir que presque rien de cet événement. Et la mythique Bugatti 57 d'un certain Brian Pollack que personne n'a jamais vue. Que de souvenirs et de rêves.

Au fil des ans, des activités mémorables ont marqué la progression du club et assuré aussi son encaisse. Sachez que le club n'a pas toujours été bien nanti et que lorsque les premiers écussons du club et les badges pour les autos ont été faits, un groupe de membres ont avancé les fonds indéfiniment pour payer le fournisseur.

Nous avons par la suite tenu des événements qui ont non seulement réglé cet état de pauvreté, mais même créé un petit fond qui n'a plus jamais disparu par la suite. D'abord, une participation à un salon à la Place Bonaventure… entourés de hot rods. Imaginez une Aston Martin DB2 coupé, rare comme tout, une Maserati Merak, une XK et quelques autres du genre dans cette mer de chrome et de peintures metal flake.

Plus tard, nous nous retrouverons plus naturellement en contrôle de notre destinée, dans le but de lever des fonds pour une bonne œuvre à Westmount et plus tard ensuite au manège militaire sur la Côte-des-Neiges pour ce faire.

D'autres événements mémorables à raconter. Les partys "Jaguar seulement" que j'ai tenu à deux ou trois reprises chez moi. Imaginez une maison de banlieue modeste sur un terrain de 5 000 pieds carrés dans le West Island… avec 30 Jaguar… partout. Sur la rue, dans l'entrée, sur le gazon, dans les entrées des voisins et une brochette allant des années 1940 avec une 3,5 L ( appelée à tort Mk IV) à une toute neuve, eh oui, toute neuve Jaguar E-Type, V-12 Serie 3, 2+2 automatique sur laquelle tous levaient le nez. On s'attardait plutôt sur une réplique de D-Type, la XK 150S 3,8 roadster dans son état d'origine de Dick Hills, une XK 120 ou une Mark IX impeccable. De belles photos devraient bien se trouver quelque part, j'en ai encore souvenir.

Que d'événements, que de grands mouvements de marques. Et puis, ce fut l'invasion. Pas barbare, mais implacable des marques nouvelles. Ce fut d'abord un mouvement timide en faveur des Citroën…qui allaient plus tard revenir en force. On vit au fil de quelques années disparaître presque toutes les Jaguar XK et autres voitures de cette catégorie, achetées par des Allemands, des Anglais, des Japonais……40 000 $ et hop! Parties outre-mer.

Puis ce fut la vogue des MGB… ces voitures qui n'avaient même pas le droit d'être vues à l'origine du club… des voitures qu'on pouvait alors acheter neuves chez Coiteux Automobiles sur Papineau… elles aussi allaient ensuite faire place à la horde des Austin-Healey, que l'on pensait bien emportées comme les Jaguar et les MG TC-TD quelques années auparavant. Et enfin, le retour, la déferlante devrais-je dire des Citroën qui allait laisser une marque qui s'est maintenue jusqu'à nos jours. Un support enthousiaste par des passionnés qui ne s'est jamais démenti, pour notre plus grand plaisir et notre camaraderie. Penser que Gilles et moi, qui rêvions d'une Citroën SM et qui avions investi d'abord dans des Renault 4L… à 150 ou 250 $ pièce, pour nous procurer ensuite une 11CV normale, achetée dans un encan près de Toulouse en France par Gilles et ensuite, ici même à Montréal, l'acquisition d'une certaine 15CV familiale, avec strapontins, extérieur bleu marine avec intérieur velours côtelé "framboise", le tout avec objectif de "spéculer" pour nous permettre d'accumuler assez d'argent pour notre fameuse SM. Et on l'a eue et trois plus que deux! Même prix il y a vingt ans qu'aujourd'hui me dit-on.

Et je passe complètement sous silence les virées du Beaujolais Nouveau… si la police savait! Départ à midi du Pied du Courant avec une caisse chacun, parade triomphale sur la rue Sherbrooke et livraison à des restaurants présélectionnés, pour ensuite aller goûter un peu… beaucoup… passionnément? les différents arrivages. Demandez d'ailleurs un jour à Daniel Noiseux comment se comporte une Traction Citroën dans la neige en très très fin de soirée ou encore à Richard Boudrias, l'épopée téméraire aussi en fin d'une autre soirée du Beaujolais chez Vito, sur la Côte-des-Neiges… dont on a tous un peu perdu souvenance!

On pourrait continuer et relater des anecdotes nombreuses, mais on doit laisser aux souvenirs oubliés bon nombre de faits cocasses ou d'événements qui n'ont d'importance que pour ceux qui les ont vécus.

Ah, j'oubliais, pour passer à l'histoire une fois pour toutes… il était trop tard dans la soirée… très avancée en autres choses, pour se rappeler qui de Gilles ou de moi a pondu le nom l' "Autosiaste" qui pare fièrement notre magazine depuis plus de vingt ou vingt-cinq ans. On "se l'écrivait" "à nous deux" ce magazine à une certaine époque, en fouillant de-ci de-là dans nos collections de magazines anciens ou récents et aussi en relatant les activités du moment… Je pense en un sens que Gérard et quelques autres doivent trouver que certaines choses changent très peu au fil des ans, n'est ce pas?

Trève de mots, que la relève se pointe et que dans 30 ans quelqu'un puisse se rappeler que la passion des Enthousiastes des Voitures Européennes d'Autrefois ne se tarira jamais.

Autosiastement vôtre,
Pierre-André Ouimet

©VEA


 


RETOUR



HOME