TRACTION AVANT AU MANS EN 1928

par Amilcar Salmson


Qu’est ce qui a 4 roues, la traction avant, une suspension indépendante, 1500 cc3, 8 cylindres et a fini 6ème au Mans en 1928 ?

Non, ce n’est pas une colle, ni une Citroën ! Dommage pour les puristes bleu-blanc-rouge, mais c’est une ANGLAISE !!!

Certains membres de notre vénérable club m’accuseront de divagation ou de sénilité avancée, surtout les adeptes du chevron. Ils devront cependant faire le poing dans leur poche et remettre leurs clés (anglaises) à leur place.

En effet, cette chose insensée qui a terminé sixième au Mans en 1928 derrière des Bentley et Delage de 3 litres et quatre litres et demi, s’appelait une ALVIS ! Et non seulement elle finit 6ème aux mains de Harvey et Purdy, mais on trouve une autre Alvis en 9ème (Davis et Urquart-Dykes). Ceci avec uniquement 52 milles de retard derrière le vainqueur, le camion le plus rapide du monde, la Bentley 3 litres à compresseur!

Tout ça avec une mécanique développée par le grand patron d’Alvis à partir de 1925 ! Mais Smith-Clark n’en resta pas là. Au Tourist Trophy de 1929, la course la plus prisée d’Angleterre, Alvis s’adjugea la quatrième, la sixième et la septième place derrière trois Alfa-Romeo 1750 !

Comment se fait-il que des Anglais, une marque réputée et chère et de plus extraordinairement conservatrice comme Alvis, aient pu développer et mettre au point un bolide pareil à une époque où la traction avant était le résultat de doux rêves de farfelus ?

Tout a commencé lorsque Alvis décida de construire la première voiture de Grand Prix entièrement britannique pour le Grand Prix d’Angleterre de 1925. Le patron d’Alvis lui-même s’attela à la planche à dessin et conçu la première voiture anglaise moderne à traction avant. Il fut précédé de peu par la Tracta, une voiture française confidentielle. La première fut une 4 cylindres de 1500 cc à compresseur. Le différentiel et la boîte reposait en porte-à-faux en avant de l’embrayage accouplé au moteur. Deux arbres de transmission accouplés aux freins (in-board) transmettaient la puissance de 75CV aux roues grâce à des joints de cardan homocinétiques brevetés par Alvis. La suspension était assurée par deux ressorts disposés en traverse et boulonnés sur le châssis.

C’était une voiture surbaissée qui avait beaucoup d’allure si on la comparait aux voitures de course haut perchées d’alors. En 1926, Alvis sortit une voiture de grand-prix avec un moteur 8 cylindres en ligne de 1500cc, toujours à compresseur. Elle n’eut pas le succès escompté à cause de graves problèmes de circulation d’huile et de refroidissement et Alvis revint au 4 cylindres. La voiture de 1926 avait une étrange ressemblance avec un bolide anglais des années 50, la BRM 8cylindres de Formule 1 ! Une voiture expérimentale montée avec un 6 cylindres fut carrossée en ¨sport saloon Weyman¨ et eu un gros succès au salon de l’auto de Crystal Palace en 1928.

Alvis décida en 1928 de mettre ses efforts dans les courses d’endurance avec le bonheur que l’on sait. Alvis construisit 142 voitures à traction avant pour le grand public entre 1928. La crise de 1929 eut raison de la traction-avant Alvis qui força la compagnie à rationaliser sa production et à revenir à des modèles beaucoup plus conventionnels Il faut cependant noter que Alvis, Smith-Clarke et l’ingénieur Dunn déposèrent et reçurent un brevet en avril 1928 pour l’ensemble des éléments mécaniques concernant la traction-avant Alvis.

Ce qui est encore plus étonnant c’est que le Alvis Register compte encore 36 tractions Alvis en état de marche, dont 3 voitures de Grand-Prix et une huit-cylindres de 1927 encore présente sur les circuits en Angleterre.

Alors, les citroënnistes, on vous attend toujours au Mans ?

© VEA


 


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