ALPINE BERLINETTE 1600 SC

La berlinette Alpine "Tour de France" fait partie de ces rares sportives françaises capables à elles seules de modifier la perception que 1'on a de 1'automobile. De fait, lorsqu'on quitte le volant. de ce petit coupé aux manières insolentes, on ne se sent plus tout à fait le même homme...

C'est à 1'automne 1960, sur les routes du Tour de France, que la "berlinette" Alpine fait son apparition. Malgré un double abandon cette année-là, elle sera vite baptisée du nom de cette épreuve. Fidèle à ses habitudes, Jean Rédélé, patron de la firme Alpine (et ancien double vainqueur des Mille Miles au volant de ses 4 CV spéciales), équipera sa nouvelle création de moteurs puisés dans la production Renault, dont il suit fidèlement 1'évolution. C'est ainsi qu'au Salon de Paris 1966, il dote la berlinette A 110 du groupe propulseur de la R16 ( 1.470 cm3).
La tentative ne sera pas couronnée de succès puisque 1'Alpine 1500, beaucoup moins brillante que les berlinettes 1100 et 1300 à moteur Gordini, ne sera produite qu'à 17 exemplaires, en tout et pour tout.

Deux ans plus tard, pourtant, 1'experience sera reconduite, avec de meilleures chances de succès cette fois, grâce au moteur à culasse hémisphérique de la R16 TS. L'Alpine 1600 est née. Très vite, elle va connaître une évolution radicale qui en fera la reine absolue des rallyes du début des années 70.
A partir du Salon de Paris 1969, 1'Alpine 1600 sera ainsi proposée dans une nouvelle version "S" dont la puissance augmente de 50 ch., passant de 83 à 123 chevaux (DIN).
L'Alpine 1600 S est "la" berlinette par excellence, celle qui a permis à la marque de Dieppe d'atteindre les sommets.
Disposant d'un plus grand potentiel de développement que 1'excellent 1.296 cc de la 1300 S (celui-ci ayant déjà été exploité tout près de ses possibilités optimales-120 chevaux DIN), le moteur de la 1600 S acceptera sans rechigner tous les gonflages : 165 chevaux (et même plus) sur les voitures préparées pour la compétition par 1'usine, autrement dit par Marc Mignotet, le "sorcier" auteur de la transformation des 1300 en 1440cc et qui récidivera en réalésant le 1600 à 1800cc. On verra même évoluer une berlinette équipée d'un moteur turbocompressé (à 1'époque, on ne disait pas encore Turbo), au Critérium des Cévennes 1972.
Après avoir, pendant quatre ans, affirmé sa supériorité dans les rallyes internationaux (une supériorité concrétisée par deux victoires dans le championnat du monde des rallyes en 1971 et 1973), la 1600 S quittera discrètement 1'avant-scène fin 1973 en devenant la 1600 SC, une appellation liée à 1'adoption de la suspension arrière triangulée de la nouvelle Alpine A 310 et au montage du moteur de la R17 TS sensiblement retravaillé. La même année apparaîtra une confidentielle version injection aussi performante (type 1600 SI) destinée exclusivement à 1'exportation et dont il ne sera fabriqué qu'un peu plus de 200 exemplaires, de 1974 à 1975.

A partir de 1975, la berlinette va sensiblement s'assagir en recevant pour sa fin de carrière le 95 ch. de 1647 cc de la R16 TX, sous le nom de 1600 SX. La dernière berlinette Tour de France, une 1600 SX vert métallisé, sortira de 1'usine Alpine de Dieppe en juillet 1977, 1'année du rachat de la firme par Renault.

On peut difficilement juger la berlinette Alpine selon des critères objectifs. Créée par un homme passionné de compétition automobile à l'intention d'autres passionnés, elle sacrifie sans fausse honte 1'accessoire à l'essentiel.
L'accessoire ? C'est la finition relative de 1'ensemble et le cote bon marché de certaines solutions retenues. Si 1'on veut vraiment chercher la petite bête, on reconnaît sans mal des emprunts à la grande série comme les clignotants avant (provenance : Citroën Dyane), les butoirs de pare-chocs (Simca P60 !), les longues portées (DS 21 première série), les feux arrière (R8), etc.
Mais tout cela s'efface devant 1'essentiel : une ligne à couper le souffle. Son caractère intemporel fait facilement oublier qu'elle a été dessinée par le styliste italien Michelotti en... 1957 (s'agissant du cabriolet dont la berlinette sera extrapolée en 1960) et retouchée en 1962 par Serge Zuliani.
Affinée au fil des ans, la berlinette a connu trois étapes esthétiques importantes. La première a consisté en un "restyling" de 1'arrière et du pavillon, fin 1962, qui a transformé 1'A 108 en A 110. L'intégration des feux longue portée suivra, fin1966, une manière opportune de meubler le capot plongeant, 1'apparition, fin 1969, d'une grille d'aération sous le pare-chocs avant sera, pour sa part, justifiée par le transfert du radiateur d'eau de 1'arriere vers 1'avant.
Le résultat ainsi obtenu apparaît tellement homogène que la berlinette, à 1'exception de quelques changements de jantes, ne sera plus modifiée au cours de ses huit dernières années d'existence.
Avec son museau plat et ses phares carénés, sa silhouette ultra-basse (1,10 m seulement en hauteur) et râblée (1'empattement est resté celui de la première Alpine A 106, soit 2,10 m), étroite mais dotée de voies larges, la Tour de France est à la fois très pure et extraordinairement agressive. Sa carrosserie en polyester repose sur un châssis-poutre central qui forme une structure monocoque avec la caisse. Les suspensions qui, sur la 1600 S, étaient restées celles de la R8 Gordini, ont évolué sur la 1600 SC avec 1'adoption du train roulant arrière de 1'A 310.
Quant au moteur, il fournit 126 chevaux à 6.250 tours/minute (ou 140 chevaux SAE), ce qui fait de la 1600 SC la plus puissante de toutes les A 110 de série.

La berlinette, c'est avant tout une ambiance. Lorsqu'on ouvre les portières ultra-légères et qu'au prix de quelques contorsions, on parvient à s'installer en contrebas dans le petit siège-baquet destiné au conducteur, on se trouve confronté au Mythe Alpine : un habitacle étroit et enveloppant qui donne aux occupants l'impression de faire corps avec la voiture, une visibilité moyenne largement masquée vers 1'arrière par 1'énorme dôme du compartiment moteur, une instrumentation littéralement accumulée sous les yeux du conducteur avec ces cinq cadrans empilés les uns sur les autres ; des "Veglia" conçus spécialement pour Alpine et gradués de manière à permettre au pilote de surveiller d'un coup d'œil 1'évolution de sa vitesse et surtout de son régime-moteur, par rapport à une ligne horizontale qui correspond à 130 km/h et 4.500 tours/minute. Autrement dit, le seuil au-delà duquel les choses sérieuses commencent vraiment.
Deux petits manos (ampèremètre et pression d'huile) ainsi qu'une montre complètent cet équipement.
L'aménagement intérieur, qui fait la part belle au plastique noir, témoigne à nouveau de larges emprunts à la grande série. Seule une moquette de bonne facture tente de justifier un certain standing.
L'étroit compartiment aménagé derrière les sièges, théoriquement prévu pour accueillir un troisième occupant (un fakir ?) servira plus logiquement au repêchage des bagages qui n'auront pas trouvé place dans le minuscule coffre avant...

©VEA

Les Alpine du club:

1974 Alpine A 110 Groupe 4
1978 Alpine A 310 V6

 

 


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