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J'AIME MON VIEUX CHAR
Les bagnoles des membres du club Voitures européennes
d'autrefois ont toutes une histoire à raconter. Unique...
par Yanick Villedieu (adapté d'un article
paru dans 'L'Actualité')
C'est une bande de doux dingues. Dingues de belles
ou d'originales d'une autre époque. Qu'ils aiment, bichonnent,
dorlotent et entretiennent sans compter ni les heures ni les dollars.
Et qu'ils sortent avec plaisir et fierté, certains dans les
grandes occasions seulement, d'autres chaque jour que la belle saison
leur apporte.
Ces doux dingues font partie du même cercle, le club Voitures
européennes d'autrefois (VEA). Ils viennent d'ici ou d'outre-Atlantique.
J'ai rencontré parmi eux, pêle-mêle, des hommes
d'affaires et des mécaniciens, un avocat, un pilote d'avion,
un peintre, un propriétaire de restaurants. Plus d'hommes
que de femmes, bien sûr. Plus de retraités que de jeunes
gens, évidemment. Mais quand même, une collection assez
variée d'individus qui partagent un penchant commun pour
les autos anciennes.
Et parfois, une passion. "Ce n'est pas une drogue, mais c'est
au moins une obsession", confesse Daniel , propriétaire
de pizzerias à Montréal. À voir son air d'éternel
jeune homme, on ne dirait pas qu'il a restauré sa première
voiture il y a déjà une trentaine d'années.
C'était une BMW Isetta
1957, curieuse mini-voiture dont l'unique portière
occupe tout le devant du véhicule et dont le moteur se trouve
presque sous le siège des passagers. Puis, ce fut une Traction,
la légendaire voiture noire de Citroën, construite le
mois et l'année de sa naissance, février 1952. Depuis,
il a remonté au moins une dizaine d'autos, dont une autre
Traction, un magnifique cabriolet 1938, propriété
de sa femme, Carole-Ann.
"De la boulimie", avoue Gérard. Banquier
le jour, amoureux de voitures le reste du temps, il garde encore,
bien en vue partout dans sa maison, les dizaines de modèles
réduits qui l'ont fait rêver dans son enfance. Il a
toujours roulé dans des voitures âgées et il
en possède plus d'une vingtaine aujourd'hui. Sa première,
qu'il avait acquise, à 18 ans, pour une ou deux bouchées
de pain, avait exactement son âge. C'était une Rolls
Royce Silver Dawn 1947. Il s'est ensuite lancé dans les Traction,
Jaguar, Ferrari et autres Lotus. Il raconte "le plaisir de
rouler, de rouler vite". Celui de dénicher des voitures
rares, parfois construites à quelques centaines d'exemplaires
seulement. Et une atavique fascination pour la mécanique
auto - c'est de famille, son aristocrate de grand-père bricolait
ses voitures en chemise blanche et boutons de manchette.
La plupart des membres du VEA ne sont pas aussi gravement
"atteints" que ces deux-là. Ils ne possèdent
en général qu'une seule antiquité sur quatre
roues. C'est le cas, par exemple, de Gérard Larochelle, retraité
de la région de Trois-Rivières, qui semble avoir pris
des ailes avec sa puissante deux-chevaux
1985, spécimen de la fameuse 2 CV. Cette autre légende
de l'automobile, également signée Citroën, évoque
infailliblement les films de Louis de Funès et fait automatiquement
s'écarquiller les yeux des enfants. C'est aussi le cas de
Mario Petit, technicien audio de Montréal, un gars plutôt
grand qui, pourtant, entre tout entier dans sa toute petite Austin
Mini 1000 Special 1979 - il l'a eue pour ses 50 ans, cadeau de son
frère et d'amis qui connaissent bien sa fascination. "Une
vraie de vraie, insiste-t-il. Avec des roues de 10 pouces."
C'est, enfin, le cas de l'auteur de ces lignes, depuis un an copropriétaire,
avec sa blonde, d'une 2 CV 1966,
version fourgonnette. La "truckette", comme on
la surnomme parfois, est un minuscule VUNS, véhicule utilitaire
non sport qui peut presque atteindre ses 80 km/h
quand, bien
sûr, il n'y a ni côte ni vent contraire.
Une seule voiture, donc. Ou, parfois, un seul modèle.
Michel Larouche, la cinquantaine affable et la maison ouverte à
tous, est originaire d'une famille de mécaniciens du Lac-Saint-Jean.
Il travaille dans une société d'aérospatiale
de Sainte-Anne-de-Bellevue, en banlieue de Montréal. Il passe
son temps à fabriquer des pièces de satellite de télécommunication
ou des composantes de la navette et du "bras canadien"
de la Station spatiale internationale. Mais il a eu le coup de foudre
pour les 2 CV dès qu'il en a vu une, en France, à
la fin des années 1980. "Quand je conduis une 2 CV,
dit-il, j'ai 14 ans."
Depuis sa première, la "jaune",
il en a importé, et dans certains cas complètement
restauré, trois autres. Dont une - rose, s'il vous plaît
- pour sa fille. Il s'est aussi mis à fabriquer des pièces,
à en importer, à en distribuer pour d'autres amateurs.
Son garage et son sous-sol, qui lui sert d'atelier d'usinage, sont
pleins de ressorts, de câbles, d'engrenages, de carburateurs,
de cardans, de boîtes de vitesses, de moteurs.
Aimer les vieilles voitures, ces doux dingues le disent tous, vous
amène à rencontrer toutes sortes de gens de toutes
sortes de milieux. Qui deviennent vite des copains, souvent des
amis, quelquefois plus. Michel Larouche, lui, a rencontré
sa belle Danielle, pétillante Française venue "en
vacances au Canada", chez un beau-frère membre du VEA.
Ils se sont mariés il y a trois ans. Le voyage de noces s'est
fait en 2 CV, évidemment, "la voiture du bonheur et
des vacances", dit encore l'invétéré deuchiste.
Des amoureux et des amoureuses de "vieilles bagnoles"?
On n'oserait employer expression aussi commune. Ces belles d'autrefois
sont souvent de véritables bijoux (plus de 300 d'entre elles
figurent dans le très bon site du VEA). Voyez, par exemple,
ces cabriolets grand chic que sont la Delahaye 135-M 1938, la Jaguar
XK-120 1954, plusieurs Austin Healey de 1958 à 1967, la Morgan
Plus-4 1960 ou la Traction déjà citée. Ou voyez
des voitures haute performance comme la Gordini 1952, la Lamborghini
Islero 1968, l'Alpine A-310 1978, quelques Porsche et Maserati.
Des bêtes splendides. Sans oublier les voitures rares ou même
bizarroïdes. L'Amphicar 1964
de Gérard - blanc, intérieur en cuirette rouge, décapotable
- a tout d'une automobile, mais avec un gros plus: il va sur l'eau.
Parfaitement étanche, il flotte comme n'importe quel bateau
et se déplace grâce à deux hélices dissimulées
sous le coffre arrière. Une promenade de nuit, par beau temps,
toit ouvert, avec les deux pinceaux des phares sur le lac, est une
"expérience purement féerique", dit son
propriétaire. Seul inconvénient: "Chaque fois
que je m'en sers, c'est l'émeute populaire au bord de la
rampe de mise à l'eau. Tout le monde voudrait embarquer."
Au fait, pourquoi cette passion pour des voitures qu'il faut parfois
remonter d'un pare-chocs à l'autre (quand elles en ont encore),
dont les pièces semblent difficiles à trouver (ce
qui est moins vrai depuis qu'Internet existe) et qui ne démarrent
pas toujours au quart de tour?
L'explication vient peut-être, en partie, d'une
sorte de "masochisme mécaniste", qui tient à
la fois du défi lancé au mécanicien qui dort
dans beaucoup de grands garçons, du plaisir de se salir les
mains dans le cambouis sans se faire gronder et de la joie existentielle
d'entendre enfin un moteur ronronner. L'explication vient aussi
- à voir et à entendre les gens du VEA, elle est évidente
- de la nostalgie de la première voiture qu'on a eue ou aimée.
"Mes tout premiers souvenirs, quand j'avais trois ans, à
Sherbrooke, sont des souvenirs d'autos, dit Mario Petit. Et quand
j'ai eu neuf ans, mon père a acheté une Morris Mini
Minor 1961 bleu ciel, proche cousine de ma Mini 1000."
Mais il y a plus que ça. Il y a l'admiration
pour des technologies qui furent, en leur temps, de grandes innovations.
Daniel vient de se lancer dans la réfection d'une Citroën
DS 19 Export 1963 - je n'en ai vu que le châssis dans son
atelier, mais il se promet d'en faire "l'une des plus belles
DS au Canada, peut-être même en Amérique".
La DS, sa voiture-culte, lui apparaît comme une merveille
de mécanique depuis sa sortie sur le marché, en 1955:
suspension hydraulique (elle se lève au démarrage
et s'abaisse à l'arrêt), direction assistée,
capot en aluminium, phares directionnels pour éclairer l'intérieur
du virage, confort inouï et j'en passe.
"Voir une voiture à l'état d'épave et
la remettre sur la route, c'est remonter dans le temps, dit Daniel.
C'est retrouver comment c'était fait, comment et pourquoi
ça marchait." Et puis, ajoute-t-il avec un éclat
dans le regard, "quand je reçois mes colis de pièces
à la maison, c'est chaque fois Noël".
Et ils sont tous pareils dans ce club, tous "atteints"
à un degré ou à un autre. Il faut les voir
se montrer leurs voitures, leurs trouvailles, leurs réparations,
leurs améliorations. Il faut les entendre se raconter leurs
découvertes, leurs joies, leurs rêves à propos
du modèle qui a ceci de particulier ou cela d'exceptionnel.
Une bande de doux dingues, vous dis-je.
Dont la passion est, hélas, contagieuse. Tenez, après
la 2 CV fourgonnette, je commence à rêver d'une Traction,
ne serait-ce qu'une toute simple 11 CV. "Pas sûre, moi",
répond laconiquement ma blonde. Pour l'instant, j'espère.
Site du VEA
Le site (www.vea.qc.ca)
est une bonne adresse, même pour le grand public, et pas seulement
pour les photos: des collègues qui se demandaient ce qu'est
une huile synthétique y ont trouvé la réponse.
À noter que si le VEA est spécialisé dans les
voitures européennes, au moins deux autres clubs québécois,
plus importants, regroupent-surtout des amateurs de voitures américaines:
le club Voitures anciennes du Québec (www.vaq.qc.ca)
et le club Voitures anciennes et classiques de Montréal (www.geocities.com/clubvacm).
Il y a, dans ces sites, beaucoup de belles ou très belles
d'autrefois à admirer.
©VEA
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