QUAND L'AUTOMOBILE SORTAIT DES MAINS DES ARTISANS

par Alain Raymond (adapté d'un article paru dans La Presse)

La Socièta Anonima Lombarda Fabbrica Automobili (ALFA) établie à Milan construit ses premières voitures dès 1910 et présente sa première voiture de Grand Prix en 1914. En 1915, Alfa connaît des difficultés et c'est Nicola Romeo qui en prend les commandes, changeant le nom à Alfa Romeo. Se spécialisant dans les modèles sport et de course, Alfa Romeo connaît ses années de gloire entre 1920 et 1940. Les meilleurs ingénieurs s'y succèdent, les meilleurs pilotes aussi, notamment Ascari, Campari, Farina et Fangio. Ces deux derniers sont d'ailleurs sacrés Champions du monde en 1950 et 1951 au volant de monoplaces de la maison de Milan.

Ce n'est qu'après la Deuxième guerre mondiale qu'Alfa commence à songer à la production en série qui débute véritablement avec la berline 1900, suivie par les célèbres Giulietta et Giulia, vedettes incontestées du segment des voitures sport dans les années 50 et 60. Mais dès le début des années 70, comme d'ailleurs pour bien d'autres "petits" constructeurs, les choses se gâtent, les mauvaises décisions se succèdent et Alfa Romeo perd son âme en lançant des petites tractions avant qui ne cadrent absolument pas avec la tradition de la marque. En 1986, pour "protéger" Alfa de Ford, Fiat prend le constructeur milanais sous son aile, mais il faudra attendre plus de 10 ans pour que réapparaissent des Alfa dignes de ce nom et, aussi, que renaisse l'espoir de revoir un jour la marque italienne en Amérique.

Vedette d'Hollywood

Voici pour l'histoire de la marque. Revenons maintenant en arrière, à la fin de la dernière grande guerre pour vous présenter celle qui fut, entre autres, une vedette de cinéma. Vous vous souvenez du film Le Parrain (le premier épisode), lorsque le jeune Michael Corleone s'enfuit en Sicile après avoir abattu un policier corrompu de New York? En Sicile, il y rencontre une belle italienne qu'il épouse aussitôt, mais la malheureuse périt dans l'explosion de la voiture de Michael, attentat destiné plutôt à liquider le futur parrain. Eh bien la voiture, est une Alfa Romeo 6C 2500 Freccia d'Oro, identique à celle qui roule dans les rues de Montréal, après avoir séjourné de nombreuses années… au Mexique.

Appartenant à de sympathiques membres du VEA, l'Alfa "Flèche d'or" qui arrive à Montréal en 1998 en est à son troisième propriétaire. Il s'agit de l'une des dernières voitures artisanales du constructeur milanais dont les talentueux créateurs travaillaient souvent sans salaire dans l'espoir de faire revivre la marque après les ravages de la guerre.

Notons que les origines de cette voiture portant le millésime 1950 remontent à 1934 et à la 6C 2300 (moteur 6 cylindres en ligne, 2300 cc), première Alfa Romeo "commerciale", pour ne pas dire abordable. Les usines Alfa ayant subi d'importants dommages pendant la guerre, Alfa décide en 1946 de reprendre ce moteur dont la cylindrée est portée à 2,5 litres. Fidèle à la tradition technique Alfa, le moteur se distingue par ses deux arbres à cames en tête, sa culasse en alliage léger avec chambres de combustion hémisphériques et son vilebrequin à sept paliers. Donc, du solide et une architecture étonnamment moderne qui ferait honneur à des voitures d'aujourd'hui.

Le châssis de la 6c-2500 Freccia d'Oro est doté de suspensions indépendantes souples à barres de torsion arrière et d'une direction directe et précise qui en font une voiture confortable au comportement civilisé malgré des dimensions imposantes. La carrosserie "d'usine" au dessin avant gracieux est ornée de la célèbre calandre Alfa, tandis que l'arrière trapu ressemble aux productions des années 50. Notons en passant que la partie avant de la voiture est en aluminium, tandis que le toit et l'arrière sont en acier, question de mieux répartir le poids entre l'avant et l'arrière, le tout étant façonné à la main mais avec une rigueur et une solidité étonnantes.

Outre les carrosseries d'usine et pour satisfaire aux goûts des clients plus exigeants, cette voiture de luxe pouvait à l'époque recevoir un habillage plus distingué signé par un grand carrossier. C'est ainsi qu'un pourcentage important des châssis 6C-2500 ont été carrossées par des grands "couturiers" italiens de l'époque, notamment Touring avec la Villa d'Este, Pinin Farina, Vignale, Ghia et Bertone.

Vedette de sport automobile?

Au Mexique, sa première terre d'accueil, notre belle Alfa aurait participé à la redoutable - et souvent meurtrière - Carrera Panamericana, une course folle de plus de 3 000 km sur les routes publiques reliant le sud au nord du Mexique. En effet, dans le registre de la 1re Carrera Panamericana de 1950, on trouve deux Alfa Romeo 6C 2500 Freccia d'Oro dont l'une, pilotée par l'Italien Piero Taruffi termine 4e, derrière l'Oldsmobile gagnante et deux Cadillac, tandis que l'autre, pilotée par Felice Bonetto, se classe 8e. Sachant qu'il n'existait que deux Freccia d'Oro au Mexique cette année-là, nos sympathiques propriétaires montréalais soupçonnent fortement que l'une d'elles soit la leur. N'ayant pas pu encore confirmer cette importante participation, nos "alfistes" montréalais poursuivent néanmoins leurs recherches dans les archives de la Carrera Panamericana afin d'éclaircir ce mystère qui pourrait faire de leur Freccia d'Oro un exemplaire d'exception.

Signalons aussi qu'à cette course qui s'est tenue tous les ans entre 1950 et 1954 ont participé les grands noms du sport automobile de l'époque, des noms comme Sterling Moss, Carroll Shelby, Juan Manuel Fangio et le Français Louis Chiron. Une "course unique au monde" écrit d'ailleurs Chiron dans un numéro de L'Action automobile et touristique pour décrire la 2e Carrera Panamericana, remportée en 1951 par une Ferrari pilotée par nul autre que le même Piero Taruffi. À noter que Taruffi faisait équipe avec Luigi Chinetti, un nom illustre dans l'histoire de Ferrari et dont le fils, Luigi, ex-directeur de l'équipe de course NART, designer et collectionneur de renom, membre du VEA, a élu depuis peu domicile au Québec. Le Québec où l'on trouve encore et toujours de si belles histoires d'automobile.

Dans le rétroviseur de l'Alfa Romeo 6C 2500 Freccia d'Oro 1950:

Empattement : 300 cm
Poids : 1 550 kg
Moteur : 6 cylindres en ligne, 2,5 litres, 2 ACT, 3 carbus horizontaux, 105 ch à 4 600 tr/min
Transmission : boîte manuelle 4 vitesses
Freins : hydrauliques à tambour
Suspensions : indépendantes
Vitesse de pointe : env. 155 km/h
Production : 1 591 (tous modèles confondus)


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©VEA

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1932 Alfa Romeo 8C Gran Sport
1950 Alfa Romeo 6C 2500 Freccia d'Oro
1962 Alfa Romeo Giulietta Spider
1963 Alfa Romeo Giulia 1600 Sprint
1969 Alfa Romeo Spider
1971 Alfa Romeo GTV 1750
1972 Alfa Romeo 2000 GTV Bertone
1972 Alfa Romeo GTV Competition
1972 Alfa Romeo Montreal
1976 Alfa Romeo Spider Veloce
1978 Alfa Romeo Spider
1979 Alfa Romeo GTV
1979 Alfa Romeo Alfetta GT
1983 Alfa Romeo GTV 6
1984 Alfa Romeo GTV 6
1984 Alfa Romeo Spider Veloce
1986 Alfa Romeo Spider Veloce
1988 Alfa Romeo Spider Graduate
1993 Alfa Romeo Spider
1994 Alfa Romeo 164 LS


 


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