LE FESTIVAL DU CANARD AU LAC BROME


par Daniel Baragiotta



J'adore le canard. Pas le journal déchaîné, pas Donald. Mais Saturnin, le vrai caneton tout jaune-2cv-Charleston, en chair et en plumes. Celui qui bégaie avec la voix de Ricet-Barrier. Et puis le canard, ,je ne peux pas m'en empêcher, me fait penser aux pélicans, en Floride. C'est à cause de leurs vols en formation, ceux-là en triangle, ceux-ci en file indienne, le bec à 10cm de l'orifice du précédent. Or, Mino et moi avons failli mourir de rire à Daytona en 77, rien qu'à la pensée de ce qui arriverait si le premier pélican se jetait sur les freins: Surtout qu'à l'époque, on ne parlait pas d'ABS. Si quelqu'un vous propose un jour du pélican en brochette, méfiez-vous du bec.

Où en étais-je donc? Ah oui, les canards!
Remarquez, ils auraient pu me faire penser aux oies. Moi, les oies me font penser à mon idole: Devos. Non, il n'a pas une 2-chevaux Devos, il a une 2-bœufs Devos. Je vous la raconterai un jour, c'est promis. Avec celle de l'oie si vous ne l'avez pas ouïe.

Où en étais-je donc? Ah oui, les canards!
Eh bien, les canards, c'était une sortie très attendue. La région est belle, et à l'horizon se pointaient de la bonne bouffe e tante bellissime macchine perch'è l'Italia che ci invita quest'anno. En passant, saviez-vous que l'italien est, en toute objectivité, la plus belle langue du monde ?
Tenez-vous bien, on part. Mino devant. Sa vitesse de croisière tombe juste à un régime où j'ai un truc qui vibre. Il faudra que je lui dise de rouler un peu plus vite avec son bolide, si sa poulie de ventilateur ne se desserre pas. Oui, j'avais oublié de vous dire. Au départ pour Beauharnois, à deux coins de rue, guiling-guiling, la poulie se débine.

Où en étais-je donc ? Ah oui, les canards!
La route plate, même en campagne est plate. Mais en 2cv, elle n'est plus plate, elle est belle, comme ma 2cv.( Pas vrai Luc ?) Pour moi, ça ne se peut pas. On doit être en retard ! Imaginez, on passe devant la station-de-gas-qui-vend-des-revues-et-des-modèles-réduits au Mont-St-Grégoire et Mino ne s'arrête pas! Plus près des cantons de vaux, la route n'est plus plate, elle sinue de haut en bas et de gauche à droite. Et en 2cv elle sinue de plus belle.

On arrive à Knowlton. Knowlton aussi c'est beau, mais il faut trouver où aller. Oh! Une Mercedes d'avant 1980, les gars ne sont pas loin ! Elle sort d'une rue barrée. Plus loin on aperçoit un petit pont, des véhicules anciens et un citron. On s'engage . Halte-là, halte-là, halte-là, le VEA, le VEA,… est là. Variation sur le thème "Les Savoyards sont là", air bien connu …des Savoyards.

Nous voilà sur le pont, de Knowlton (faire rimer). C'est plus facile avec Avignon. Air bien connu …des Avignonnais.
Nos Organisateurs Nicole et Patrick sont là pour nous accueillir tous sourires dehors. Ils nous inscrivent, nous placardent en CAA et nous numérotent pour le départ du rallye. Michel s'active aux alentours, comme toujours, et hérite du parcours no2 . Nous faisons connaissance avec la 11 normale bicolore du bas du fleuve et décidons de commencer par le parcours no3, celui du resto d'à côté. C'est l'heure de la petite collation de midi, de ma dose de caféine (Orient-Express ) et le fond de l'air est frais.
Repus nous sortons. Des fleurs rouges ont poussé derrière le citronnier de Michel. Ce sont des Ferrarium Automobilis. C'est très délicat ça Madame, comme le coquelicot. Ou plutôt comme le pavot, qui cache lui aussi d'abominables substances perverses, en "ine" comme adrénaline, sous sa belle couleur.
Tiens, voilà Luc et ses deux déesses. L'une empruntée et l'autre pas du tout, mais alors PAS du tout. Bonjour Luc, bonjour Annie !

Ettttt, c'est parti! Parcours no1. Je passe devant. Mon compteur n'a pas de dixièmes mais au moins il parle français. Passé l'autoroute, je tourne trop tôt et tombe dessus, direction ouest. La prochaine sortie est à 15km. Accélérateur au plancher, on va prendre la sortie qui nous amènera sur la route112, Lise dans sa grande sagesse propose de la faire à rebrousse poil pour qu'on retombe là où on pourra se reprendre. Et on se reprend très bien. Ce sera notre seule erreur. Le parcours nous fait visiter un arrière pays superbe, vallonné et coloré à souhait. C'est une belle balade, mais si c'est aussi un rallye, il faut un piège quelque part. Je suis tombé dedans à l'étape CAA. En arrivant, je me dis tiens! Un parcours à obstacles. Les concurrents seront jugés sur leur habileté. Je m'applique à virer en marche arrière. Ensuite, démarrage en souplesse avec juste ce qu'il faut de gaz et d'embrayage pour satisfaire la vue et l'ouïe. Voilà un stop. Un stop modèle réduit, mais un stop quand même, comme dans les parcours de sécurité routière, avec des petites autos à pédales. Le voilà le piège. Je croyais que c'était un concours d'habileté, en fait c'est le parcours du parfait petit automobiliste bien élevé qui regarde à gauche, à droite, en avant, en arrière, met son clignotant… De là, je fais de mon mieux, mais je sais qu'il est trop tard. Idem pour le tandem Vincent-Girard et bien d'autres. L'après CAA n'a d'égal que l'avant CAA : vallons, petits lacs et belles maisons.

Fin du parcours: nous arrivons dans le corral. Mino et moi parquons nos six chevaux suivant les indications des préposés. Une charrette de foin se promène mais ce n'est pas pour nos montures. C'est pour éponger la boue qui fait surface de-ci de-là, cahin-caha, va petit âne…air bien connu de Paname.
Le soleil et la température tombent de concert. Les chanteurs italiens, stoïques sur la scène font des trémolos frigorifiés de bulletins de météo. Visite des kiosques: artisanat, tourisme dans le Val d'Aoste, produits du canard …etc. Les visiteurs ne sont pas nombreux. Ils sont frileux.
Les rescapés de la case 27 arrivent tranquillement. Bernard essaie de nouer sa petite casquette sur sa grosse tête. Diane soigne son rhume en se gelant, elle et ses microbes. Gérard fait le pied de grue en attendant Danuta qui est partie avec Gilles en Maserati et dit, en farce, qu'il lui a fait le coup de la panne.
Patrick et Nicole se démènent toujours autant pour nous rendre le séjour agréable. Un grand pas est accompli quand l'apéro nous est offert. On le sirote en attendant les retardataires. Les deux sujets les plus discutés: Un, l'erreur dans la case 27 qui a perdu le monde et semé la zizanie dans les groupes et au sein des équipages, qui s'accusent mutuellement d'être des incompétents. C'est bien connu, les femmes, n'ont aucun sens de l'orientation. Et puis, si c'est écrit qu'il faut tourner là, c'est qu'il faut tourner là, forcément.
Deux, la farce de la panne d'essence qui n'était pas une farce puisque c'était une vraie panne, à cause d'Edoardo, un des frères Weber, qui n'arrivait pas à étancher sa soif. C'est à boire à boire à boiiireuuu, c'est à boire qu'il nous faut, oh, oh, oh, oh! Air bien connu … des corps de garde.

Tout le monde décolle à la suite de Patrick, en MG décapotée, pour se rendre à l'Auberge du Lac Brome où les canards nous attendent. Chacun range son véhicule pour la soirée . Nous avons une suite avec Mino et Lise. C'est très bien, vaste, clair, confortable et bien équipé. Après avoir mis un peu de chauffage, nous passons au restaurant. Autour d'immenses tables rondes, chacun s'installe. Avec les discours d'usage du Président et de l'organisateur, nous avons, en supplément, les explications du menu par le Chef lui-même, Ernesto Sarteur, le chef de Montjovet dans le Val d'Aosta. Le service est bien fait. Les plats sont bien présentés, les recettes originales et l'exécution réussie. Par contre le prix des consommations en général et du vin en particulier atténue quelque peu le plaisir de la table. En intermède, nous avons les résultats du rallye, en commençant par la fin. Le champion, Michel Regimbald, victime de la case 27, n'a pas fait les choses à moitié en frappant un score proche de 100%. Les plus énergiques se sont mis à danser pendant que les autres continuaient à papoter avec de plus en plus de difficultés. Les yeux à demi fermés par le vin et la fumée, nous sommes allés nous coucher. Certains dansaient encore, je ne me souviens plus qui. Le lendemain matin, le petit déjeuner se prend comme à la maison. Tout est là, il n'y a plus qu'à se le faire. On entend déjà des anciennes (voitures) ronronner. Il fait frais mais pas assez pour faire des victimes.

Retour au parc des activités. L'accent italien est de rigueur. Outre la Fiat 124 décapotable, nous avons deux Fiat 500. Gérard a laissé l'Amphicar à la marina et s'est déplacé en Lancia. Je pense qu'une Aurelia et une Giulietta manquaient dans le décor. Les Ferrari commencent à arriver. Certains propriétaires sont nerveux car les cordes de protection ne sont pas en place et les badauds se promènent au milieu de ces trésors avec les leurs dans des poussettes. Patrick se démène encore comme un diable dans un bénitier pour enregistrer toutes ces voitures qui arrivent. Bernard arrive à la rescousse. Il faut aussi distribuer tous les cadeaux: verres, porte-cartes, tasses à café…etc. Naturellement il faut courir après les propriétaires de voitures, sinon ce serait trop facile.
Que de Ferrari. C'est impressionnant de les voir toutes alignées, presque toutes rouges, presque identiques. Au point même que les amateurs d'anciennes pensent qu'une petite berlinette Tour-de-France ou une 275 GTB4 auraient mis un peu de piment rouge, jaune ou vert, dans la sauce.
A midi on goûte au sandwich au canard et puis on va prendre une marche sur la Principale. Michel est déjà sur le chemin du retour. Nous retournons au parc assister au défilé, puis nous aussi nous repartirons tôt afin de profiter du paysage. Certains préfèrent la formule précédente En Ville plutôt que celle En Enclos. Je ne sais pas. Je n'y étais pas. Je suppose que, comme toujours, chaque solution a ses Pour et ses Contre. Sujet à débattre.
Les voitures défilent devant Bernard qui les présente et les commente. Une des Ferrari nous gratifie d'un solo dodécaphonique. Du Schoenberg, je ne suis pas capable, mais du Colombo ou du Lampredi, je prends n'importe quand! La parade terminée, nous sortons la carte détaillée de la province et nous nous en retournons par les petits chemins, dans le soleil d'automne et des couleurs d'enfer. On repasse par le Mont-St-Grégoire et … on fait une halte. Quand même, à l'impossible nul n'est tenu. Une autre belle fin de semaine.

Merci Nicole, merci Patrick de vos efforts et de votre générosité, ce fut une excellente fin de semaine dont on se souviendra.

©VEA

 

 


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