LE V.E.A. AU GOODWOOD REVIVAL !

par Patrick Morin

Dans notre atelier, sur le panneau d'affichage, nous avions, il y a quelques années déjà, accroché une photo de Jim Clark avec le titre suivant: "Give me Goodwood on a summer day". Pour les non initiés, le circuit de Goodwood, propriété de Lord March, est devenu célèbre dès la fin de la deuxième guerre mondiale. La route de service, qui entourait le terrain d'aviation, construit pour protéger l'Angleterre des raids aériens ennemis, fut en effet rapidement transformée en circuit automobile, et devint, avec le temps, un lieu mythique du sport automobile. Lord March, il y a une dizaine d'années de cela, décida de faire revivre ces lieux historiques et d'y recréer l'ambiance des années d'après- guerre. Deux événements majeurs se déroulent à Goodwood chaque année: le Goodwood Festival of speed, dédié aux voitures modernes et d'exception (F1, WRC, dragsters etc..) et le Goodwood Revival, le seul événement du genre à recréer l'ambiance des courses d'après-guerre, sur un circuit légendaire, aménagé tel qu'il était en 1948. Pour mieux retrouver l'ambiance d'après-guerre, les organisateurs ainsi que les participants se doivent d'être habillés en costume d'époque et les spectateurs sont fortement encouragés à les imiter. Certains paddocks, souvent ceux qui abritent les voitures les plus prestigieuses, sont interdis à ceux qui ne respectent pas cette règle.

Aussi, quelle ne fut pas notre joie de recevoir une invitation de Lord March pour participer au dixième anniversaire du Goodwood Revival. Car, autre originalité, on ne peut pas participer à cet événement sans avoir été sélectionné. Nous avions bien sûr eu vent de certaines rumeurs qui nous laissaient entrevoir une possible sélection mais la réception de l'invitation nous fit bondir de joie.

L'événement, qui se déroule sur trois jours, ne comporte pas moins de 16 courses, réparties sur deux jours, ainsi qu'une journée réservée aux qualifications. Pour vous donner une idée des plateaux, mentionnons le Goodwood Trophy, réservé aux voitures de Gd Prix et voiturettes de 1930 à 1950, le Earl of March Trophy auquel nous avons participé, réservé aux F3 de 500cc construites entre 1948 et 1959, le Barry Sheene Trophy, pour les motos de Grand Prix de 1951 à 1954, la Chichester Cup pour les formules junior de 1960 à 1963, le Glover Trophy, réservé aux F1 de 1,5l de 1961 à 1965, le Royal Automobile Club TT Celebration, pour les voitures de Grand Tourisme de 1960 à 1964, etc…..

Pour célébrer ce dixième anniversaire, 345 voitures et 29 motos avaient été sélectionnées par un comité composé d'historiens et de spécialistes de course d'automobiles anciennes. Chaque voiture possède un emplacement réservé sous abri et un panneau identifiant celle-ci est suspendu au-dessus de cet emplacement. Même les non connaisseurs peuvent ainsi facilement identifier les voitures exposées.
Nous avions, pour parer aux imprévus, décidé d'arriver tôt le jeudi après-midi, et nous ne l'avons pas regretté… En effet, Goodwood étant toujours un terrain d'aviation, nous avons pu assister aux arrivées spectaculaires de nombreux avions de la deuxième guerre mondiale tels que Spitfire, Mustang, Corsair, Curtiss Hawk, mais la palme revint sans aucun doute à un bombardier Vimy de la … première guerre mondiale qui avant de se poser fit un tour d'honneur à une très impressionnante… basse vitesse. D'autres appareils anciens s'étaient également déplacés pour participer à un concours d'élégance. En fin d'après-midi, vers les cinq heures (une heure précieuse pour les Anglais), notre présence était requise pour assister au match de cricket des célébrités et, bien évidemment, déguster une ou plusieurs tasses de thé. Le cricket étant ce qu'il est, nous en profitâmes pour retrouver des amis compétiteurs et réserver une table dans un pub local. Le match terminé, notre oeil fût attiré par un point noir qui grossissait rapidement. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, un Spitfire était sur nous et nous gratifia d'une démonstration spectaculaire avec tonneaux, loopings et piqués vertigineux et ce bruit si mélodieux du V12 Rolls Royce Merlyn …! Imaginez le spectacle! Nous sommes soixante ans en arrière, le soleil se couche dans un ciel sans nuage et un Spitfire vole entre les arbres du parc du château de Goodwood! Pour nous remettre de ces émotions, nous sommes invités à assister à la réunion des pilotes qui prend place dans une énorme tente car il faut recevoir comme il se doit environ un millier de personnes! Après avoir écouté les explications d'un pilote chevronné qui connaît le circuit comme le creux de sa main, un cocktail au champagne nous est offert pour terminer notre première journée.

Le vendredi matin, journée des essais. Arrivée matinale au circuit sous un ciel… provençal, mais le thermomètre fait la grève et nous nous précipitons au restaurant des concurrents où un solide petit déjeuner nous est offert avec une bonne tasse de thé bien chaud. Le restaurant est une cantine militaire reconstituée pour l'événement. C'est une grande tente et l'on y retrouve l'atmosphère des cantines militaires de la deuxième guerre. Le personnel est en uniforme de la Royal Air Force et nous nous retrouvons de nouveau à l'époque de la deuxième guerre mondiale. Nous prenons notre petit-déjeuner avec nos amis et adversaires et pensons déjà à l'épreuve de qualification qui nous attend.

La température monte sur la piste et dans nos cœurs et nous nous rassemblons pour prendre le départ. Le plateau, fort d'une trentaine de voitures, est surtout composé d'une majorité de Britanniques auxquels se joint une dizaine de Scandinaves et un Franco-Canadien. Le directeur de course nous libère, et nous partons à la découverte du circuit. Celui-ci est plat puisque situé sur un aérodrome et ne semble pas présenter de difficultés majeures. La vitesse y est très élevée, et nous réalisons que, pour trouver la ligne idéale nous permettant de passer partout à la vitesse maximale, plusieurs tours nous seront nécessaires. Ce sera un luxe que nous ne pourrons malheureusement pas nous offrir car après 2 tours de circuit, notre moteur décide de se reposer. En roue libre, nous choisissons de stationner la voiture sur le magnifique et très verdoyant gazon. A peine sorti de la voiture, et à notre grand étonnement, nous réalisons que de nombreux spectateurs se jettent sur leurs appareils photo pour immortaliser ce moment. A la fin des essais, une remorqueuse (d'époque!) nous lance une corde et nous ramène honteusement au paddock. Aussitôt, nous sommes entourés et les questions fusent pour connaître la source de nos problèmes. Mes deux aides mécaniciens, dont l'un est un retraité de l'écurie Renault de Formule 1, décident d'essayer de redémarrer le moteur. Notre voiture, comme toutes les autres de la même catégorie, ne possède pas de démarreur. C'est donc à la poussette que nous devons démarrer le moteur. A la deuxième tentative, celui-ci se réveille et fonctionne normalement. Nous renouvelons l'opération plusieurs fois et à chaque fois, notre moteur répond très bien aux sollicitations. Cela ne nous satisfait que partiellement car nous n'avons pas pu déterminer avec certitude l'origine de notre problème. Mais nous n'allons pas nous tracasser outre mesure pour un incident qui peut-être, nous l'espérons, ne se reproduira plus.
Les bonnes relations entre concurrents et les relations sociales tiennent une place importante dans le milieu de la course de voitures anciennes. Nous devons maintenant répondre à l'invitation qui nous a été transmises par les pilotes scandinaves à participer à un cocktail au cours duquel nous avons été soumis à une dégustation d'Aquavit accompagnée de harengs marinés. Le cocktail se termina avec le spectacle aérien quotidien regroupant plusieurs avions de la deuxième guerre mondiale. Le spectacle était d'autant plus réussi, qu'il se déroulait dans des conditions idylliques. Un soleil éclatant dans un ciel immaculé servait de toile de fond pour un spectacle particulièrement réussi.

Notre après-midi étant libre, nous en profitâmes pour visiter les paddocks et découvrir les lieux. Pas d 'événement majeur sans un endroit dédié au commerce! En nous dirigeant vers cet espace commercial, nous faisons connaissance avec un groupe de charmantes jeunes filles nous incitant à louer les services d'un taxi d'époque. Un peu plus loin, un chauffeur d'autobus d'époque, nous propose de nous déposer à l'autre extrémité du circuit. Il faut savoir que pendant toute la durée de l'événement, aucun véhicule moderne n'est autorisé. Tous les véhicules de service et même d'urgence, tels que voiture de police ou ambulance, sont d'époque! Nos amis Anglais poussent même le détail jusqu'à sortir les machines agricoles d'époque et, dans un champ adjacent, une vieille moissonneuse-batteuse vomit des balles de paille dans un bruit infernal. Nous arrivons enfin dans l'espace commercial et Nicole en profite pour acheter un chapeau des années cinquante chez une fripière. Nous réalisons alors, qu'il est possible de s'habiller de la tête aux pieds et de se glisser dans la peau d'un Anglo-Saxon pour pas cher… Nous décidons cependant de garder notre tenue d'officier de l'Armée de l'Air Française qui nous sied toujours. En arpentant les allées, nous résistons aux nombreuses tentations qui nous sont présentées sous la forme d'objets de luxe, vêtements, livres, objets d'art, peintures et aquarelles d'artistes réputés. Nous nous dirigeons ensuite vers un bâtiment flambant neuf, qui n'est rien d'autre qu'une reproduction du Earls Court Motor Show, le salon de l'automobile Londonien d'après-guerre. A l'intérieur, nous y retrouvons les voitures prestigieuses de l'époque, Ferrari, Maserati, Jaguar, Rolls-Royce, Porsche, BMW, etc… toutes dans un état plus neuf que neuf. Clin d'œil sympathique, une Isetta BMW, venue tout droit du musée BMW, trône sur une minuscule estrade.

Le temps passe très vite et nous devons maintenant nous diriger vers la résidence d'été de Lord March, la Goodwood House, pour un cocktail qui nous est offert par Maserati avec la participation d'une veuve très célèbre: la Veuve Clicquot! Nous y retrouvons plusieurs de nos amis avec lesquels nous rendons hommage à la veuve. Au cours de cette réception, nous rencontrons de nombreux étrangers, tous passionnés de sport automobile. Le hasard faisant parfois bien les choses, et le prestige de l'uniforme aidant, une charmante jeune femme vînt vers moi, pour me dire qu'elle pilotait également les avions et me présenta son ami qui pilotait un magnifique avion de la deuxième guerre mondiale: le Chance Vought F4 U Corsair, facilement reconnaissable avec ses ailes en W. Après avoir surmonté cette légère déception…, une longue conversation aéronautique prit fin sur une offre tout à fait acceptable. Rendez-vous fût pris le lendemain, pour échanger nos postes de pilotage respectifs. Nous nous sommes donc retrouvés, moi dans le cockpit du Corsair à environ 3 mètres du sol, et lui dans la Cooper à 20 centimétres du sol…

Samedi, le grand jour est arrivé! Après un copieux petit déjeuner, nous nous dirigeons vers notre voiture pour procéder aux dernières vérifications. Tout semble en ordre, et avec l'aide de nos deux mécaniciens, nous poussons notre voiture vers la pré-grille. Les voitures sont soigneusement placées dans l'ordre de qualification et chaque rangée est signalée par une jeune et jolie jeune femme, en tenue des années soixante. Merci monsieur Courrèges! Vous ne pouvez pas savoir à quel point il est plus agréable de contempler une jeune fille en mini jupe plutôt qu'en jeans, même si cela doit nuire à notre concentration …

L'ambiance sur la pré grille est assez spéciale et une légère tension y est palpable. On se croirait dans une ruche. Les mécaniciens, tous en combinaison blanche, et les pilotes en tenue de course, échangent les dernières recommandations tout en regardant la fin de la course qui nous précède. Soudain, nos charmantes escortes nous abandonnent et le moment tant attendu arrive. Nous nous installons dans notre voiture, serrons notre ceinture de sécurité et donnons le signal de départ à nos mécaniciens. Ceux-ci s'exécutent et, à notre grand soulagement, le moteur démarre aussitôt. Nous prenons notre place dans la longue file et faisons un premier tour de circuit avant de prendre notre place sur la grille de départ. La tension grimpe légèrement et nous pensons déjà aux places que nous pourrons gagner en réussissant un départ parfait. Le drapeau s'abaisse enfin, nous engageons la première vitesse, relâchons l'embrayage, accélérons…et restons parfaitement immobile alors que tout le monde disparaît, à l'exception d'un autre pilote qui a, lui aussi, un problème de boîte de vitesse. Après plusieurs essais infructueux…et des secondes interminables, nous nous élançons enfin!

Notre course est pour ainsi dire terminée dès le départ, mais une fois notre orgueil avalé, nous ne pensons plus qu'à prendre du plaisir et profiter, en solitaire, des conditions idéales qui s'offrent à nous. Ce départ raté, ne va pas pourrir notre week-end! Cette belle philosophie va rapidement être prise en défaut. Après trois-quart de tour du circuit, notre moteur commence à s'étouffer. Nous ralentissons, et nous nous dirigeons légèrement vers le bas côté pour y stationner la voiture au cas où le moteur s'arrêterait définitivement. Tout en faisant cela, nous pensons que notre participation à l'évènement aura été de courte durée, mais nous actionnons notre pompe à essence manuelle. Miracle!... Juste à l'instant où nous allions toucher l'herbe, le moteur reprend lentement des tours et nous permet de continuer. Aussitôt, notre moral remonta en flèche, et nous pensions fort naïvement que le problème était réglé. Hélas, trois-quarts de tour plus loin, même problème et… même solution! Notre course se résuma à une longue succession d'accélérations et de ralentissements, d'espoirs et de désespoir… Malgré tout, c'est avec un léger plaisir et un soulagement certain, que nous vîmes le drapeau à damier. En effectuant notre tour de décélération (nous oublierons l'honneur !) nous fûmes surpris et ravis de voir et même d'entendre le public nous encourager et nous féliciter pour nos efforts. Pendant ce dernier tour de piste, nous eûmes le loisir de constater que plusieurs voitures étaient stationnées sur les bas-côtés. L'honneur était sauf, nous n'étions pas dernier!

A notre arrivée sur le parc fermé, Nicole m'accueillit avec un grand sourire, fière de m'avoir vu terminer. Nos sentiments étaient mitigés, avec la frustration de n'avoir pas pu participer activement à cette course, mais également la satisfaction d'avoir terminé sans dégâts et d'avoir participé à un événement unique. Nous nous retrouvâmes ensuite dans le paddock et chacun y alla de ses commentaires autour d'une bière bien fraîche et bien méritée. Le vainqueur était particulièrement bien entouré, portant fièrement sa couronne de lauriers qui lui avait été remise par un sosie de… Marilyn Monroe! Tous les concurrents vinrent féliciter le vainqueur et partagèrent sa joie d'avoir remporté une course aussi prestigieuse. Pour donner une idée des vitesses atteintes, notre vainqueur remporta l'épreuve à une vitesse moyenne de 132 km/h, la vitesse de pointe étant de 160 km/h.

Les célébrations terminées, nous nous sommes dirigés vers la cantine, et c'est sous un soleil éclatant que nous avons savouré un excellent repas en compagnie d'une célèbre pilote française. Il faut vous dire que le Goodwood Revival attire les célébrités… C'est ainsi que nous avons échangé quelques mots avec Jack Brabham que nous connaissions déjà, mais nous avons également croisé Jackie Stewart, Bobby Rahal, Derek Bell, Jackie Oliver, Martin Brundle, Jackie Ickx, Jochen Mass, Emerson Fittipaldi, Arturo Merzario, etc.. et bien sûr, l'incontournable Stirling Moss. C'est une drôle de sensation de se retrouver dans un vestiaire et de se déshabiller après la course en même temps qu'un quadruple vainqueur des 24 heures du Mans et recordman avec 33 participations, Henri Pescarolo, qui vous demande comment ça s'est passé !...

Notre participation active étant terminée, il nous restait une journée et demie pour profiter pleinement de l'événement. Après avoir bien nettoyé notre voiture, nous avons décidé d'explorer sérieusement les paddocks pour y découvrir les perles rares! Elles étaient trop nombreuses pour être toutes mentionnées, mais nous retiendrons des exemplaires uniques comme la Ferrari 250 GT SWB" bread van " de 1961, la Maserati de Grand Prix de 1950 avec compresseur et ses 16 cylindres en ligne, l'Alfa Romeo de Grand Prix d'Achille Varzi de 1936, la Tojeiro-Bristol de 1953, les Maserati Tipo 61 Birdcage, la Lancia-Ferrari Supersqualo de 1956, les fameuses Jaguar D, les magnifiques Ferrari 250 GTO, les Lotus F1 de Jim Clark…

Rassasiés par la quantité de voitures plus célèbres les unes que les autres, nous décidons de nous détendre en allant écouter un orchestre qui joue du Glen Miller. De jeunes couples en uniforme en profitent pour danser sur ces airs nostalgiques. Mais notre journée est loin d'être terminée. Nous sommes en effet invités sur le toit des puits de ravitaillement à assister à la fin de la course d'endurance, réservée aux voitures sport de 1949 à 1955, et qui doit se terminer au coucher du soleil. Au pied de l'escalier, une charmante hôtesse nous offre à chacun, une mini-bouteille de champagne à déguster bien sûr avec modération… La lutte pour la première position est très sérieuse et ce n'est que dans les derniers tours que la très rapide Austin-Healey 100 S conduite par Emanuele Piro réussit à se construire un léger avantage sur la Lotus-Bristol Mk X de Nick Adams.

Du haut de notre perchoir, nous savourons ces instants de pur bonheur et le soleil couchant nous donne plus l'impression d'être aux Antilles qu'en Angleterre. La course étant terminée et les vainqueurs ayant reçu leur couronne de lauriers, nous nous dirigeons maintenant vers le hangar pour la soirée de gala. Le thème de la soirée est: du Sussex à Shangai et la tenue de rigueur est orientale ou tenue de soirée conventionnelle. Nous entrons dans une immense tente éclairée par une multitude de lanternes chinoises. Dès notre arrivée, un serveur nous offre une coupe de champagne et nous nous empressons de retrouver quelques amis. Parmi les invités, nous reconnaissons Adrian Newey de Mc Laren, David Richard, Nick Mason, Rowan Atkinson (peut-être plus connu sous le nom de Monsieur Bean). Que du beau monde! Nous sommes environ 1500 personnes, et après plusieurs coupes, l'ambiance est définitivement à la fête. C'est le moment que choisissent nos hôtes, Monsieur et Madame WOO (deux comédiens déguisés en chinois) pour nous inviter à passer à table. Nous nous dirigeons vers la salle de réception, en franchissant un magnifique pont chinois qui enjambe un bassin dans lequel se prélassent des carpes Koï. Une magnifique rocaille, agrémentée de bouleaux et d'un minuscule jardin oriental, complète le décor. En un éclair, nous sommes maintenant dans un immense restaurant chinois et devons trouver notre place parmi 1500 invités. Nous sommes très impressionnés et ravis de nous retrouver dans une ambiance aussi folle. Nous finissons par trouver notre table, située au balcon, et qui nous permet d'avoir une vue d'ensemble fantastique. Construire un restaurant chinois de 125 tables dans un immense hangar et pour un seul repas! Il faut être fou, ou Anglais, pour faire une chose pareille! Le repas chinois qui suivit fût un vrai régal et notre table, composée de bons vivants, ne fût pas la plus discrète. Un petit spectacle au cours duquel nous avons pu admirer la souplesse d'un jeune moine chinois, nous procura une agréable diversion. La fin du repas fût saluée par un feu d'artifice "indoor"! Il était déjà fort tard lorsque nous avons décidé de nous éclipser, mais plusieurs couples restèrent jusqu'à l'aube.

Le lendemain, dernier jour, se déroula à guichets fermés. Le long de la route conduisant au circuit, plusieurs panneaux annonçaient qu'aucune place n'était disponible! Ce dixième anniversaire établit un nouveau record en attirant plus de 124 000 spectateurs. Mais un autre record fût établi sur la piste: la grille la plus chère jamais rassemblée dans une course historique. Il s'agissait du plateau du Royal Automobile Club Tourist Trophy dont la valeur a été estimée à plus de 107 millions d'euros! Trois Ferrari 250 GTO, trois Jaguar E lightweight, quatre AC Cobra, cinq Aston-Martin dont une Zagato, cinq Corvette Sting Ray, plus de nombreuses autres Ferrari, dont une 330 LM qui remporta la course, donnent une idée de ce plateau de rêve. Cette course fût une des rares que nous ayons eu l'occasion de regarder de bout en bout. C'était tout simplement hallucinant! Alors que la plupart des courses de Formule 1 ressemblent à une longue procession, sans aucun dépassement, nous avons assisté à une véritable bagarre avec des pilotes qui n'hésitaient pas à pousser les voitures à leur limite… et même parfois au delà! Certains propriétaires n'hésitent pas en effet à prêter leur voiture à des pilotes de Formule1 dans l'espoir de gagner à Goodwood. C'était tout simplement irréel de voir dans le parc fermé, ces magnifiques et rares voitures arborer les traces d'une farouche bataille. Mais après tout, ces voitures ont été conçues pour courir, et quoi de plus beau que de les voir cinquante ans plus tard, s'exprimer d'aussi belle façon.

Si cette course, représenta à notre avis ce qu'il y avait de mieux sur le circuit, nous eûmes droit, dans les airs, à un autre grand moment. Pendant plusieurs minutes, le ciel se remplit de fumée et d'explosion de tirs anti-aériens rappelant la fameuse bataille d'Angleterre. Plusieurs avions de la deuxième guerre prirent possession du ciel et se livrèrent à de spectaculaires poursuites. La démonstration prit fin avec l'apparition d'un magnifique Lancaster (exemplaire unique en état de vol) escorté comme il se doit d'un Spitfire et d'un Hurricane qui semblaient minuscules à côté de ce bombardier quadrimoteur. Seule ombre au tableau: la défection du premier bombardier stratégique Avro Vulcan, cloué au sol avec une panne de réacteur. Comme vous pouvez le constater, ce fantastique week-end ne nous a pas laissé un instant de répit et devant les choix à effectuer, nous sommes conscients d'être passés à côté de plusieurs évènements.

Les conditions météorologiques exceptionnelles ont, elles aussi, contribué au succès de cette manifestation. Mais il y a une chose que nous n'oublierons pas, c'est cette atmosphère, cette ambiance particulière qui se dégage et qui nous transporte vers les années d'après guerre. Le Revival est plus qu'un grand événement automobile, c'est aussi un fantastique voyage dans le temps.

Que vous soyez fanatique des courses de voitures anciennes ou pas, et si vous en avez l'opportunité, allez au moins une fois dans votre vie au Goodwood Revival, vous ne le regretterez pas.

P.S.: Vous pouvez consulter le site de Goodwood à :www.goodwood.co.uk

©VEA

 


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