L'ANTI PORSCHE: ALPINE A 110 GROUPE IV

par Alain Raymond

Le sport automobile est né en France. Entre 1920 et la fin des années 30, les créations automobiles françaises comptaient parmi les plus belles, les plus perfectionnées et les plus prestigieuses au monde. Bugatti, Delage, Delahaye, Hispano-Suiza, Talbot qui ont rivalisé d'ingéniosité, de puissance et d'élégance ont souvent fait la pluie et le beau temps en matière de sport automobile. Puis, plus rien ou alors quelques rares exceptions dénommées Facel Vega, Matra et Alpine. Oui, Alpine, comme dans Alpine Renault.

Modeste Renault 4CV
Née dans l'imagination de Jean Rédélé, un jeune concessionnaire Renault situé à Dieppe, dans le nord de la France, la marque Alpine fait ses premiers tours de roues au début des années 50, sous la forme d'une modeste Renault 4CV modifiée pour la course et qui participe avec succès aux redoutables Mille Miglia. De là, Rédélé produit en 1955 un coupé sur base Renault dessiné par l'Italien Michelotti et carrossé en aluminium par la Carrozzeria Allemano. À cette première Alpine "Mille Miles", désignée A106, succède la A108 construite sur base de Renault Dauphine et qui préfigure la brillante berlinette A110 à châssis poutre et carrosserie en fibre de verre dévoilée en 1962 au Salon de Paris. La berlinette A110 évolue rapidement en passant par divers moteurs Renault, soit le 998 cc de la R8, suivi du 1,3 L de la R8 Gordini et du 1,6 L à bloc en aluminium de R16. Suspendu à l'arrière comme sur la première A106, ce dernier moteur couplé à la boîte 5 vitesses propulse la légère berlinette au sommet du Championnat du monde des rallyes trois années de suite (1971 à 1973) et se paie le luxe de rafler les trois premières places au Rallye de Monte Carlo en 1971. Sa principale rivale, l'increvable Porsche 911, ne peut rien contre la petite française qui lui oppose non pas un moteur surpuissant (le 1,6 L Renault fait moins de 140 chevaux) mais un poids plume de quelque 600 kg par rapport aux 1000 kg de l'allemande. Agile à souhait grâce à sa direction à crémaillère ultra précise et à ses dimensions réduites, l'Alpine confirme une fois de plus le dicton du génial Colin Chapman, père des Lotus, qui disait: "l'ennemi, c'est le poids".

Aussi redoutable que fut l'Alpine à moteur 1,6 L, Jean Rédélé n'avait pas dit son dernier mot et en 1975, il présente l'A110 à moteur 1,8 L développant 185 chevaux en version compétition. Parmi les grands noms du rallye automobile de l'époque qui ont piloté cette micro-bombe, citons le Suédois Ove Andersson et les Français Lucien Bianchi, Bernard Darniche, Jean-Pierre Nicolas, Jean-Luc Thérier, Gérard Larousse et Jean-Claude Andruet, accompagné d'un certain Jean Todt.

Et c'est précisément Andruet (1er au Rallye de Monte Carlo en 1973) qui pilota la voiture semblable à celle que nous avons le plaisir de vous présenter aujourd'hui, une voiture qui habite le Québec depuis la fin des années 70, propriété du Professeur Michel Gou du Département de génie mécanique de l'École Polytechnique de Montréal, un ingénieur bien connu dans le milieu de la sécurité routière et membre du VEA.

Rareté, provenance et palmarès sportif
"Cette voiture appartenait à Jean-Pierre Alamy, le pilote québécois, qui l'avait achetée en France. Je l'ai depuis 1979 et je l'ai pilotée en course jusqu'en 1984 sur les principaux circuits du pays. Avec ses 175 chevaux et ses 650 kilos, c'est une voiture très performante mais délicate à conduire sur circuit à cause de la forte prépondérance du poids sur l'arrière. En virage pris à haute vitesse, la suspension arrière à bras oscillants a tendance à se soulever, d'où le risque de tête-à-queue brutal sur route sèche. Je me suis d'ailleurs fait peur plus d'une fois. Aussi, avec le peu d'appui sur les roues avant et la direction ultra directe, il faut tenir le volant fermement en tout temps, pour contrôler les louvoiements à haute vitesse. D'ailleurs, l'Alpine est essentiellement une bête de rallye qui affectionne les surfaces glissantes. Dans les bonnes mains, elle est alors d'une efficacité remarquable. C'est un peu comme un avion de chasse lorsqu'on le compare à un 747 : la priorité est donnée à la maniabilité au détriment de la stabilité. Pourquoi une Alpine? C'est une voiture mythique, la dernière des grandes sportives françaises et reine des rallyes dans les années 70. En outre, la mienne, une Groupe 4 avec moteur de 1800 cc; elle a été pilotée en rallye par Bernard Darniche et l'usine n'a produit cette année là qu'une dizaine d'A110 Groupe 4 à moteur 1,8 L. C'est donc un objet assez rare, une provenance bien connue et une authentique championne, patiemment restaurée par Michel Guégan, le spécialiste Alpine au Québec. Et elle n'a que 10 200 km au compteur! Comme collectionneur et amateur de sport automobile, je ne peux pas demander mieux".

Spécifications:

Empattement / Longueur / Largeur / Hauteur, cm : 210 / 385 / 152 / 113
Poids : 650 kg
Châssis : poutre centrale, structure tubulaire
Carrosserie : fibre de verre
Moteur : 4 cyl. disposé en porte-à-faux arrière, bloc en alu, culasse hémisphérique, 2 carbu Weber double corps, 1, 8 L, 175 ch à 8 000 tr/min
Transmission : boîte manuelle 5 vitesses, différentiel autobloquant Hewland
Suspensions : indépendantes, à bras oscillant à l'arrière
Freins : disques
Pneus : 165 x 13
Vitesse de pointe : 240 km/h
Production (A110, 1974) : 360 unités, dont une dizaine de Groupe 4
Valeur (2006, Gr 4) : environ 100 000 $

©VEA

Les Alpine du club:

1974 Alpine A 110 Groupe 4
1978 Alpine A 310 V6

 

 


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