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LES
FRUSTRATIONS D'UN RÉTROVISEUR
par Jean-Guy Boilard
L'organisation et la direction d'une randonnée motorisée
sont à la fois des tâches ardues et ingrates. En effet,
il faut d'abord faire le trajet et ensuite préparer une feuille
de route claire et précise susceptible d'être comprise
et suivie par le plus obtus des conducteurs ou navigateurs. Il doit
y avoir des haltes pour la restauration et la vidange des humains
et le ravitaillement des machines. Finalement, lors de sorties de
plus d'un jour, il faut prévoir l'hébergement, au
meilleur prix, sans sacrifier le confort et le coup d'oeil. La bouffe,
devient aussi une préoccupation importante, réservations
et suggestions de menus.
Tout ce travail est souvent ingrat. Il est difficile de tout prévoir,
de satisfaire des goûts divergents ou de réparer l'oubli
ou la négligence d'un participant. Il est désagréable
d'imposer et de suivre un horaire strict dicté par des engagements
contractés auprès d'aubergistes, de restaurateurs
ou des responsables d'une activité prévue à
l'horaire. Finalement quand la température est maussade,
la moindre défaillance, faute ou erreur est amplifiée
au point de créer une grogne qui devient vite contagieuse.
Les observations qui précèdent me sont bien connues.
Je participe à des activités motorisées depuis
plus de 35 ans. J'en ai aussi organisé et dirigé quelques-unes
destinées à des automobiles d'avant-guerre i.e. 1942
dont le nombre pouvait varier de 10 à 25 et parfois pour
une semaine entière.
Donc, les propos qui suivent ne sont pas ceux d'un bonhomme aigri
ou grincheux (bientôt 72 ans) non plus que d'un niais incapable
de s'orienter, qui s'égare facilement au point d'être
un boulet pour les autres participants. Je veux bien reconnaître
tout ce qui précède mais une chose demeure: je ne
suis pas aveugle ou halluciné. Quand je ne vois plus la voiture
qui me précède, à la sortie d'une courbe ou
lors d'un changement de route ou après des feux de signalisation
trop brefs, je ne rêve pas.
Chaque fois où j'avais la responsabilité d'une randonné
motorisée, deux choses me préoccupaient: la vitesse
et le rétroviseur. Les participants en étaient d'ailleurs
informés.
La voiture de tète doit rouler si possible à vitesse
constante, son conducteur sachant que la. voiture queue devra la
dépasser et parfois de façon substantielle pour compenser
les arrêts, les feux de circulation non synchronisés
ou les virages non privilégiés. Il faut aussi reconnaître
qu'une randonnée de voitures anciennes n'est pas une course
mais plutôt une activité de détente. Il ne me
semble pas nécessaire d'atteindre et encore moins dépasser
la vitesse maximum permise pour autant que les vitesses minimum
soient respectées. De là, la nécessité
de placer les voitures plus lentes en tête de peloton et les
plus rapides ou les plus modernes à l'arrière.
Le directeur de la tournée doit bien connaître le
trajet et prévoir les virages, les changements de voies ou
de routes tout en exigeant que chacun respecte une distance sécuritaire
entre les véhicules sans toutefois prendre un retard trop
accentué.
Les participants doivent aussi connaître la règle
du rétroviseur. Dès que la voiture qui suit cesse
d'être visible, il faut ralentir et éventuellement
se ranger sur l'accotement et s'arrêter jusqu'à ce
que le disparu se manifeste. Cela provoque une réaction en
chaîne vers l'avant si bien que le chef de file devra lui
aussi s'immobiliser jusqu'à ce que le cortège se reforme.
Voyager en convoi impose des contraintes et des obligations à
tous les participants. La panne de l'un peut devenir celle de tous
quand il est possible d'y remédier sans danger. Il ne faut
pas abandonner le malheureux à son sort, Chaque conducteur
doit être observateur et signaler une défectuosité
constatée au véhicule qui précède ou
qui suit.
Rien n'est plus frustrant que de réaliser être égaré
parce que la voiture qui précédait est disparue à
un virage ou après un feu de circulation. Le désagrément
devient alors celui de tous ceux qui malheureusement se retrouvent
derrière le "perdu" à moins que l'un d'eux
ne soit déjà familier avec le trajet.
Il faut, dès le départ, convenir que la plupart des
participants ne connaissent que la destination et peu d'entre eux
le trajet pour s'y rendre.
En outre, malgré la meilleure cartographie ou description
de l'itinéraire, il faut savoir que deux préoccupations
retiennent l'attention du conducteur: l'observation des règles
de la circulation au volant d'un véhicule ancien dont il
doit surveiller le fonctionnement par la lecture fréquente
des cadrans du tableau de bord et l'écoute attentive des
bruits ou des sons de la mécanique.
C'est la raison pour laquelle il s'en remet presque entièrement
au leader de la tournée et à ceux qui le suivent pour
se rendre à bon port, Nos navigatrices ne sont pas toujours
expertes dans l'art de déchiffrer un itinéraire plus
ou moins précis.
Ce sont là, il me semble, des règles simples fondées
sur le sens commun susceptibles d'agrémenter le loisir de
l'automobile d'autrefois et d'empêcher que le bonheur de ceux
qui aiment les conduire ne soit gâché. Le rétroviseur
sera donc un antidote à la frustration du conducteur égaré.
©VEA
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