LE HASARD D'UNE HISTOIRE D'AMI

par Gérard Larochelle

L'histoire commence en novembre 1962, une quinzaine de jours après la livraison de ma Citroën 2CV chez Versailles autos, le concessionnaire de l'époque à Québec.

Le vendeur, Gaston Chabot, un gentilhomme, me téléphone pour m'inviter à voir un nouveau véhicule qu'il vient tout juste de recevoir: une Citroën Ami-6. Me connaissant comme un amateur de voitures non conventionnelles, il me la fait essayer juste pour le plaisir... Et quel plaisir! Une mini-DS ou une 2 CV endimanchée de sièges bien rembourrés avec un moteur 3 cv plus puissant et des joints homocinétiques, pour à peine 250$ de plus que ma 2 CV neuve. Wow! Aurais-je dû attendre 1 mois avant d'acheter ma première voiture?

La cruelle réalité mettra fin à mes rêveries quelques jours plus tard: un incendie aux petites heures du matin détruisit le garage de Versailles autos et bien sûr quelques DS qui se trouvaient dans l'atelier de réparation. La petite Ami-6, restée au garage ce soir-là, se retrouva aux portes de l'enfer mais fut sauvée des flammes par les premiers pompiers arrivés sur les lieux. Les jours passèrent et le concessionnaire décida de ne plus reprendre les affaires et prit plutôt sa retraite.

La petite ami 6, presque neuve, malgré quelques traces de chaleur intense, se retrouva sur le terrain d'un revendeur d'occasion, dans un quartier ouvrier de la ville de Québec. Je l'avais repérée du coin de l'oeil, sans plus. Elle faisait presque pitié, cette triste orpheline, surtout que la chaleur du brasier avait fait décoller partiellement la garniture intérieure du toit et celle-ci avait été laissée tel quel, pendant littéralement sur les siéges.

Un de mes amis d'enfance, Jean-Jacques Sansfacon, qui devint un citroënniste par la suite, passa la voir mais son intrusion se limita à ramasser un dépliant d'Ami 6 qui gisait au fond de la voiture. Peu de temps après, la petite Ami 6 trouva preneur pour un prix dérisoire et l'acquéreur, rencontré plus tard, s'en trouva fort satisfait. Il recolla sans peine la voûte du toit; c'était, selon lui, le seul dommage que la petite Citroën avait subi lors de cette nuit mouvementée.

Octobre 2006, le 24 est mon 65ième anniversaire que Rose désire souligner en invitant parents et amis. Mon ami, de longue date, Jean-Jacques fait partie du groupe. Comme cadeau, ce dernier m'apporte une trentaine de dépliants de Citroën qu'il avait amassés au long de ces "années folles" entre 1960 et 1970.

Au nombre de ceux-ci, le fameux dépliant d'Ami 6, un peu roussi et, Jean-Jacques me raconte comment il se l'est approprié.

La fête terminée, comme un passionné, je me plonge dans ces "trésors". En reprenant le dépliant de l'ami 6, des bons souvenirs se bousculent dans ma tête et je le parcours d'un couvercle à l'autre. A l'endos, il y a trois inscriptions, plus ou moins lisibles, qui n'ont rien à voir avec le "Da Vinci code".

La troisième inscription semble concerner un permis à aller chercher à une adresse bien lisible. La deuxième révèle des mots et un nom sans équivoque: Volks -- Robert Coté -- vendu. J'ai un confrère de classe, qui porte ce nom , mais après vérification il ne s'agit pas de lui.

La première inscription est celle où l'encre est presque toute effacée. Par contre, les mots sont incrustés dans le papier glacé du dépliant. Sous la lampe, on peut lire -- Citroën -- vendu -- Gérard Larochelle.

Croyez-le ou non, je me suis empressé de le faire voir par Rose, puis à mon voisin et j'ai appelé mon ami Jean-Jacques qui fut à la fois étonné et très content de m'avoir fait ce cadeau. J'ai parlé plus tard à mon vendeur Gaston Chabot: je le rencontrerai d'ici une quinzaine.

Enfin, le dépliant d'Ami 6 sur lequel mon nom fut inscrit il y a quarante quatre (44) ans, à mon insu, m'est revenu. C'est à peine croyable! On a beau dire ce que l'on veut: les écrits restent. Il n'y a pas de hasard!

© VEA

 


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