MON TOUR DE CIRCUIT AVEC JENSON

par Baird Foster, New Jersey
Traduction , M. Duffy, New Jersey & Roger Hamel

Un premier voyage en Austin Healey pour le "Champion du monde 2009" de Formule 1.
Le 18 juin 2000, un dimanche matin, sous un ciel sombre et menaçant, au Circuit Gilles Villeneuve, site du Grand Prix de Formule 1 de Montréal.
"Suivez les conseils des commissaires de piste et NE FOIREZ PAS! On paradera devant des milliers de gens et plusieurs caméras de télé", furent les directives précises en français et en anglais de Roger Hamel pendant que nous, les 24 chauffeurs de Austin Healey, attendions nerveusement et impatiemment l'ordre de démarrer nos moteurs.

La "Parade des Pilotes" était programmée pour 11h et la course de F1 pour13h. Nous étions stationnés tout près des postes de la grille de départ de la course, au nord du Circuit Gilles Villeneuve, juste derrière le virage en épingle. On nous avait averti que la parade risquait de ne pas avoir lieu, dû aux changements d'horaire des promoteurs, d'une réunion des pilotes à la dernière minute, et d'un problème de température, en particulier, une pluie menaçante. Néanmoins, on nous avait dit "restez près de vos voitures. On vous avertira à la dernière minute". Nous étions prêts à jouer notre rôle dans cet énorme spectacle qu'est une course Formule1.

Soudainement, nous avons reçu l'ordre de nous installer dans nos voitures, de prendre immédiatement la ligne droite de la piste pour reprendre le paddock et retrouver nos précieux passagers. Quelques chauffeurs des Healey se trouvaient plus loin de leurs voitures que d'autres; moi, j'étais demeuré au volant de ma BJ7, puisque je manquais d'agilité. L'ordre de nos voitures était un peu déroutant, mais nous nous sommes rués vers la piste pour nous diriger ensuite vers le paddock du côté sud. Je priais en silence: "Mon beau Healey, ne tombe pas en panne…STP".

La Tradition de la "Parade des Pilotes"
Depuis des décennies, la Parade des Pilotes avant la course de Formule 1 est une tradition. L'Austin Healey avait déjà servi de voiture de parade dans le passé. En juillet 1957, la Donald Healey Motor Company s'était arrangée pour que le nouveau modèle Austin Healey 100/6s serve de voiture de parade à la course de F1 à Aintree, en Angleterre. Par la suite, les Healey ont été utilisées pour cette fonction dans plusieurs autres événements importants.

Lors de la célébration du centenaire de Donald M. Healey en 1998, l'équipe des relations publiques du "Austin Healey Club of America", dont j'étais le président, a distribué plusieurs communiqués de presse racontant la vie de M. Healey et de ses voitures. À ce moment, Roger Hamel a offert une traduction française du communiqué pour publication dans le programme du Grand Prix du Canada de Formule 1.

L'événement de 1998 a mené les organisateurs et promoteurs du Grand Prix à contacter, l'année d'ensuite, Roger Hamel, Président du Club Austin Healey du Québec, pour lui demander de considérer la participation des Austin Healey dans la Parade des Pilotes de F1. Récemment, Roger a raconté que le président du Grand Prix F1 du Canada, Normand Legault, avait un voisin qui conduisait une Healey. Selon M. Legault, le bruit de la voiture était tout à fait grisant. Selon Roger, M. Legault aimait bien la beauté et la neutralité des voitures sportives qui n'ont aucun lien avec les constructeurs actuels.

En 1999, la Parade des Pilotes incluait deux Austin Healey, ainsi qu'un mélange bigarré de voitures décapotables y compris des Corvette, Mustang, Ferrari, Mercedes, MG, et autres. Doué d'un don particulier pour la publicité au niveau national et local pour le club, particulièrement pour la marque Austin Healey, Roger a préparé une proposition stratégique pour que les Austin Healey deviennent les seules voitures de parade pour la course F1 de 2000. Sous la direction de Roger, le Club Austin Healey du Québec a été le seul fournisseur de voitures pour toutes les Parades des Pilotes des Grands Prix du Canada jusqu'en 2008. En 2009, il n'y a pas eu course; le Grand Prix du Canada a été remis au calendrier de 2010 et les feux rouges s'éteindront de nouveaux le 13 juin prochain.

En 2000, Roger m'a invité à être un des 24 chauffeurs attitré à la Parade des Pilotes, puisque c'était la publicité des relations publiques qui avait commencé cette suite d'événements deux ans auparavant. Après une délibération très courte, ma femme Margo et moi-même avons décidé de conduire notre BJ7 pour les 1,300 milles aller et retour à Montréal afin de participer à cet événement euphorisant en compagnie des membres du Club Austin Healey du Québec.

Avant de partir, j'ai parlé au neveu de Margo en Angleterre, Jay Milling, qui nous avait recommandé de surveiller un nouveau pilote de F1 anglais très prometteur, âgé de 20 ans, Jenson Button. Il conduisait pour l'écurie de Formule 1 renommée, BMW Williams. Un nouveau pilote à surveiller!

La sélection des pilotes
Roger avait prévu que tous les chauffeurs des Healey se rencontreraient à un restaurant Tim Horton (la variation canadienne haut de gamme d'un restaurant McDonald's) un dimanche matin à 7:00am pile, le jour de la course. Là, chaque chauffeur tirait au sort un nom de pilote pour déterminer l'ordre de la Parade des Pilotes. Il y avait 22 voitures F1 au départ, mais 24 Healey sur la piste dont deux en réserve au cas où un bris arriverait à une des 22 voitures de parade. Mon numéro de tirage était le 21. J'ai dit à tous les chauffeurs que j'aimerais beaucoup être le chauffeur pour Jenson Button, et que j'échangerais avec grand plaisir ma sélection pour celui-ci.

L'enthousiasme grandissait au fur et à mesure qu'on tirait les noms des pilotes Formule1. Les deux voitures en réserve avaient été tirées, ainsi je savais que j'aurais un pilote F1 comme passager dans ma BJ7 pour la parade. Il ne restait plus que trois pilotes de F1à tirer: Michael Schumacher (un pilote très populaire de Ferrari), Marc Gene (un pilote relativement inconnu de Mindari-Ford), et qui d'autre que Jenson Button! Une chance sur trois, le pari était bon. En approchant ma main du chapeau, je pensais que si je tirais Schumacher, je pourrai sûrement l'échanger contre Jenson Button. Si je tirais Gene, peut-être, quelqu'un s'apitoierait sur mon sort et l'échangerait contre Jenson Button. Plein de crainte et espoir, je tirai le petit bout de papier et je le dépliai: JENSON BUTTON! On put entendre mes cris de triomphe dans la salle d'à côté où Roger crut que quelqu'un avait été attaqué.

La chance était avec moi. J'avais pigé le nom du pilote que je souhaitais. En route vers la piste, nous nous arrêtâmes dans un grand stationnement pour donner un dernier coup de chiffon aux voitures, coller les noms des pilotes sur nos pare-brises, prendre des photos et vérifier les courroies dans chaque voiture pour que les pilotes puissent se tenir en équilibre. Enfin, nous avons regroupé les voitures avant que l'escorte policière nous guide vers la piste.

Comme la Mer Rouge, les tas de spectateurs qui marchaient vers la piste s'écartèrent pour laisser passer notre file de voitures. Je me souviens d'avoir été un de ces spectateurs au milieu des années 1980 lors d'une course précédente; cette fois-çi, c'était plus amusant! En nous dirigeant vers le stationnement à l'arrière de la piste, on pouvait entendre le vrombissement des voitures de course pendant leur réchauffement final. Le bruit étourdissant, l'énorme foule, le plaisir anticipé, j'avais le plus grand mal à me maîtriser. Nous avons stationné nos voitures et nous nous sommes réunis pour écouter les instructions très détaillées de Roger Hamel…

En route sur la piste
En entrant sur la piste, les commissaires hurlèrent: "Vite! Vite! Hurry! Hurry!". Et nous voilà, 24 vieilles voitures roulant à pleine allure sur la piste à 70 milles à l'heure en pleine vue des caméras de télé et des dizaines de milliers de fans de Formule 1 qui affluaient dans les gradins. Ce n'était pas le temps de faire une erreur.

Les Austin Healey éclatantes (étonnamment, notre BJ7 étant la seule voiture rouge) furent dirigées vers l'aire du paddock. Nous n'aurions pas dû y être mais un commissaire de piste s'est trompé et on nous arrêta juste devant les garages des écuries: confusion massive, des gens partout, les mécaniciens, les commissaires de piste, et la foule bigarrée des personnalités en vue portant leurs grandes cartes d'identité. En haut, il y avait un écran géant. Je pouvais nous voir à la télé! Passant à travers la foule, les pilotes se sont dirigés vers nos voitures, chacun cherchait son nom sur le pare-brise d'une Healey. Prêt pour le départ, M. Jenson apparut dans sa combinaison de pilote et avec précaution s'installa poliment sur le siège avant.

"Je crois que vous devez vous asseoir sur la plage arrière" lui ai-je suggéré, ce qu'il fit. Immédiatement, nos voitures furent entourées de caméras de télé, de photographes et de précisément ce dont Roger nous avait prévenu. En un clin d'œil et une centaine de flashs d'appareils photo, nous nous sommes dirigés vers la piste, tous les chauffeurs suivaient la voiture précédente aussi bien que possible.

Ce seul tour de piste de 2.74 milles du Circuit Gilles Villeneuve fut le trajet le plus palpitant de ma vie, dans une Austin Healey où dans n'importe quelle autre voiture. Les fans criaient, les commissaires de piste nous saluaient de la main, et, ce qui semblait être des milliers de flashs ont explosé comme les feux d'artifice tout autour du champ de course. Dès que possible, j'ai entretenu une conversation avec Jenson, lui décrivant la voiture. Il en avait entendu parler chez lui en Angleterre mais il n'en avait jamais vu et certainement, encore moins, roulé dans une. Je lui ai posé des questions banales qu'il avait sûrement déjà entendues à maintes reprises. Quel jeune homme très poli, courtois et agréable. Je pensais que s'il devenait aussi bon que les experts le prédisaient, un jour il pourrait devenir le "Champion du Monde".

Notre tour du circuit s'est terminé bien trop tôt et nous étions déjà retournés au paddock: Jenson demanda poliment s'il pouvait sauter de la Healey arrêtée. En un éclair, il avait disparu. Alors qu'il partait je lui ai crié "Bon vent!", et le rêve terminé, on nous a pressé de sortir du paddock vers la ligne droite (en sens inverse) jusqu'à notre stationnement derrière la tribune au nord de la piste.

En pleine extase, je ne pouvais rien faire d'autre que de rester assis dans ma voiture réfléchissant à ce qui venait d'arriver: un tour de piste de Formule 1 avec un pilote recrue britannique, Jenson Button, assis sur la banquette arrière de mon Healey. Je remerciais ma BJ7 et tous les mécaniciens qui m'avaient aidé à la remettre en état et l'entretenir. Je pensais aussi à ma femme, patiente, qui partageait ma passion pour la voiture. C'était quelques minutes de pure joie Healeyesque.

Epilogue
Depuis 2000, j'ai vu défiler dix années de frissons et de déceptions lors des diffusions des courses de Formule 1 en direct, et enregistrées pour les événements au milieu de la nuit. Je me rappelle la première victoire de M. Button au Grand Prix de Hongrie à son 113ème départ sous un ciel pluvieux. C'était presque un nombre record de courses sans victoire. En tant que fan passionné, je l'ai vu se débrouiller dans des voitures médiocres et je l'ai vu enfin gagner au volant d'une Brawn Mercedes, le volant avec lequel il a reçu son premier titre de "Champion du Monde de Formule 1" en 2009. Jenson Button reçut le titre de MBE, Member of the Order of the British Empire le 31 décembre 2009 et son nom se retrouve maintenant sur le "Queen Elizabeth II's Honour List".

En 2010, M. Button conduira pour l'écurie McLaren avec Lewis Hamilton, champion du monde en 2008, comme coéquipier, et Roger Hamel m'a réinvité pour le 10e anniversaire à conduire Jenson Button. ON S'EN REPARLERA!

©VEA

 

 


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