LA RESTAURATION DE CARROSSERIE

par Yves Boulanger

Vous y tenez mordicus... ou alors, vous avez lu mon article sur les coûts d'une restauration trop tard. Vous voulez redonner à "Juliette" l'éclat de sa prime jeunesse, et lui faire oublier la rigueur de nos hivers québécois.

Une restauration de carrosserie comprend essentiellement quatre étapes:
-le démontage des finitions et de la mécanique
-la réparation de la tôle
-la finition et la peinture
-le remontage

Allons-y directement, c'est la réparation de la tôle qui demande l'essentiel des efforts. Une auto pas trop maganée peut facilement demander 200 heures de façonnage de tôle et de soudage, surtout si des pièces de réparation ne sont pas disponibles. A preuve: j'ai payé à un carrossier d'expérience 60 heures d'ouvrage pour faire des réparations locales des planchers à trois endroits sur ma GTV, sans que rien ne paraisse de l'extérieur. C'est le prix du fait-main.

Malheureusement, pour plusieurs marques européennes, la gamme de pièces disponibles va de minime à nulle selon la popularité du modèle. Il y a de quoi être jaloux des propriétaires de MG B ou de 911, qui peuvent acheter virtuellement n'importe quoi pour leurs autos.

Il est en plus extrêmement difficile de trouver les artistes qui savent façonner la tôle. La plupart des ateliers de carrosserie se concentrent dans les jobs d'assurance rapides (du changement de pièces) et les réparations de rouille ressemblent plus souvent qu'autrement à du camouflage. Les écoles de carrossiers (j'allais dire pâtissiers) ne semblent pas faire grand chose pour améliorer la situation. La plupart des tôliers compétents que j'ai rencontré proviennent d'Europe.

Quelques règles de base avant d'embaucher un carrossier:

- il est très difficile pour un carrossier d'établir un prix ferme pour la restauration d'une voiture "toute habillée". Souvent, le démontage et le décapage révèlent des défauts bien cachés, à moins que la voiture n'ait sa peinture d'origine. Il faut alors s'attendre à ce que des travaux supplémentaires apparaissent en cours de route.
- une auto mal réparée demandera plus de travail qu'une auto refaite pour la première fois.
- ne jamais tordre le bras d'un carrossier pour baisser son prix. Ces artisans ont une idée de la valeur de leur travail; il est trop facile pour eux (surtout s'ils sont bien assis sur leur réputation) d'accélérer le travail en coupant les coins ronds.
- 99% des ateliers de carrosserie ne sont pas intéressés à restaurer des voitures anciennes. Négocier avec eux un travail "à temps perdu" est la meilleure façon de ne jamais voir votre voiture complétée.
- les taux horaires diminuent à mesure qu'on s'éloigne de Montréal.
- les artistes de réputation internationale établissent leurs prix en fonction de la vigueur d'une devise internationale… le dollar US ! - -- gare à la hauteur du plafond de l'atelier : il faut contenir l'ego…
- comme dans toute chose, un contrat décrivant les différentes étapes des travaux à accomplir et les matériaux à utiliser est nécessaire.

Armé de ces nouvelles connaissances vous voici confronté à une chasse au trésor: trouver l'artiste chez qui vous dépenserez la plus grande partie de votre budget de restauration. Il vaut mieux vous donner l'air de savoir de quoi vous parlez, sinon le premier venu vous mènera en bateau. Vous devrez à tout prix voir d'autres voitures en cours de restauration à différents degrés d'avancement. Vous pourrez juger de la qualité du travail selon les critères suivants:

- la présentation générale de l'atelier. Comment votre voiture sera t'elle réassemblée, si une vache y perdrait son veau. La chambre à peinture doit aussi être distincte des zones de travail poussiéreux.
- le démontage. Cette étape sera plus facile et plus rapide (donc moins chère) si le carrossier est déjà familier avec le modèle en question. Vous pouvez économiser en faisant une partie du démontage vous-même mais attention, le carrossier aura besoin de certaines moulures (pare chocs, bords d'ailes, grille, etc.) pour s'assurer de leur ajustement lors des réparations.
- le nettoyage des zones rouillées. Attention au sablage au jet trop agressif, qui fait gondoler les tôles.
- le travail de la tôle. Un bon atelier de restauration doit être capable de fabriquer des pièces qui reproduisent exactement un rebord d'aile ou encore les nervures d'un plancher.
- le décapage. Pas question d'appeler "restauration" un travail où on appliquerait une Xième couche de peinture par-dessus les croûtes existantes, dont l'adhérence n'est pas toujours certaine. On peut l'éviter s'il s'agit de recouvrir une peinture d'origine en assez bon état.
- le soudage. Le bronze n'est plus guère utilisé. Le soudage acier sur acier, au MIG ou à l'acétylène, est de rigueur, et de préférence bord à bord plutôt qu'à recouvrement. Le bronze suscite des réactions et n'est en fait qu'un collage, dont l'utilisation est interdite pour toute réparation structurale.
- le remplissage. Les mastics (body filler) ont à toute fin pratique supplanté l'usage du plomb, et leur usage est à peu prés incontournable Tout se joue par la quantité à utiliser. Une quantité minime est acceptable pour finir les joints soudés. Si vous pensez que le mastic ne faisait pas partie de la construction d'origine, dites vous bien que la seule alternative est de remplacer chaque panneau endommagé par un panneau complet neuf d'origine...
- la finition. Celle-ci consiste à rendre uniformes et continues toutes les formes de la carrosserie, et le talent du carrossier (ainsi que le temps consacré à cette opération) fait la différence entre une voiture qui paraîtra belle la nuit, sous la pluie, mais qui est en fait toute gondolée et une autre, dont vous pourrez être fier en toutes circonstances.
- la peinture. Le type de peinture utilisé affecte mesurablement le coût des travaux, on parle facilement de $500 à $1000 de produits seulement pour un travail de qualité. Les peintures vernies assurent le maximum de lustre, mais attention, elles sont sensibles aux égratignures et ne sont pas d'origine pour la plupart de nos voitures. Un uréthane bien appliqué offre un lustre bien suffisant et une meilleure garantie de durabilité. L'acrylique offre peu d'avantages en comparaison, et la différence de prix est mineure. L'émail synthétique utilisé dans les années 50 et 60 est dépassé et n'offre pas une bonne durabilité. Quant à la laque qu'on appliquait naguère sur les "show cars" à coup de 20 ou 30 couches, c'est une perte de temps: on peut obtenir les mêmes résultats plus rapidement avec un produit moderne. Par ailleurs, la laque est sensible aux écarts de température et peut craqueler si votre voiture est remisée dans un garage mal chauffé ou mal climatisé!... Pour obtenir une apparence parfaitement homogène pensez peinturer les cadres de portes, les surfaces intérieures peintes, l'intérieur du coffre et l'entourage du moteur, même si vous conservez la même couleur. La différence de lustre pourrait vous trahir.
- le polissage. Non, nous n'avons pas terminé avec l'application de la peinture, il faut encore prévoir une vingtaine d'heures pour le sablage au bloc et le lustrage final, ce qui donnera à la peinture son fini "miroir".
- le remontage. Ben oui, l'auto ne se remettra pas ensemble tout seule. Par ailleurs, si vous la remontez vous-même, vous êtes responsable des égratignures dues à votre maladresse!

Si vous êtes chanceux et que vous avez déniché un être généreux qui accepte de vous faire tout ça à $30 l'heure parce qu'il aime votre bagnole, ces quelque 200 heures d'ouvrage vous auront donc coûté... $6000, plus les matériaux. Pour parler de restauration, croyez-moi, c'est un minimum.

Et si vous pensez le faire vous-même... relisez l'article en pensant à tout ce que vous aurez à apprendre, à tous les équipements qu'il vous faudra acheter, aux erreurs de débutant qu'il faudra réparer...

©VEA


 


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