LA FASCINATION DES GRANDS NOMS
par Pierre-André Ouimet
Connaissez-vous la recette parfaite pour attirer l'attention à
coup sûr? Un, deux ou mieux encore, plusieurs noms célèbres
ou connus, mis côte à côte.
À preuve : qui saurait ne pas reconnaître
ou daigner ignorer les noms de Bugatti, Jean-Paul Riopelle et
celui de l'hôtel Ritz-Carlton? C'est la potion quasi magique
qui a réussi à créer un événement
mondain sans précédent en plein milieu du mois de
juillet à Montréal. Je dis mondain car une partie
importante du gratin de Montréal s'était entassée
dans la grande salle de bal du Ritz pour assister à l'encan
des dix voitures de Jean-Paul Riopelle, ce peintre québécois
passionné inconditionnel de voitures anciennes et d'intérêt
particulier. Car pour Riopelle, ancien ne suffisait pas, il les
voulait surtout uniques, rapides, insolites ou cocasses.
Le gratin de la société mondaine donc,
dont - ou en plus d'- une délégation importante
de membres du VEA y était évidemment. Nombreux sont
ceux qui s'étaient bien promis de ne pas manquer ça,
ça étant non seulement de voir le déroulement
de ce qui fut un encan spectacle mené par Iégor
de Saint-Hippolyte, mais venus aussi avec le désir et l'espoir
d'acheter une ou plusieurs des voitures offertes. Si nos valeureux
membres n'ont pas raflé tous les joyaux, nous devons toutefois
être fiers de savoir que des dix voitures offertes, huit
l'ont été par des Québécois. Reste
encore à savoir maintenant si cela signifiera qu'elles
resteront au Québec, seul l'avenir le dira.
Si le clou incontestable de la soirée était
axé sur les deux Bugatti, dont la plus intéressante
fut acquise par Lino Saputo, la bataille la plus épique,
la cavalcade devrait-on dire, se fit autour de la mignonne AC
Bristol Aceca, pour laquelle la bataille s'étira à
partir de 10 000 $ jusqu'à atteindre finalement 81,000
$, un participant de la salle abandonnant ultimement la voiture
convoitée à un miseur acharné qui était
au téléphone. Une autre bataille surprise se fit
entre des VEAistes épris de Citroën, poussant le cabriolet
bien plus haut que plusieurs ne l'avaient d'abord prévu
ou
prédit. Il en fut de même pour la Bristol 406 E,
carrosserie unique réalisée par Beutler, que Vincent,
membre de la première heure du club, se promettait bien
d'acquérir et pour laquelle il choisit sagement de déclarer
forfait devant l'escalade du prix misé.
Laurent, lui, s'offrit " la petite cerise sur
le gâteau ", en misant la somme excessive et un peu
folle - c'est lui qui le dit- de 9 000 $ pour la microscopique
Fiat 126A de 1973. Comme Laurent me l'a dit : " Mais cette
voiture-ci aura tout autant que les Bugatti appartenu à
Riopelle et il n'y a jamais eu de ce modèle au Québec,
ni au Canada d'ailleurs ". Il a raison en un sens, elle est
donc déjà unique de deux façons, et on pourra
dire trois lorsque Laurent aura réussi à s'asseoir
dedans et en ressortir!
Certains ont dit que les prix étaient trop
chers, d'autres que les prix étaient trop bas
.mais
nous savons tous qu'il n'y a pas de vérité absolue
dans cet univers des encans, ce sont les forces du marché
du moment qui ont parlé, même tonné à
quelques reprises, quelquefois au delà de la raison automobile.
À vous de juger par la liste jointe des prix " au
marteau d'adjudication ". Rappelez-vous toutefois qu'en ce
soir de " fiesta " parfois délirante, Iégor
a exigé des frais d'adjudication de 15% en sus, plus les
taxes évidemment. Plusieurs savent et ont déploré
que de tels frais soient largement supérieurs à
ceux normalement exigés lors de ventes aux enchères
dans le monde automobile, surtout pour les spécimens de
haut prix, mais, sachant que Riopelle a toujours aimé les
excès, c'était peut-être une façon
de nous rappeler sa philosophie et pour lui de nous faire un dernier
clin d'il en nous rappelant que le plaisir, l'esthétisme
et la bonne vie ont toujours un prix, fut-il un tant soit peu
excessif ou majoré.
Riopelle l'avait compris, il l'a vécu intensément
et a voulu laisser la responsabilité fiduciaire d'une brochette
intéressante de voitures chez nous et pas ailleurs. Sachons
lui en être reconnaissant et continuer à porter haut
le flambeau de notre passion commune.
Chapeau Riopelle, de roue s'entend!
LES RÉSULTATS DE L'ENCAN (dans l'ordre d'adjudication):
VOITURE & prix d'adjudication*
Citroën 15/6, berline, 1953: 18 000 $
Bristol 406E, coupé Beutler, 1956: 27 000 $
AC Bristol Aceca coupe biplace sport, 1963: 81 000 $
Bugatti 57, cabriolet Letourneur et Marchand, 1936: 210 000 $
Bugatti 57C, cabriolet Gangloff, 1939: 245 000 $
Citroën 11BL, cabriolet, 1939: 39 000 $
Simca 8, berline 1200, 1950: 7 000 $
Jaguar XJ6, 4,2L berline, 1972: 8 000 $
Fiat 126 A, 1973: 9 000 $
Citroën DS20, berline, 1971: 13 500 $
* Prix d'adjudication auquel il faut ajouter la commission de
15% du commissaire-priseur et sur le tout, les taxes applicables
(TPS/TVQ).
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