COMMENT SE DÉBARASSER
D'une auto usagée en 1955?

par Gilbert Bureau


On se demande pourquoi, aujourd'hui, les collectionneurs ont-ils tant de mal à trouver des véhicules de l'époque 1935-55 ? Nous obtenons la réponse en nous reportant dans le passé, en 1955, alors qu'un grave problème commençait à se poser : comment se débarrasser de sa voiture usagée ? Roland Beaudry, dans la revue L'Automobile de 1955 nous expose le problème.

Jusqu'alors, le nombre des véhicules étant assez limité, on ne se préoccupait pas de cette question. Aujourd'hui (1955), cela devient un fléau : les voitures d'occasion atteignant un nombre de plusieurs millions dans le monde. Une automobile se démode très vite et de plus, s'use assez rapidement car elle n'est pas construite pour durer plus de 10 ans… Alors, comment se défaire de celle-ci afin d'en acquérir une nouvelle, jeune, belle et désirable ? Il n'existe pas beaucoup de solutions.

-En parler à des amis. Malheureusement eux-mêmes cherchent à revendre les leurs et vont même jusqu'à nous les proposer!
-Ne plus s'en inquiéter et faire reprendre l'ancienne par le vendeur qui veux vous en vendre une neuve. Il accordera alors une " reprise " de quelques centaines de dollars qui seront ajoutées au coût réel de l'auto neuve!

Que deviennent alors ces voitures usagées ?
Une fois aux mains du garagiste, il peut la réparer pour la revendre : c'est une solution qui dans bien des cas n'est pas retenue car le coût de la " reprise " additionné à celui des travaux de réfection dépasserait le prix d'une auto neuve…

Les vendeurs n'ont plus qu'à les entreposer. Ainsi certains grands garagistes se retrouvent avec plusieurs milliers de dollars de " reprises " dont ils ne peuvent se défaire. Ces argents empêchent la conception de nouveaux véhicules, et le problème de ces vieilles voitures va donc jusqu'à paralyser le commerce et le développement de nouveautés. En effet, pour venir en aide aux vendeurs d'autos, certains grands constructeurs partagent les frais qu'occasionnent ces " reprises " avec leurs agents. Mais ces millions de voitures usagées restent néammoins sur le marché.

Pour s'en débarasser définitivement, il ne reste donc plus qu'une solution : les détruire! Pour cela, on les envoie, comme le bétail, à l'abattoir. Ces établissement spécialisés se nomment ferrailleurs : ils achètent des voitures encore très fonctionnelles, à des prix très bas afin de les démonter. Ainsi, ils récupèrent toutes les parties réutilisables : caoutchouc, verre, métal, chromes et composantes mécaniques , qu'ils revendent ensuite dans l'industrie, (notons ici au passage qu'à cette époque, on ne vendait pas de pièces d'autos usagées à des particuliers; on vendait directement aux indutries spécialisées. Le terme " recyclage " n'existait pas encore…).

Roland Beaudry va jusqu'à prédire qu'à partir de 1970, on ne produira que des voitures " jetables " tout comme les briquets et les mouchoirs de papier! À la première panne majeure, on se séparera de sa voiture pour en acheter une autre. (Je n'ose pas imaginer devoir jeter ma Jaguar pour une bougie défaillante !).
Il existe aussi (toujours en 1955), des abattoirs plus horribles : lorsque les matériaux sont jugés trop mauvais, on charge de grands bateaux qui vont ensuite noyer des montagnes de ferraille en pleine mer…
N'oublions pas que dès 1929, Citroën, qui fut un des précurseurs de la récupération et du recyclage, payaient des gens à son usine, pour démonter les voitures usagées que lui envoyaient ses vendeurs d'autos. On récupérait le maximum de matériaux, puis la carcasse de l'auto était balancée dans la grande fournaise pour y être fondue!

Mais revenons maintenant en 2007. La S.P.C.A existe, mais malheureusement, ce n'est pas la Société Protectrice des Automobiles, mais bien celles des animaux!
Mentionnons aussi que depuis 1950, un grand nombre de voitures anciennes ont été transformées et modifiées par des gens qui n'ont pas la même vision historique que nous. N'oublions pas non plus que les besoins urgents des usines d'armements, lors la deuxième guerre mondiale, ont envoyé aux fournaises des tonnes et des tonnes de véhicules d'avant 1940. De l'humble Citroën à la prestigieuse Delahaye, toutes finissaient par être transformées en obus ou en chars d'assaut!

On assiste par contre de nos jours à des résurrections qui tiennent parfois du miracle. Votre revue favorite est là pour témoigner de ces restaurations incroyables. Grâce au travail de restauration de véhicules anciens, beaucoup de merveilles des temps jadis renaissent de leurs cendres et redécouvrent la vie. Il n'est pas difficile d'imaginer qu'en 2037 nos petits enfants en feront autant avec les autos de notre époque, et nous nous en voudrons de ne pas avoir su les sauvegarder.

©VEA


 

 


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