LA CITROËN DS: LE CONCORDE DE LA ROUTE

par Alain Raymond (article original paru dans "La Presse")

Claude Guillot est arrivé au Québec avec la Citroën DS ou, plus précisément, pour la Citroën DS. "J'étais technicien d'usine, chargé de dévoiler aux techniciens québécois les "mystères" de la DS. Car voyez-vous, cette voiture n'avait pratiquement rien en commun avec les productions de l'époque et Citroën avait intérêt à ce que l'entretien et les réparations se fassent comme il se doit. Quand on sait la complexité du système hydraulique et, ne le cachons pas, les problèmes de fiabilité qui ont touché les premiers millésimes de la DS, cette formation était essentielle".

Si vous aimez l'automobile, vous connaissez sans doute la Citroën DS, classée parmi les voitures les plus marquantes du 20e siècle. Elle est née le 1er octobre 1955, il y a 50 ans pratiquement jour pour jour, au Salon de Paris. Une bombe automobile venait d'éclater. La DS est dévoilée à la presse mondiale et au public médusé qui découvrent une voiture totalement hors du commun. D'un coup, on change de siècle automobile. "Quinze ans d'avance sur n'importe quelle autre voiture au monde", s'exclame Pinin Farina lorsqu'il découvre la DS.

À l'instar du Concorde, l'avion de ligne supersonique créé en 1969 et qui n'a jamais eu d'égal, la DS occupe une place spéciale dans l'histoire de l'automobile. Oeuvre de l'ingénieur André Lefèvre et du designer Flaminio Bertoni, la révolutionnaire DS a fait avancer l'automobile toute entière. Sa première grande qualité: un design génial.

Sculptée par le vent

Les atouts de la DS: un profilage que pourrait envier des voitures du 21e siècle et une suspension qui donne la sensation que la voiture est montée sur quatre ballons qui flottent sur une mer d'huile.

La DS présente des lignes remarquablement épurées et un profil qui évoque une aile d'avion. Le museau effilé se prolonge par le capot en aluminium à la surface parfaitement lisse qui rejoint le pare-brise parabolique. De là, la ligne du toit en plastique s'incurve et descend gracieusement vers la lunette dont le dessin épouse le couvercle du coffre et les ailes arrière. Summum d'efficacité aérodynamique, ces mêmes ailes couvrent partiellement les roues arrière, formant ainsi une ligne droite ininterrompue avec le bas de caisse. La remarquable pureté esthétique de la carrosserie se poursuit sous la voiture par le carénage complet qui couvre tout le bas.

À cette robe élégante, s'ajoute un habitacle tout aussi inusité axé sur le confort des occupants. L'empattement extrêmement long dégage une habitabilité étonnante et les "fauteuils" moelleux permettent aux occupants de prendre leurs aises. Quant au conducteur, il dispose d'un volant à branche unique (une autre innovation) et de commandes parfaitement intégrées et accessibles sans lâcher les mains du volant.

Technique d'avant-garde

Si le dessin de la DS lui permet encore de se distinguer de la "meute", sa mécanique en fait aussi une curiosité dure à battre.

Une véritable révolution que cette centrale hydraulique à haute pression qui prend en charge toutes les fonctions vitales de la voiture, à commencer par la suspension hydropneumatique à grande flexibilité et à correcteur d'assiette qui assure à la caisse une hauteur constante quelle que soit la charge à bord. Les ressorts métalliques traditionnels sont ainsi remplacés par des éléments suspenseurs remplis de gaz et de liquide ce qui procure à la DS un confort et une tenue de route remarquables. Autres fonctions assistées, l'embrayage dont la pédale est remplacée par un dispositif de transmission semi-automatique. Mentionnons aussi les freins à disque, une première mondiale pour une voiture de grande série, commandés par un double circuit à assistance hydraulique qui répartit le freinage entre l'avant et l'arrière selon la charge de la voiture.

L'impact sur le public est tel que 749 commandes fermes sont reçues dans les premières 45 minutes et 12 000 à la fin de la première journée de ce mémorable Salon 1955. En 20 ans de production, la DS est construite à 1 456 115 exemplaires, tous modèles confondus (berline, familiale, cabriolet et version de luxe Pallas). Contrairement au Concorde qui ne volera plus jamais, la "déesse" roule encore sa bosse aux quatre coins de la planète et le Québec, qui compte plusieurs collectionneurs amoureux de la DS, ne fait pas exception.

Quant à Claude Guillot, c'est au Québec qu'il a trouvé l'âme soeur. Il y est donc resté. Il roule aujourd'hui en Citroën Traction et se fait un plaisir de parler Citroën avec quiconque s'intéresse à la célèbre marque aux chevrons.

Dans le rétroviseur de la Citroën DS 1955:

Empattement: 312 cm
Longueur: 480 cm
Largeur: 179 cm
Hauteur: 147 cm
Poids: 1 110 kg
Moteur: 4 cyl. 1911 cc, 75 ch à 4 500 tr/min
Transmission: 4 vitesses, semi-automatique
Suspensions: indépendantes, oléopneumatiques, à correcteur d'assiette
Freins av/arr.: disques/tambours assistés
Direction: à crémaillère assistée
0 à 100 km/h: 22,6 secondes

Vitesse de pointe: 140 km/h
Production: 1 456 115 exemplaires

©VEA


 

 


RETOUR



HOME