UNE CATERHAM DANS LES ALPES
Comment soigner votre mal de dos

par Sébastien Katch

Ce jeudi soir 2 juillet 2006, le téléphone sonne dans notre appartement de Münich en Allemagne. C'est mon père et il a une mauvaise nouvelle pour moi: une sévère hernie discale. Il y a de grandes chances que ni lui ni ma mère ne puissent venir nous voir depuis qu'il se trouve cloué au lit.

Sa condition s'améliore légèrement vendredi et contre les recommandations de son médecin, mes parents décident neanmoins de venir en Allemagne. Papa aurait certainement besoin de médicaments et d'un fauteuil roulant.

Mes parents arrivent à Münich le dimanche 4 juillet et nous passons les premiers jours à promener mon père dans son fauteuil roulant dans la vieille ville, Maman trottinant joyeusement derrière nous. La vieille ville de Münich est probablement l'une des plus belles d'Europe et nous avons profité de ses luxueux jardins, ses restaurants, ses magasins, sa cuisine bavaroise unique et évidemment… la Coupe du Mode de Football.

Bien que nous ayons eu beaucoup de plaisir, je restais anxieux. J'imaginais comment mon père, dans sa condition physique, serait capable d'apprécier la surprise que je lui avais préparé secrètement… Une journée de conduite dans les Alpes au volant d'une CATERHAM CSR 200.

Mardi matin, je décide de tenter ma chance et de poursuivre mes plans. Nous quittons Münich tôt le matin (le fauteuil roulant dans le coffre) et roulons 120 km vers l'ouest jusqu'à la petite ville de Kempten-am-Allgäu près de la frontière suisse à plus de 230 km/h dans notre BMW Série 1 diesel de location. Le plaisir de conduire s'associait à nos battements de cœur.

Nous atteignons le village et "CITY CARS KEMPTEN", un établissement impeccable qui transforme les voitures haut de gamme et aussi achète, vend et loue des voitures très spéciales. Nous sommes reçus par Mr. et Mme. Gunther et Rita Schleyer www.city-cars-kempten.de, amoureux de voitures et fiers de leur entreprise et de leurs véhicules.

Et là se trouve la bête! Une CATERHAM CSR 200, noire, sans chromes, ses lignes pures et brillantes nous attend en avant dans le hall d'exposition. Nos machoires en pendaient, c'est sûrement la plus belle et la plus agressive des Catherham que nous ayons vu. Le modèle CSR est le dernier de la famille et voici quelques-unes de ses caractéristiques techniques: premièrement, la suspension entière a été modifiée avec les ressorts et amortisseurs avant désormais à l'intérieur de la carrosserie, la suspension arrière est maintenant complètement indépendante. Deuxièmement, le châssis tubulaire a été renforcé pour améliorer la rigidité torsionnelle de 25%. Troisièmement, les ailes avant et le nez du capot ont été redessinés pour réduire la levée de l'avant de 50%, très important pour ce type de voiture à haute vitesse. La CSR 200 est équipée d'un 2,3 L Cosworth de 200 chevaux et d'une transmission très courte à six vitesses (rapport final de 1:1 en 6ème!). Les pneus sont des AVON spécialement dessinés pour ce modèle sur des roues de 15 pouces. Avec un poids de 570 kg seulement, le 0-100 km/h est couvert en 3,7 secondes et l'accélération latérale est de plus de 1g. Tout à fait comparable à une Formule 3 en tenue de route, freinage et accélération.

Après une courte visite du garage, quelques paperasses à remplir et un petit cours de conduite convaincant avec M. Schleyer, nous sommes prêts à partir. Mon père se débrouille pour s'installer à la place du passager (comme il le fait dans sa Morgan) et attache sa ceinture de sécurité à quatre points. Nous abandonnons le fauteuil roulant derrière nous sans aucun regret.

Température d'huile? OK!
Pression d'huile ? OK!
Et nous partons…

L'entrée de l'Autobahn s'annonce, direction Fussen et les Alpes. De première en sixème à 7200 t/mn, IRRÉEL! Nous sommes collés au siège par le moteur vrombissant qui remplit l'air et les turbulences dans l'habitacle sont vigoureuses sans les vitres latérales. Nous avons atteint 210 km/h en nous battant avec cette bête qui se révèle très sous-vireuse à cette vitesse. Plusieurs minutes plus tard, nos quittons l'autoroute pour savourer la conduite sur les routes les plus panoramiques des Alpes

"Comment te sens-tu?" dis-je à mon père.
"Jamais aussi bien" me répondit-il.
Incroyablement, son mal de dos a disparu. Je ne pouvais pas le croire. Nous nous arrêtons et changeons de place.
Il prend le volant et nous repartons. Nous traversons la pittoresque ville de Fussen et prenons la route de campagne S198 vers le village de Elmen où nous tournons à gauche sur une route en lacets avec une pente de 15 % vers Imst au cœur du Tyrol autrichien. Les sommets des montagnes culminent à plus de 2800 mètres autour de nous. Le paysage est extraordinaire. Nous nous arrêtons pour déjeuner près du col et dégustons des Tyroler Knödels (boulettes de pommes de terre), des saucisses maison, de la choucroute au lard et bien sûr une bière bavaroise. À ce moment-là, mon père est complètement guéri.

Nous changeons encore de place et continuons la journée. La voiture est un divin plaisir et un défi à piloter sur les routes de montagne. Nous avons expérimenté maintes glissades volontaires (et involontaires) et des dérapages controlés. Il est très important de doser braquage, freinage et accélération. Cette voiture est une vraie bête de course. On l'adore.

Notre voyage de retour en Bavière se fait par les village de Garmisch (Jeux olympiques d'hiver en 1972) et Oberammergau. Nous avons eu aussi le plaisr de rouler sur la "Romantisch Strasse" route sinueuse vers Kempten. Doubler les autres voitures dans la CSR sur ces routes de campagne est une autre expérience en elle-même: à couper le souffle.

Il est 18 heures et nous sommes de retour chez CITY-CARS-KEMPTEN et nous sommes brulés par le soleil, déshydratés, à moitié morts, mais en extase. Détail amusant, nous avons parcouru 299 km sur les 300 qui nous étaient alloués par le contrat de location. Je suppose que nous avons eu vraiment pour notre argent.

Mon père sort de la voiture, debout et en marchant tout seul, tout sourire dehors, Pas de fauteuil roulant, pas de canne nécessaires. La Caterham l'a guéri. "Alors?" me demande t-il, "Que fait-on maintenant?"… "Le match de la coupe du monde de football commence à 20h30" lui dis-je. "Allons-y, on ne peut pas être en retard". Et ainsi, nous repartons en trombe vers Münich dans notre BMW.

C'était un jour avec mon papa et ce jour-là est inoubliable pour le reste de ma vie.

Avec toute mon affection,
Sébastien

©VEA


 


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