LES 100 ANS DES 24 HEURES DU
MANS
par Alain Raymond
1906-2006 : la plus célèbre course
d'endurance au monde a célèbré l'année
dernière son centième anniversaire. En voici un
survol, agrémenté par le témoignage de deux
hommes, tous deux résidant au Québec, qui ont vécu
Le Mans aux premières loges.
Tout a commencé en 1906 : le quotidien "
L'Auto " cherche un site pour l'organisation du premier Grand
Prix de l'Automobile Club de France. Le choix s'arrête sur
La Sarthe, à 210 km de Paris, entre Le Mans et Angers.
Trente deux voitures se présentent et la première
victoire revient à la Renault.
Quatorze ans plus tard, en 1920, l'Automobile Club
de l'Ouest (ACO) décide d'organiser une épreuve
d'endurance sur un circuit routier de 17,2 km situé dans
le triangle formé par Le Mans, Mulsanne et Arnage, l'objectif
étant de promouvoir l'amélioration de la "
race automobile " : usage plus facile, élimination
des pannes, réduction de la consommation. C'est pourquoi
la course des 24 Heures du Mans porte le titre de Grand Prix d'endurance.
À 92 km/h de moyenne
La première épreuve de 24 heures a lieu le 26 mai
1923 par un temps exécrable. Seize marques prennent le
départ sur le circuit composé de routes publiques
et c'est une Chénard & Walcker qui remporte l'épreuve
à 92 km/h de moyenne. L'année suivante, Bentley
remporte la couronne, suivi de Lorraine-Dietrich en 1925-1926
et Bentley qui domine jusqu'en 1930. Viennent ensuite les Alfa
Romeo pilotées par les duo Chinetti/Sommer, Chinetti/Étancelin
et Nuvolari/Sommer.
La Deuxième Guerre mondiale interrompt l'épreuve
qui reprend en 1949 dans un cadre rénové. Sur la
ligne de départ, une nouvelle venue qui se paye le luxe
de signer la victoire dès sa première sortie! Luigi
Chinetti y remporte sa plus belle victoire (sa 3e) au volant de
la Ferrari 166 MM qu'il conduira 23 heures sur 24
C'est
le début du mythe du Cavalino Rampante.
Le succès auprès du public incite
les grandes marques à s'intéresser à la course
afin d'y étaler leur supériorité technique.
Défilent sur le podium Jaguar, Mercedes, Ferrari, Aston
Martin puis, en 1964, c'est le début du grand duel entre
Henry Ford Il et Enzo Ferrari. Pour Ford, l'enjeu commercial revêt
une importance capitale. Il signera un superbe doublé en
1966 avec Bruce McLaren/Chris Amon et John Miles/Denis Hulme.
L'année suivante, le duo américain Dan Gurney/A.J.
Foyt remporte l'épreuve mancelle à 218 km/h de moyenne.
Pedro Rodriguez et Lucien Bianchi récidivent l'année
suivante et Jacky Ickx et Jackie Oliver persistent et signent
en 1969, justifiant l'entrée de la Ford GT 40 dans la légende
du sport automobile.
À 222 km/h de moyenne!
Par la suite, c'est Porsche qui prend la relève. En 1971,
la redoutable 917 réalise la moyenne de 222 km/h sur les
5 335 km du parcours, un record qui tient toujours. Les années
se suivent et les marques aussi. En 1991, la Mazda à moteur
rotatif signe la première victoire d'une marque japonaise.
Aujourd'hui, c'est Audi qui fait la pluie et le beau temps au
Mans avec son imbattable R8 et la marque aux anneaux s'apprête
cette année à écrire l'histoire avec sa R10
à moteur diesel. Oui, vous avez bien lu : un diesel!
Luigi, le " pilota "
Luigi Chinetti Jr. avait 22 ans en 1965. Son père, trois
fois vainqueur au Mans (1932, 1934, 1949), devenu représentant
exclusif de Ferrari en Amérique, avait formé en
1958 le N.A.R.T. (North American Racing Team). Son heure de gloire
: " En 1971, quand j'ai traversé la ligne d'arrivée
au volant de la Ferrari 365 GTB/4 du N.A.R.T. Bob Grossman et
moi-même avons récolté la 5e place au classement
général et la 1re à l'Indice d'efficacité
thermique. Le moment le plus palpitant de la course? Lorsque j'ai
dépassé le proto Porsche 910 par l'extérieur
au virage de Mulsanne. Comme c'était en pleine nuit, personne
ne l'a vu, mais moi, c'est gravé dans ma mémoire
", nous raconte Luigi Jr. qui ajoute : " un autre moment
magique : le tour d'honneur assis sur la Ferrari 250 LM N.A.R.T.
qui venait de remporter les 24 Heures du Mans 1965 avec Jochen
Rindt and Masten Gregory. C'est la dernière victoire de
Ferrari au classement général ".
Salvatore, le " meccanico "
Salvatore Montana avait 22 ans en 1964. Il était mécanicien
de course de l'Écurie Francorchamps dont les Ferrari étaient
peintes jaune, couleur de la Belgique.
" J'ai assisté plusieurs fois aux 24
Heures du Mans et de 1964 à 1966, j'étais mécanicien
Ferrari avec l'Écurie Francorchamps. Des souvenirs inoubliables
voyez, je porte encore sur le doigt la cicatrice de la brûlure
que je me suis infligée lors du changement des freins sur
une GTO. J'étais aussi le seul qui osait me faufiler sous
la 250 LM pour remplacer le maître-cylindre d'embrayage
qui avait la mauvaise habitude de griller à cause de sa
proximité avec le collecteur d'échappement. On dormait
quelques minutes par-ci, par-là, les outils à la
main. Et, je me souviens très bien de la lutte Ford-Ferrari
nous en sommes venus aux poings avec les gars de Ford qui se promenaient
un peu trop souvent autour de nos voitures
Mon sang de Sicilien
bouillait facilement à l'époque! " La prochaine
fois que vous passerez par Saint-Jean-sur-Richelieu, arrêtez-vous
au Garage Salvatore. Il a bien des histoires à raconter.
Vous verrez, ses yeux noirs pétillent lorsqu'il vous parle
de ses 20 ans.
©VEA