LE FORGERON EMPILE SON VIEUX FER
DANS UN COIN

par Daniel Baragiotta

Je suis très fier d'avoir été la vedette du dernier bulletin ... 2 fois en photo. Comme quoi, ce n'est pas nécessaire d'être beau et intelligent. Il suffit d'être à la bonne place au bon moment.
Certains, par contre prennent avantage de leur position, à la rédaction, pour se défiler.
Mais ça ne se passera pas comme ça. Je vais sévir. Que dis-je, je sévis. Je vous assène un coup de prose:

Si ce n'était d'une irrévérencieuse contrepèterie, j'intitulerais cet article:

LE FORGERON EMPILE SON VIEUX FER DANS UN COIN
(NDLR: C'est fait !)

Je cherchais l'autre jour un renseignement technique dans un formulaire d'école, le petit Muller, du nom de l'illustre ingénieur qui l'a compilé en 1932. Mon édition, la 15ème, date de 75.
A l'heure de la haute technologie, j'ai trouvé intéressante une méthode artisanale dont la description frise la poésie. Il s'agit d'évaluer, à l'œil, la température du métal; laissant les  pyromètres aux industries qui pouvaient se les payer.
Les forgerons et maréchaux-ferrants, eux, devaient se contenter de l'expérience acquise et transmise.
Monsieur Muller a tout mis cela par écrit et voici ci-contre le résultat:

Les notes en italique sont personnelles



Ceci dit, ces forgerons, c'étaient de joyeux drilles. J'avais moins de 10 ans. J' habitais encore le quartier du Château Rouge, dans un cul-de-sac. Mon père avait l'atelier juste de l'autre côté de la cour, non pavée. De temps en temps j'allais voir le pépé Reynaud sortir ses barres de fer plat du foyer et les former pour faire des crochets destinés à se planter dans le bois des poteaux d'échafaudages.
Je passais donc devant le garage en tôle ondulée qui abritait la camionnette. Une Peugeot 12-six avec un toit démesuré. On pourrait croire aux saute-vents aérodynamiques modernes. En fait, je pense qu'à l'origine c'était un autocar qui a été coupé en arrière du chauffeur et équipé d'un plateau à ridelles.

En entrant dans l'atelier, à droite, il y avait la forge . Elle était équipée d'un ventilateur électrique mais l'énorme soufflet de cuir et bois était encore en place. Pépé Reynaud était devant sa forge 10 heures par jour. Ma présence lui faisait un peu de divertissement.

A chaque fois il me faisait mon coup favori. D'un revers de manche, il nettoyait la surface de l'enclume et y déposait un gros crachat. Puis, d'un air inspiré, il faisait semblant de puiser dans une boîte sur l'étagère, une pincée d'un produit mystérieux qu'il feignait de déposer sur le liquide. Il sortait ensuite une barre du feu, toute blanche et frémissante (1400°!!! vous voyez que c'est utile) en prenant soin de la présenter bien à plat juste au-dessus du mélange. Là, il lui assénait un coup de marteau à tuer un bœuf et PAOWW, ça explosait comme un pétard. JOIE.

Des fois il me faisait le coup de la panne: l'ingrédient principal manquait. Devant mon air dubitatif, il allait chercher la boîte pour me montrer qu'elle était vide. La boîte était sur l'étagère noire de suie, à côté de la bouteille de vin rouge coiffée de son verre renversé. J'étais désappointé. Alors d'un air confidentiel il me disait : '' Va chez Pralon ( l'épicier du coin), dis-lui que tu viens de ma part, que tu veux de la poudre de Perlimpinpin et qu'il la mette sur mon compte.''
Evidement, à chaque fois, le père Pralon me disait qu'il n'en avait plus, en inventant toutes sortes de prétextes et en essayant de garder son sérieux.

Plus tard, au Lycée technique, c'étaient les pieds de la table de logarithmes ou le marteau à bomber le verre qu'il fallait aller chercher auprès des professeurs d'atelier des classes supérieures !!

Je pense avoir assez sévi, alors je vous laisse en concluant sur une maxime fort à propos et très  éducative:
C'est en forgeant qu'on devient forgeron, comme c'est en sciant que Léonard devint scie.

© VEA

 

 


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