KLAXONS, CRIARDS ET AUTRES AVERTISSEURS SONORES

par S. Hilance

Quel dommage que votre Autosiaste adoré ne soit pas sonorisé, allez-vous nous dire. Pour ça, il va falloir attendre encore un peu… Et se contenter pour l'instant de quelques commentaires sur une partie des sons qui composent l'univers automobile.

Avez-vous remarqué, qu'à de très rares exceptions près, les avertisseurs de nos compagnes à quatre roues modernes émettent le même son, certes pas si désagréable, mais terriblement banalisé? Des Maybach, Rolls-Royce, Bentley et autres voitures luxueuses à la modeste intermédiaire, la même double tonalité, un "peng" dans les demi graves. Seuls y échappent les "vraiment" bas de gamme, lesquels privés de ce jumelage électro-aimanté, échappent un sinistre "tutt" lorsque sollicités.
Il n'y a pourtant pas si longtemps que cet accessoire obligatoire différait selon la position sociale de la voiture et aussi de ses origines.

Nos oreilles ont gardé le souvenir de tous ces bruits émis à une époque où une évidente diversité régnait. Et pas seulement dans le domaine de l'accessoire: une Rolls des années cinquante-soixante klaxonnait comme il se doit, majestueusement, un superbe "pouin" double et fort! Une Mercedes affirmait son autorité par ce si caractéristique double "hutt" à l'accent guttural, parfaitement germanique, tout comme une modeste Volkswagen, mais celle-ci faisait l'économie du double… Les italiennes sportives, Ferrari en particulier, ont lancé la mode de ces trompettes au son si agréable digne du bel canto, encore plus remarquable lorsque celles-ci, multi-notes se mettent à chantonner! À l'époque où la vitesse ne faisait pas partie des crimes, il était de bon ton (le mot est juste) d'équiper sa voiture de ce genre d'accessoire, lequel vous "ouvrait la route". Les voitures françaises avaient ceci de particulier et d'unique qu'elles étaient équipées d'un klaxon à deux positions, le "commodo"* enfoncé légèrement vous donnait un "pah" léger, c'était la position "ville", en continuant d'appuyer, la deuxième note, un "tutt" pointu (à la française!), c'était la position "route", ce qui en cas d'extrême urgence (!), faisait un "pah-tutt" reconnaissable entre mille. Les "hauts de gamme", telle la DS Pallas de Citroën, se virent dotés, dans cette position route, de trompettes "à l'italienne", ce qui devenait un "pah-triii". Cette singularité bien française et unique dans le Monde, ne survivra pas aux années soixante-dix. La même France avait d'ailleurs interdit de klaxonner en ville "sans raison valable", tout en continuant d'imposer aux constructeurs et importateurs ce système à deux positions…

Il faut dire que de nombreux fabricants se livraient une guerre farouche pour mobiliser la clientèle vers ses produits, les incontournables anglais (Lucas), allemand (Bosch), italien (Fiamm) et français (Marchal) restaient en concurrence avec d'autres plus modestes (Sanor, Stebel…), mais tout aussi agressifs, ce qui donnait une diversité extraordinaire, impensable aujourd'hui dans l'uniformité d'un seul et unique fabricant universel, probablement chinois, qui inonde notre univers criard de sa monotonie.
L'impasse ne sera pas faite sur l'industrie américaine de ces belles années qui était pourtant dotée d'une acoustique particulière à chaque compagnie: les Delco de GM différaient autant des Autolite de Chrysler que des Motorcraft de Ford. On savait alors si c'était le neveu Pierre en Cadillac, l'oncle Sam en Imperial ou la tante Jeanne en Lincoln qui venait d'arriver.
Sur le vieux continent, la Peugeot du notaire s'annonçait différemment de l'Alfa du cousin milanais, la Traction 15/6 du beau-frère et ses Cibié chromés jumelés aux anti-brouillards de la même marque (en option) ne pouvait se confondre avec la Mercedes 300 de Kurt, cet inoubliable ami.

Depuis les débuts de l'automobile, chaque constructeur y allait de son "pouêt", chaque poire associée à une anche, et une corne, délicatement assemblées dans les ateliers de chacun leur donnait cette distinction de la rareté: la différence. Et que dire de ces délicieuses voitures à vapeur et leurs sifflets?

C'est aussi l'âge des avertisseurs à dépression, une trompette à l'envers en quelque sorte, avec toujours cette diversité dans les accords, selon les marques aussi, les plus prestigieuses ayant les plus grandes cornes et donc plus de voix!
La fée électricité entre en jeu et l'outil indispensable (il fallait bien épargner ces foules de piétons naïfs qui risquaient à tout moment de se jeter sous vos roues) devient électro-magnétique. La plupart du temps, ce sont les constructeurs qui fabriquent ces avertisseurs, et donc la "patte" de chacun apparaît clairement, du "honk" au "hunk", une Hotchkiss ne "sonne" pas comme une Mathis. Puis apparaissent les Klaxons, la majuscule est nécessaire, car Klaxon est une marque déposée, celle-ci s'imposera dans les années trente sur le marché français.

Nous l'avons vu, dès l'après-guerre, les manufacturiers de voitures abandonnent bientôt la fabrication des accessoires, fussent-ils indispensables. Cette tâche, confiée aux accessoiristes, garda son originalité tant que ceux-ci surent rester indépendants. Ainsi, du "bip" au "bep" la tradition se poursuivait. Aujourd'hui, deux grands groupes mondiaux se partagent le marché de l'accessoire et sous-traitent la fabrication dans les pays dits émergents, mais cependant fortement industrialisés. C'en est fini de l'ajustement de l'anche et du cornet, bonjour tristesse et uniformité.

Qu'il nous soit permis de crier!

* commodo: appellation impropre et incorrecte (en italien et espagnol, il n'y a qu'un seul "m"). Cette manette, apparue dans les années quarante, placée sur la colonne de direction et facilement accessible, elle commandait les phares et le Klaxon. Interprété différemment par tous, il est aujourd'hui présent dans tout ce qui se construit dans le monde automobile et rempli une foultitude de fonctions, sauf l'avertisseur sonore. Mais ça, vous le saviez déjà!

©VEA

 


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