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CE QUE SIGNIFIE VRAIMENT ALFA
par Yves Boulanger
Parlez à un Monsieur Tout-le-Monde Nord-Américain
de la marque Alfa Romeo, et s'il la connaît (ça serait
déjà beaucoup
) il lui viendra l'image d'un cabriolet
sport.
Si la marque Alfa Romeo était dans les années 20
et 30 un symbole de prestige et de haute performance, elle n'a mérité
de survivre jusqu'à aujourd'hui que grâce à
la démocratisation de ses produits: ce constructeur qui ne
fabriquait quelques centaines de voitures de luxe chaque année
devint après la guerre un producteur de grande série.
Conversion où tant d'autres marques de prestige ont échoué
pensons à Bugatti, Hispano-Suiza, Talbot-Lago, Isotta-Fraschini
Mais le constructeur milanais a eu du mal à renier ses origines
et il y eut quelques incidents de parcours
Nationalisée en 1933 par le gouvernement de Mussolini en
tant que symbole de la technologie italienne, Alfa n'avait guère
de soucis de rentabilité - Il Duce était prêt
à tout pour battre les Allemands sur la piste. Mais les usines
servirent à produire du matériel militaire et furent
sérieusement endommagées par les bombardements alliés.
Au lendemain de la guerre, la remise en route fut difficile d'autant
plus que le marché européen pour les voitures de grand
luxe était inexistant. Avec l'assistance du plan Marshall,
Alfa s'orienta vers un créneau plus démocratique et
lança en 1950 la berline 1900. Son architecture résolument
moderne définit ce que seront toutes les Alfa des 40 prochaines
années: structure monocoque, moteur 4 cylindres double arbre,
pont arrière rigide soigneusement suspendu et freins performants.
Les différentes versions de série de cette berline
d'allure bourgeoise atteignaient entre 160 et 180 km/h; les concepteurs
avaient pris grand soin d'offrir au conducteur pressé (italien
typique
) un ensemble équilibré. Un bon client
est un client vivant.
Alfa Romeo 1900
La production de la 1900 se situa aux alentours de 3000 unités
par an. Se souvenant de ses antécédents, Alfa avait
prévu un plancher porteur sans carrosserie sur lequel les
ateliers spécialisés s'en donnaient à cur
joie: chaque salon de l'auto permettait de découvrir de nouveaux
coupés et cabriolets élaborés par Farina, Touring,
Castagna, Ghia, Boano, Zagato et autres. Si certains furent fabriqués
à quelques dizaines d'exemplaires (le coupé Touring
fut catalogué par Alfa et produit à 1800 exemplaires
tout au long des années 50), plusieurs furent absolument
uniques; l'épitome de cette période fut certainement
le trio des coupés aérodynamiques BAT dessinés
par un Bertone déchaîné.
Mais si la 1900 avait atteint son objectif, les patrons d'Alfa
pensaient plus grand et pour cela il leur fallait faire
plus
petit. Ainsi naquit la Giulietta : une berline plus petite calquée
sur la 1900, avec un moteur de 1300 cc tout en aluminium. La production
envisagée était de 10,000 unités par année;
il fallut construire une nouvelle usine. Pour financer l'usine,
Alfa émit des obligations; en promotion, on offrit 100 Giulietta
qui furent tirées au sort parmi les acheteurs de ces obligations.
Mais l'Italie reste l'Italie, et la construction de l'usine retarde.
Les noms des gagnants sont annoncés, mais les autos tardent
à être livrées. Nous sommes en 1954; la mise
en route de l'usine prendra encore un an. Afin de calmer la fureur
des gagnants, Alfa décide de produire un modèle de
pré-série. On consulte quelques carrossiers; Bertone
est choisi car il a la capacité de réaliser rapidement
une petite série de coupés. On lui demande de s'inspirer
d'un mulet de développement assez rustique fabriqué
par les artisans de l'usine. Après quelques retouches, la
Giulietta Sprint est née. Devant le résultat, Alfa
en commande 1000 exemplaires. En fait, le modèle sera catalogué
jusqu'en 1965; au total Bertone en aura construit 34,000 exemplaires.
La marque est alors distribuée au Etats-Unis par Max Hoffman.
La Giulietta lui plait, mais il exige une version cabriolet. Celle-ci
sera construite par Pininfarina : la Giulietta Spider. Une bonne
partie des 27,000 exemplaires fabriqués furent livrés
aux USA. La Sprint y fut beaucoup plus rare, et seulement quelques-unes
des 130,000 berlines traversèrent l'Atlantique.
Alfa Romeo Giulietta
Spider
Ainsi donc, la Giulietta Sprint et la Giulietta Spider, deux des
grands classiques automobiles de l'après guerre, sont pratiquement
nées par accident.
Les différentes versions de la Giulietta connurent un réel
succès en compétition, autant sur les parcours routiers
européens tels les Mille Miglia ou le Tour de France qu'aux
USA sur les pistes d'aéroport. La version Veloce disponible
de l'usine était pratiquement livrée prête à
courir : compression augmentée, arbres à cames pointus,
échappement tubulaire, pour donner 90 chevaux à 7000
tours. Pas mal pour une 1300 cc en 1957, et assez pour faire des
cercles autour d'une 356 ou d'une grosse Healey.
Mais le design italien est intarissable : Bertone présente
en 1957 la Sprint Speciale, une version hyper profilée (cx
= 0,28), inspirée des BAT, destinée à la compétition.
Pendant ce temps, le carrossier milanais Zagato réalise
lui aussi des Giulietta de compétition : le client lui amenait
une Sprint Veloce qu'il déshabillait pour la recarrosser
en aluminium. La création épurée qui en résultait
pesait moins de 800 kg et atteignait 200 km/h, contre 900 kg et
180 km/h pour la Sprint d'usine. Les résultats en piste le
réflétaient.
Devant cette concurrence, la carrière compétition
de la Sprint Speciale ne décolla jamais. N'empêche,
Alfa mit ET la Sprint Speciale, ET la Sprint Zagato à son
catalogue. La première fit une carrière de grande
routière (2800 exemplaires trouvèrent preneur à
plus de $5000 au début des années 60), tandis que
les 200 Sprint Zagato fabriquées s'adressèrent aux
purs et durs de la compétition.
Alfa Romeo Giulietta
Sprint Speciale
La Giulietta fut un succès. Mais au début des années
60, Alfa Romeo doit penser à moderniser son produit : la
nouvelle sur de la Giulietta s'appellera
Giulia.
La berline Giulia TI est présentée à l'été
1962. Si la ligne de ses prédécesseurs était
classique, la Giulia est disons
différente. Plutôt
carrée, elle se distingue par plusieurs découpes sur
les différents panneaux de sa carrosserie. Ce n'est pas le
fruit du hasard : elle a été dessinée en soufflerie.
Son cx de 0,34 serait encore d'actualité aujourd'hui. Sa
carrosserie monocoque offrait une partie centrale rigide et des
sections avant et arrière déformables afin de protéger
les occupants. La mécanique était une évolution
de celle des Giulietta, le moteur passant à 1600 cc et la
boîte de vitesse à 5 rapports. A son lancement, la
Giulia TI était équipée de freins à
tambours - en aluminium, ventilés par des ailettes, et munis
de 3 sabots à l'avant. Ils furent remplacés en 1964
par des disques aux 4 roues; non pas pour améliorer la performance,
mais bien pour réduire les coûts.
Alfa Romeo Giulia TI
Ce nouveau modèle connut un succès instantané.
Par rapport à la Giulietta, elle gagne en performance; les
300 cc supplémentaires apportent une flexibilité qui
manquait au moteur. Elle satisfait tout autant l'homme d'affaires
pressé que le conducteur sportif. La production européenne
de l'époque ne lui connaît aucune adversaire réelle,
jusqu'à ce que BMW s'installe sur ce marché plusieurs
années plus tard.
Une fois la berline lancée, les variantes apparaissent.
Tout d'abord, les versions Sprint, Spider et Sprint Speciale de
la Giulietta sont maintenues en production quelques années
avec la nouvelle mécanique Giulia. Puis, pour 1964, apparaît
la Giulia Sprint GT : dessinée par le jeune Giugiaro qui
est alors à l'emploi de Bertone; ce nouveau coupé
évoluera pour devenir la GTV bien connue. En 1966, le Spider
" Duetto " rejoint la gamme, grâce au crayon de
Pininfarina. Entretemps, Alfa trouve le moyen de faire produire
par Touring 1000 Giulia Sprint GTC: c'est le coupé GT en
décapotable. Si cela ne vous suffit pas, il était
disponible avec un hard-top optionnel!
Alfa Romeo Duetto
Des versions 1300 de la berline, du coupé et du Spider viendront
graduellement remplacer la gamme Giulietta: ce créneau du
marché est important en Italie, où une automobile
est taxée en fonction de sa cylindrée. Une version
1600 dénommée Giulia Super, utilisant le moteur plus
puissant de la Sprint GT, fut sans contredit la plus populaire;
plus de 160,000 exemplaires furent fabriqués jusqu'en 1977.
L'aspect compétition n'est pas pour autant délaissé.
D'abord, Zagato se voit confier la tâche de réaliser
une version Giulia. Celle-ci sera radicale : la Giulia TZ possède
un châssis tubulaire, une suspension à 4 roues indépendantes
qui lui restera exclusive, et une carrosserie d'abord en aluminium
puis en polyester, très profilée - elle rappelle la
Jaguar Type E ou la Ferrari GTO en version réduite. Cette
véritable bête de course (660 kg, 215 km/h avec le
moteur de série), qui sera fabriquée à un peu
plus de 100 exemplaires, accumulera les victoires en catégorie
1600. Lui succèdera la Giulia Sprint GTA: une Sprint GT allégée
de 200 kg grâce à des panneaux en aluminium, et munie
d'un moteur à double allumage. Fabriquée à
1000 exemplaires en versions 1600 puis 1300, elle cumulera aussi
les victoires en catégorie production sur les circuits et
rallyes européens, et en série Trans-Am aux USA.
Alfa Romeo Giulia TZ
Alfa n'en est plus à une fantaisie près et ajoute
au catalogue 1966 le Spider 4R Zagato. Né sous l'influence
du magasine italien Quattroruote (d'où son nom), cet élégant
Spider sur base Giulia se veut une réplique de la 6c1750
des années 30 - une sorte de Morgan à l'italienne.
Une centaine d'exemplaires furent fabriqués.
Alfa Romeo Spider 4R Zagato
Pendant toutes ces années, Alfa fabrique aussi une descendante
de la 1900. Il s'agit de la gamme 2600, une sorte de Giulia géante
à moteur 6 cylindres. Plutôt grandes routières
que sportives, ces 2600 sont lourdes et ne connurent pas un grand
succès commercial. La berline, d'allure assez quelconque,
ne fut guère diffusée hors d'Italie et une grande
partie des 2000 exemplaires fabriqués fut utilisée
par le gouvernement. D'ailleurs, la poignée de 2600 berlines
qui traversèrent l'Atlantique étaient destinée
aux ambassades et consulats italiens. Une version coupé appelée
évidemment Sprint, apparue quelques années avant la
Giulia Sprint GT et assez semblable à cette dernière
puisque aussi due à Giugiaro, fut plus populaire (7000 ex.),
particulièrement en Allemagne où elle se sentait bien
à l'aise sur l'Autobahn. Une version Spider complétait
la trilogie classique; réalisée par Touring, le dessin
datant de la fin des années '50 rappelait les premières
Thunderbird. On ne se surprendra pas qu'elle ait été
la version la plus populaire de la gamme aux USA, où une
bonne partie des 2000 exemplaires fut écoulée.
Alfa Romeo 2600
Zagato ne fut pas en reste, et un coupé 2600 SZ, plus luxueux
que sportif, trouva aussi sa place au catalogue. Environ cent exemplaires
trouvèrent preneur.
Un jeune carrossier, OSI, développa une version plus moderne
et franchement plus agréable de la 2600 Berline. Baptisée
De Luxe, elle fut fabriquée
à une cinquantaine
de copies.
La gamme boulimique d'Alfa en 65-66 comprenait donc :
de l'ancienne gamme Giulietta, la Sprint 1300, le Spider 1600 et
la Sprint Speciale 1600;
la berline Giulia en 4 versions 1300 et 1600;
le coupé Giulia Sprint GT et ses dérivés GT
1300 Junior, GTA et GTC;
le Spider Duetto;
la Giulia TZ ;
le Spider 4R Zagato;
la gamme 2600 berline, Sprint, Spider, SZ, De Luxe.
soit 19 modèles basés sur 13 carrosseries
complètement différentes dessinées et fabriquées
par Alfa Romeo, Bertone, Pininfarina, Zagato, Touring et OSI. Si
ça ne vous suffit pas, le carrossier Colli offrait aussi
des conversions de la berline Giulia en break ou même en limousine
avec assentiment de l'usine.
Cette époque de diversité sans bornes marque un point
culminant. Dès 1968, la quasi-totalité des versions
à tirage limité, y compris l'ensemble de la gamme
2600, sont retirées de production : seule la 1300 GTA reste
disponible au compte-goutte (jusqu'en 1976!). 1968 marque aussi
l'introduction de la série 1750 (en souvenir des modèles
d'avant guerre): le moteur est portée à 1800 cc et
gagne encore en flexibilité. La trilogie habituelle des carrosseries
est disponible : le Spider reprend, inchangée, la caisse
de la Duetto encore récente. La GTV reprend celle de la Sprint
GT qui reçoit une nouvelle calandre à 4 phares, tandis
que l'intérieur est spectaculaire : nouveau tableau de bord
fini bois avec d'immenses cadrans proéminents, tandis que
les sièges baquets profonds sont ventilés par des
ouvertures. La Berlina est nouvelle: son empattement est allongé
pour augmenter l'habitabilité, tandis que les surfaces des
différents panneaux sont aplanies dans une concession à
la modernité. Les retouches sont de Bertone, mais on aurait
aussi bien pu dire " Disegno di Frigidaire ". La berline
Giulia paraissait datée à l'époque, mais sa
carrière fut plus longue et elle est plus cotée aujourd'hui
que la 1750. Alfa offre pour la première fois sur la 1750
Berlina une boîte automatique optionnelle : elle sera rarissime.
Paradoxalement, il faudra attendre encore 10 ans pour qu'Alfa offre
cette option en Amérique du Nord.
Alfa Romeo GTV
En 1969, surprise: Zagato présente un nouveau modèle
qui sera mis en production : la Junior Z. De ligne cunéiforme
résolument avant-gardiste, ce coupé est construit
sur la plateforme du Spider, plus court. Faite d'acier, elle n'est
pas plus légère qu'une GT Bertone mais gagne en agilité.
Elle connaîtra une carrière discrète; pas de
compétition, peu de diffusion hors d'Italie, mais 1500 exemplaires
seront tout de même vendus en version 1300 puis 1600 jusqu'en
1975. Son impact le plus marquant: elle a de toute évidence
inspiré fortement les créateurs de la Honda CRX.
Alfa Romeo Junior Z
Sur le marché américain, 1969 vit l'introduction
de la 1750 munie du système d'injection mécanique
Spica, en réponse aux normes environnementales. Après
avoir lorgné du côté des carburateurs Stromberg,
Alfa a épargné les amateurs nord-américains
et fait ses devoirs mieux que quiconque. Non seulement le système
Spica offre la même performance qu'une paire de carburateurs
Weber, il diminue la consommation de carburant de 20%! Le système,
dérivé du diesel, est très fiable... jusqu'à
ce qu'il soit touché par un mécanicien qui n'y comprend
rien, ce qui est la norme. Ce sera son tendon d'Achille. Une note
sur le marché américain : les ventes des trois versions
y sont à peu près égales, tandis qu'en Europe
les proportions sont de 10 berlines pour 3 coupés et un Spider.
Autre pays, autres murs.
La 1750 GTV fut très compétitive dans la série
Trans Am: ses luttes épiques contre les Datsun 510 de BRE
passèrent à l'histoire.
1970 amène une révision du dessin de la Spider :
l'arrière est coupé net . Si la Duetto et ses variantes
sont aujourd'hui très prisées des amateurs, à
l'époque leur style était démodé. Elles
n'auront été en production que 4 années, ce
qui explique leur rareté relative.
Au salon de Genève, autre surprise : la Montréal.
Dessiné par Marcello Gandini chez Bertone, ce coupé
basé sur la plateforme Giulia avait été créé
à la demande des organisateurs d'Expo 67 afin de représenter
l'auto du futur. Elle devait rester un prototype d'exposition. C'était
mal connaître Alfa: non contents de la mettre en production,
ils y greffèrent un moteur V8 2,6 litres à injection
issu de la compétition. Mais ce n'est pas le hot-rod qu'on
pourrait penser : lourde de l'avant, elle est plus à l'aise
à haute vitesse sur autoroute. Son succès sera amorti
par la crise de l'énergie de 1972. Elle demeurera sur le
marché jusqu'en 1977, avec 4000 exemplaires vendus dont une
bonne partie en Allemagne - en ce sens elle succéda à
la 2600. Paradoxalement, elle ne fut jamais importée au Canada
ou aux USA. La Montréal marquera la fin des Alfas de petite
série.
Alfa Romeo Montréal
La concurrence allemande se fait sentir, et en 1972 Alfa remplace
les 1750 par la série 2000 : nouvelle augmentation de cylindrée,
nouvelles révision cosmétiques. La GTV est la plus
touchée; le plastique fait son entrée en grand dans
la finition et le charisme de la 1750 se dilue.
Alfasud
1972 voit aussi la mise en production - deux ans en retard - de
l'Alfasud: une petite berline 1100 cc à traction avant. Son
nom indique que la production se fait près de Naples plutôt
qu'à Milan, pour des raisons politiques. Son historique sera
entaché fortement : problèmes de qualité, délais
de livraison, rouille prématurée. Les problèmes
de relations de travail sont endémiques en Italie comme ailleurs
en Europe, et les énergies d'Alfa sont diluées. Toujours
en 1972, apparaît la berline Alfetta: si le moteur est le
même que celui des séries précédentes,
l'architecture générale voit un changement majeur
qui s'appliquera à la plupart des modèles de la marque
pendant 15 ans : la boîte de vitesses est placée à
l'arrière, accolée à un pont De Dion. Pour
des raisons de stabilité, l'ingénierie d'Alfa est
absolument allergique aux suspensions arrière indépendantes.
Un coupé dénommé Alfetta GT suivra deux ans
plus tard, et cette gamme remplacera finalement les 2000. D'autres
modèles dérivés de l'Alfetta remplaceront éventuellement
toute la gamme Giulia, sauf le Spider qui tiendra le coup jusqu'en
1994. L'Alfetta sera un échec en Amérique du Nord
: le produit aura manqué de développement. La distribution
de la marque au Canada deviendra épisodique après
la fermeture de la filiale Alfa Romeo Canada en 1977, moins de 10
ans après son ouverture. A l'échelle mondiale, la
marque perd sa place de leader des berlines sportives. Les conditions
de circulation européennes changent, et la performance n'est
d'ailleurs plus un argument de vente primordial. Alfa devient une
marque comme les autres.
L'introduction de la GTV6 en 1981 sera un moment de gloire : le
modèle a un équilibre peu commun. Alfa passe sous
le contrôle de Fiat, après avoir échappé
de peu à une acquisition par Ford. Alfa USA choisit de concentrer
ses efforts sur la Milano en 1987; on pense attaquer le marché
des BMW et autres avec cette berline de style assez discutable,
basée par ailleurs sur la même plateforme que la GTV6.
La qualité du service après vente chez les concessionnaires
nord-américains met l'exercice en péril. Alfa tente
de s'allier au réseau Chrysler pour diffuser ses voitures
aux USA , au moment où la nouvelle 164 remplace la Milano.
Grande berline à traction avant, c'est la première
Alfa conçue sous le régime Fiat. Si le produit ne
manque pas d'intérêt, l'alliance avec les concessionnaires
Chrysler est un nouveau fiasco. Devant le peu de résultats,
Alfa choisit de quitter le marché nord-américain à
la fin de 1994.
Alfa Romeo GTV6
Depuis lors, Alfa a renouvelé l'ensemble de sa gamme : une
panoplie de modèles à traction avant de divers calibres
sont offerts aux européens, y compris de nouveaux Spider
et GTV. Les versions performantes sont à la hauteur de la
concurrence. GM ayant acquis des parts de Fiat, il est question
depuis plusieurs années de réintroduire la marque
en Amérique du Nord; parfois les rumeurs les destinent aux
concessions Saturn, parfois aux dépositaires Ferrari. Les
modèles haut de gamme seraient privilégiés,
et une motorisation GM ne serait pas exclue! Une constante : les
projets sont toujours à long terme.
Dans les années 60, Alfa utilisa comme slogan publicitaire
"le virus Alfa" . L'automobiliste qui en était
atteint ne pouvait plus s'en passer. Il faut croire que cette campagne
avait un fond de vérité, car Alfa est devenue un culte
auprès de certains collectionneurs : les valeurs de tout
ce qui touche la marque milanaise atteignent des sommets. On trouve
encore en Amérique du Nord quelques milliers d'Alfa des belles
années, dont une bonne panoplie des versions les plus rares.
Les modèles de production les plus prisés (TZ, Giulietta
SZ, GTA) se transigent maintenant près des 6 chiffres ou
plus. On comprend pourquoi certains prétendent qu'Alfa signifie
: Always Looking For Another.
©VEA
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1979 Alfa Romeo GTV
1979 Alfa Romeo Alfetta GT
1983 Alfa Romeo GTV 6
1984 Alfa Romeo GTV 6
1984 Alfa Romeo Spider Veloce
1986 Alfa Romeo Spider Veloce
1988 Alfa Romeo Spider Graduate
1993 Alfa Romeo Spider
1994 Alfa Romeo 164 LS
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