VOITURES D'APPARAT

par Reine Leroy, collaboration spéciale

De tout temps, les grands de ce monde ont aimé parader dans de somptueux carrosses. Ce qui, pour les rois et autres empereurs leur permettait de confirmer leur puissance aux yeux du peuple. Lors de l'avènement de l'automobile, il était normal que celle-ci remplace les vénérables carrosses hippomobiles. Curieusement, les nouveaux "monarques" élus par le bon peuple ont perpétué cette tradition.

Monarchie constitutionnelle, la Grande-Bretagne n'a pas modifié la règle, et depuis toujours, rois et reine ont profité de limousines d'apparat exceptionnelles digne de leur rang, même si Élisabeth II aime encore parader de temps en temps dans le très singulier carrosse de son aïeule et devancière Victoria. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est que récemment (1950) que Rolls-Royce est devenu fournisseur de Sa Majesté Elisabeth II, Daimler fut choisi depuis le début par la couronne britannique. Particularité des limousines utilisées par la reine, lorsque celle-ci est à bord, la voiture est démunie de plaque d'immatriculation, et dans le cas de Rolls-Royce, le "Spirit of Ectasy" emblème de la marque est remplacé par la mascotte de "St-George and the Dragon", le saint national britannique terrassant le dragon.

La Rolls-Royce Phantom IV sans plaques et la mascotte de St-Georges et le dragon, la reine est à bord.
Rolls-Royce Phantom V limousine de la reine Elisabeth II carrossée par Park Ward, "Canberra" est son petit nom...

Vestige de la monarchie, au Canada, lorsque le représentant de la reine se déplace officiellement dans une limousine plus conventionnelle, celle-ci ne porte pas de plaque, laquelle est remplacée par le drapeau du gouverneur général, un lion couronné tenant une feuille d'érable rouge.


Le drapeau du gouverneur général du Canada, un lion couronné tenant une feuille d'érable rouge

Dix autres pays européens ont encore un monarque: Belgique, Danemark, Espagne, Liechtenstein, Luxembourg, Monaco, Norvège, Pays-Bas, Suède et Andorre (celle-ci avec une particularité incongrue: deux co-princes gèrent cette petite principauté enclavée entre l'Espagne et la France, l'un est l'évêque espagnol d'Urgel, et l'autre? Le président de la République Française en exercice!).
Parmi toutes ces monarchies qui parsèment la vieille Europe, la mode du "low profile" a largement contribué à l'abandon de ces prestigieuses automobiles d'apparat. C'est sans doute dommage quelque part...

Par chance pour les amateurs, parmi les grands pays, à l'instar de la Grande-Bretagne déjà nommée, il en reste encore quelques-uns qui promènent leurs chefs d'état dans des modèles inédits et dédiés. Les États-Unis d'aujourd'hui reste un cas à part, tellement les limousines de la Maison Blanche se rapprochent plus des chars d'assaut que des voitures de parades, et ce depuis l'attentat subit par JFK en 1963.
En fait, un seul se démarque, la France! Plus de deux cents ans de république n'ont pas éradiqué cette tradition de prestige, et si après la deuxième guerre mondiale, la bonne vieille Citroën 15 décapotable modifiée par Chapron était encore au service du général de Gaulle en 1958, celui-ci lui préférera bientôt la DS, même s'il ne dédaignait pas de temps en temps la Simca Chambord Présidentielle décapotable, qui donnera en série la "Présidence", en version berline cette fois.

Les deux Citroën 15/6, carrossées par Franay (la limousine à gauche) et Chapron (en version décapotable)
Le général de Gaulle lui préférera bientôt la DS
Simca Chambord présidentielle

La Super DS (plus longue qu'une Mercedes 600 Pullman!), fabriquée à son intention par Chapron toujours, sera quant à elle fort peu utilisée.

une esthétique particulière...
...un peu disproportionnée
un étonnant tableau de bord

Il faudra attendre son successeur Georges Pompidou pour mettre à l'honneur une autre Citroën de prestige, la SM. Fabriquée à deux exemplaires, rallongée, décapotable, toujours réalisée par le maître carrossier Chapron, celles-ci sont encore utilisées de temps à autre.

La SM Chapron présidentielle
La reine Élisabeth II en visite à Paris et le président français François Mitterand
un amusant détail sur la SM Chapron présidentielle, le centre de l’enjoliveur est la cocarde tricolore

L'actuel président français, Nicolas Sarkozy, lors de son investiture en 2007, a créé la surprise en défilant avec un prototype de Peugeot 607 de l'an 2000, bien dans la tradition des voitures d'apparat: la "Paladine", un landaulet, c'est-à-dire avec la partie arrière décapotable, mais cette fois avec un toit dur repliable. Il est à noter que ces voitures présidentielles des années 50 à 70 portaient les immatriculations 1 PR 75, 2 PR 75, 3 PR 75, etc... (PR étant pour Présidence de la République et 75 pour la Ville de Paris).

Nicolas Sarkozy en Peugeot 607 Landaulet "Paladine"
Peugeot 607 Landaulet "Paladine"

Les républiques ne sont pas les seules à doter leurs représentants de voitures d'apparat, comment ne pas regretter les limousines Mercedes offertes aux différents papes? La fabuleuse Mercedes 460 Nurburg de 1930 est là pour prouver l'intérêt des papes pour l'automobile. Jean XXIII paradera en 300D Landaulet de 1960, un autre landaulet, 600 Pullman cette fois, promènera Paul VI dès 1965, avec, entre autres gadgets, le siège central arrière, ou plutôt le trône, qui pouvait s'élever pour les parades, orgueil, quand tu nous tiens! Puis en 1967, ce sera le tour de deux limousines basées sur la 300SEL. Jean-Paul II les utilisera à son avènement en 1978. Las, en 1980, ces magnifiques voitures d'apparat seront remplacées par ces ignobles "papamobiles" sur base de 4x4 sans intérêt esthétique. À l'exception d'une 500SEL limousine blindée et d'un autre landaulet S500 en 1997. À noter, les voitures papales portent toutes la même plaque: SCV1, pour Statto della Città del Vaticano (État de la Cité du Vatican) et 1 pour... À tout seigneur, tout honneur!

Mercedes 460 Nurburg 1930
Mercedes 300D Landaulet 1960
Le "saint siège": 600 Pullman Landaulet 1965


Mercedes S500 Landaulet 1997, une des dernières vraies limousines papales?

Un peu plus à l'est, n'oublions pas les fabuleuses ZIM, ZIS puis ZIL soviétiques, copies conformes des limousines américaines des années 50 et qui survécurent à la chute de l'empire (Boris Ieltsine vînt en visite à Montréal dans les années 90 avec l'une d'elles).


ZIL: poétiquement nommée ZIL-41047 Limousine, toujours en production

Autre empire, même comportement: la "Drapeau Rouge" sût dignement promener Mao tout au long de son règne!
Pour finir, nous vous citerons celle de Constantin II de Grèce, lequel, lorsqu'il dut abandonner le pouvoir en 1968, s'enfuit alors par la route avec sa famille en Rolls-Royce Phantom V Landaulet.


La Rolls-Royce Phantom V Landaulet de Constantin II

L'auteur de ces lignes a eu la surprise de voir cette magnifique automobile sans chauffeur, stationnée comme une vulgaire Renault dans une rue de Nice peu de temps après.
La déchéance est cruelle pour ceux qui ne sont plus les grands de ce monde!

©VEA


 


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