LA FRAZER DE FRAZER

par Alain Raymond

"Je m'appelle Frazer Torode et dans ma famille, on dit souvent avec un brin de plaisanterie que mes parents m'ont donné le nom de la première voiture qui passait devant chez nous, une Frazer Nash. C'est partiellement vrai, sauf que la Frazer Nash fait partie de notre famille depuis 1925."
À l'écouter parler, on sait immédiatement que Frazer est d'origine britannique. Il est né à Leytonstone, tout près de Londres, et il est arrivé au Canada en 1954, à l'âge de 5 ans, ce qui ne l'empêche pas de garder son accent. Quant à la voiture, elle a traversé l'Atlantique en 1991 et, selon Frazer, il n'y en aurait que deux au Canada.

Une transmission à chaînes

À l'origine, cette marque très anglaise, née en 1910, produisait des side-cars (attelage constitué d'une moto et d'un habitacle doté d'une roue), notamment les GN à moteur bicylindre JAP. La première voiture a été lancée en 1924. Il s'agissait d'un modèle sport de conception relativement rudimentaire constitué d'un châssis traditionnel, d'un moteur et de deux sièges-baquets, les roues arrière étant entraînées par quatre chaînes. C'est d'ailleurs à cause de ce type de transmission que les adeptes de Frazer Nash ont été surnommés "the chain gang". Il existe même une publication, The Chain Gang Gazette, produite par le Frazer Nash Car Club, en Angleterre.

Plus tard, les frères Aldington se sont emparés de Frazer Nash et ont commencé, en 1934, à importer et assembler des BMW en Grande-Bretagne. Après la guerre, ces voitures étaient animées par le célèbre moteur BMW 328 de 2 litres créé conjointement par Bristol Aerospace et les frères Aldington. Une victoire à la Targa Florio de 1951 a fait de la Frazer Nash la seule voiture britannique à triompher sur le célèbre circuit sicilien. Quant au modèle à chaînes, il a été construit à 350 unités entre 1925 et 1939. Déjà démodées à cette époque, ces voitures étaient néanmoins performantes et très robustes et convenaient particulièrement aux épreuves du type trial, des courses de côte hors route, à cause de la remarquable motricité de la transmission par chaînes sans effet différentiel.

Sur le plan mécanique, la Frazer Nash était propulsée par un moteur léger mais robuste et fiable de 1496 c.c., un "lointain cousin du célèbre moteur Rolls-Rolls Silver Ghost" et livrable en version SA (38 ch), Super Sports (48 ch) et High Efficiency (52 ch).

350 $ en 1933

Mais revenons à l'autre Frazer et à son très rare modèle 1925. "Mon oncle a acheté la voiture d'occasion en 1933 pour 83 livres sterling, soit l'équivalent de 350 $", précise Frazer en exhibant l'acte de vente obtenu chez Lane Motors, à Hampstead, au nord de Londres. Ce n'est pas très cher même si, à l'époque, la livre sterling valait environ 4 $. "Cette même année, la voiture a eu une collision assez sérieuse et mon oncle a dû débourser 54 livres pour les réparations. En 1991, trop âgé pour s'en occuper, mon oncle m'a légué sa précieuse voiture."

Frazer Torode est propriétaire de l'atelier Torode Precision Components, à Brampton, "un atelier d'usinage axé sur le design". C'est ce qui lui permet de reproduire la plupart des pièces nécessaires à la survie de sa Frazer Nash, "que je sors régulièrement l'été pour de longues randonnées". "D'ailleurs, ajoute-t-il, j'ai l'intention de refaire la carrosserie selon les dessins d'origine et de replacer le levier de vitesses et le frein à main à l'extérieur, comme il se doit."

Sur les 350 Frazer Nash à chaînes, "il en reste pratiquement la moitié en état de rouler, la plupart en Angleterre et une demi-douzaine aux Etats-Unis", selon notre spécialiste. La raison de leur popularité? "Leur rareté, leur robustesse et les performances qu'elles autorisent : près de 145 km/h pour les versions les plus rapides. Pas mal pour une vénérable voiture de 82 ans."

©VEA

 


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