LES HUILES À MOTEUR... COMMENT S'Y RETROUVER

par Yves Boulanger

Votre dernière visite chez Canadienne Bingbing vous a laissé perplexe.. huit marques d'huile, dans quatre grades différents. Vaut-il mieux une Nugold 20W50 ou une Castrol GTX 5W30? La marque maison à 99 cents? La synthétique à $6?

Les huiles à moteur sont normalisées par 1'API, ou"American Petroleum Institute". Cet organisme, après entente entre constructeurs de véhicule et fabricants d'huile, établit des critères d'approbation et une méthode d'essai puis approuve selon les résultats d'essais les formulations d'huile soumises par leurs fabricants.

Pendant les essais de 1'API, les huiles à évaluer sont utilisées pendant des centaines d'heures sur différents types de moteurs en laboratoire. Les moteurs sont ensuite démontés afin d'évaluer l'usure des pièces, la présence de dépôts, etc. Lorsqu'une huile est approuvée, elle pourra être mise sur le marché avec un sceau d'approbation. C'est la fameuse "rondelle" qui apparaît sur la plupart des bouteilles d'huile. L'approbation courante décernée par l'API vient de passer de "SJ" à "SL" pour les moteurs essence.

L'API n'émet en général qu'un seul niveau d'approbation, mais autorise les fabricants à afficher un ou deux niveaux d'approbation antérieurs au niveau courant. Donc les bouteilles qui portent une approbation inférieure sont généralement du "vieux stock" ou dans certains cas des produits bon marché qui ne rencontrent pas le niveau d'approbation courant. Les manufacturiers de véhicules exigent pour le maintien de la garantie, l'usage d'huile portant l'approbation de l'API en vigueur au moment de la fabrication du véhicule. Par ailleurs, on notera qu'il n'y a aucun handicap à utiliser une huile "SL" dans un moteur fabriqué en 1984, par exemple, époque à laquelle on exigeait une huile "SE". Règle générale, les huiles évoluent de façon à protéger mieux tout en travaillant dans des conditions de plus en plus difficiles.

Quelle marque choisir?

N'importe quelle huile qui porte l'approbation SL offre donc une certaine garantie de sérieux, même si elle se vend $1 le litre : les manufacturiers d'autos en acceptent l'usage. Par ailleurs, on entend de plus en plus rarement parler de propriétaires d'autos dont le moteur est époumoné... même à 200,000km et plus (sauf certaines marques cheap asiatiques dont les moteurs Mitsubishi ont été conçus pour contribuer par leurs fumées à combattre la propagation du virus du Nil.) A t'on vraiment besoin d'un produit plus ''performant" ?

Le vrai problème, c'est qu'il n'y a aucune façon de vérifier le bénéfice d'utiliser une huile plus chère qu'un produit de base qui détient déjà l'accréditation API. Tel manufacturier a beau vanter les avantages de son produit, on n'a que sa propagande publicitaire pour en juger. Si vous dépensez $2.50 plutôt que $1.25 le litre pour de l'huile, il est donc possible que vous n'en ayez pas pour votre argent..

Et la viscosité? Çà, c'est une autre histoire, qui n'a rien a voir avec le prix. La viscosité est la mesure de la fluidité ou de l'épaisseur de l'huile. La viscosité varie avec la température. Pour être performante, l'huile ne doit être ni trop épaisse, afin de circuler rapidement au démarrage du moteur, ni trop claire, afin de bien protéger les pièces en mouvement à chaud et sous charge. Il n'y a donc pas de viscosité meilleure qu'une autre; il faut choisir selon les saisons et selon les besoins de votre moteur.

La viscosité est mesurée selon une échelle établie par la SAE (Society of Automotive Engineers), qui varie généralement de 0 (très claire) jusqu'à 50 (épaisse). La plupart des huiles sur le marché sont multigrades, c'est-à-dire qu'elles sont formulées pour être plus claires à basse température que les anciennes huiles monogrades. Dans une désignation multigrade typique comme 5W30, le 5W (comme dans "Winter") signifie que l'huile sera claire à basse température, tandis que le 30 signifie qu'elle sera de viscosité moyenne à haute température.

La plupart des manufacturiers recommandent aujourd'hui une 5W30 à l'année. Celle-ci est très certainement le meilleur choix pour usage en hiver. Cependant, une 5W30 ou même 5W50 (synthétique) n'est pas adaptée à certains moteurs plus anciens comme un double arbre Alfa : l'huile est trop fluide au démarrage pour les tolérances des cuvettes des poussoirs de soupapes, d'où certains claquements et usure prématurée. Il y a fort à parier que d'autres moteurs anciens ont leurs spécificités. En été, une 15W40 ou une 20W50 résistera mieux aux hautes températures prolongées, mais la viscosité plus élevée entraînera une hausse de consommation d'essence de 2 à 5%. Donc suivre les recommandations du manufacturier, à moins que la pression d'huile chute de façon ridicule après deux heures sur l'autoroute en juillet. Quant aux monogrades, elles n'ont plus leur place dans un moteur à essence en dehors d'une piste de course.

La synthétique vous tente?

Les huiles conventionnelles, ou minérales sont raffinées à partir du pétrole brut et contiennent une variété de molécules plus ou moins homogènes. Les huile synthétiques sont également produites à partir du pétrole brut (pour la plupart) mais selon un procédé plus complexe afin de n'obtenir que des molécules homogènes et bien adaptées au travail à accomplir.

En conséquence, les huiles synthétiques performent mieux aux conditions extrêmes: très froid ou très chaud. Une 5W30 synthétique sera plus fluide à très basse température qu'une 5W30 minérale, parce qu'on est en dessous de la température à laquelle le grade "W" est évalué.

On parle souvent d'intervalles de changement d'huile prolongés. En général, une huile à moteur doit être changée parce qu'elle est saturée de résidus de combustion (carbone, etc.). Puisqu'on n'a rien changé au moteur, il n'y a aucune raison au monde pour qu'une synthétique se sature moins vite. Si certains s'en tirent, c'est que les intervalles de changement d'huile imposés par les manufacturiers sont conservateurs et donc établis pour le pire cas (le pont Champlain en hiver). Vous auriez peut-être pu prolonger vos intervalles tout aussi bien avec une huile à $1.25. Puisque la dégradation de l'huile dépend de l'efficacité de la combustion et des conditions d'utilisation, la seule façon d'être sûr, c'est de procéder à des analyses d'huile périodiques... à $50 la copie. Si l'aventure vous tente quand même, souvenez-vous: le filtre n'a pas augmenté de capacité et doit quand même être changé régulièrement. Par ailleurs, pour votre Alfa avec ses deux gros Weber, oubliez-ça. L'excès de carburant pollue votre huile à une vitesse fulgurante. L'injection électronique est l'un des facteurs qui a amélioré l'espérance de vie des moteurs modernes, en gardant l'huile plus propre. Tout moteur à carburateur est incompatible avec des intervalles de changement d'huile prolongés.

En plus des départs à froid, la circonstance où une huile synthétique est particulièrement indiquée, c'est pour un moteur turbo. Sa plus haute capacité à résister aux hautes températures l'empêchera de cuire sur les paliers et prolongera la vie du turbo.

Si vous décidez d'acheter de l'huile synthétique, choisissez tout de même un produit approuvé par l'API, et non une huile de serpent provenant d'un vendeur de miracles.

Les huiles moteur connaissent présentement une évolution très rapide, et il ne fait aucun doute que les synthétiques ont un avenir très prometteur. Cependant, à I'heure actuelle les gains de performance sont encore trop faibles par rapport au coût pour une huile moteur. Pour une boîte de vitesses, automatique ou manuelle, l'équation est différente : l'huile n'est pas sujette à la contamination, et il n'y a que des avantages à utiliser une huile synthétique dans une boîte de vitesses moderne. Attention, les huiles modernes sont saturées en additifs dont quelques-uns sont incompatibles avec les composantes internes de boîtes de vitesses anciennes, et ce autant pour les manuelles que les automatiques. Renseignez-vous auprès d'un spécialiste.

Les additifs supplémentaires

Entendons-nous: toutes les huiles à moteur dignes de ce nom contiennent des légions d'additifs afin d'obtenir les propriétés requises. Je veux plutôt parler ici des additifs en bouteille, vendus chez Canadian Tirelire et au marché aux puces.

On a déjà vu que les huiles actuelles font un bon travail. Pourquoi donc vouloir les améliorer?

Les trois questions à se poser avant d'utiliser un additif sont:
- Y'a t'il un risque?
- Est-ce que ça marche?
- Est-ce que c'est rentable?

La réponse à la première question est: peut-être. Plusieurs produits sur le marché sont à base de Teflon ou de molybdène, donc de particules solides. Si ces particules sont captées par le filtre, celui-ci risque de se boucher.

La plupart des filtres se placent en mode dérivation s'ils viennent à boucher, c'est à dire qu'ils laissent alors circuler l'huile sans la filtrer, avec un effet désastreux sur l'usure.

Par ailleurs, les manufacturiers d'autos répugnent à l'idée de voir leurs clients utiliser de tels additifs. Ils refusent de prendre position catégoriquement contre l'usage d'additifs par crainte de poursuites légales, mais en cas de bris de moteur sous garantie, il est très facile de déterminer si un additif a été utilisé et ensuite d'y rejeter le blâme pour le bris.

A la deuxième question, je réponds: j'en doute. Dans le cadre de mon travail, je n'ai encore jamais vu un vendeur d'additif apporter la preuve scientifique des vertus d'économie ou de durabilité qu'il avance. Ceux-ci utilisent fréquemment des démonstrations spectaculaires pour attirer les clients, mais celles-ci portent surtout sur du frottement métal sur métal, ce qui n'a rien à voir avec les conditions d'opération d'un moteur: métal sur huile sur métal. Plusieurs démonstrations auxquelles j'ai assisté étaient d'ailleurs truquées.

En ce qui a trait à la prolongation des intervalles de changement d'huile, la logique est la même que ce que nous avons vu à propos des huiles synthétiques; il n'y a aucune raison technique au monde pour que ça marche. Il faut réduire la contamination.

Ce qui nous amène à la troisième question: est-ce rentable? Faites le calcul vous-même. Si vous mettez dans votre moteur $20 d'additif à tous les 5000 km et que vous consommez au départ 10 litres/100 km, il vous faudra obtenir 6.5% d'économie rien que pour rentrer dans votre argent.

Conclusion

Les huiles à moteur conventionnelles approuvées par l'API sont tout à fait performantes pour la grande majorité des moteurs, quel qu'en soit le prix. Des quantités impressionnantes de produits plus dispendieux sont disponibles, mais leur rentabilité n'est pas démontrée. Cependant, certaines applications peuvent bénéficier de l'usage d'une huile synthétique. C'est votre argent, et c'est votre moteur… ne le transformez pas en banc d'essai.

©VEA


 


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