LE RALLYE DU MAROC "CLASSIC" 2001


Jean-François Rageys, patron de Promocourse et organisateur de ce Rallye prestigieux est une vieille connaissance : les retrouvailles se firent il y a quelques années sur la rue Peel, la veille du Grand Prix de Formule Un, Jean-François étant au Québec pour organiser le petit frère du Rallye du Maroc « Classic ». C’est donc tout naturellement que je lui ai proposé mes services pour promouvoir cet événement dans le milieu de la voiture ancienne ici. De fil en aiguille, Jean-François m’invite à participer au Maroc « Classic ». Inutile de vous préciser que je ne me le suis pas fait dire deux fois…

Mais qu’est donc ce rallye? Au Maroc, cette course est très célèbre, des concurrents sérieux et des grandes marques venaient s’y empoigner dans ces paysages grandioses, le premier a eu lieu en 1934 et le dernier a succombé en 1976 sous les pressions de la mode bannissant tous les excès, ceux de vitesse inclus! Le Maroc « Classic » lui succède en 1993.

Aujourd’hui, plus question de classement « scratch », la régularité sert de prétexte au « politically correct », et les étapes se partagent entre les épreuves de liaison et celles de régularité. La moyenne est donc établie en fonction du parcours routier et des contrôles secrets ajoutent du piment au travail du copilote-navigateur : il est en effet nécessaire de garder une moyenne constante afin de ne pas perdre de points pour le classement.

Après un voyage laborieux (merci Air France!), j’arrive donc à Casablanca le vendredi après-midi, la douce neige du Québec ne me manque pas, le soleil brille et la température est agréable. Les premiers signes d’une organisation impeccable se font sentir : prise en charge, hébergement à l’hôtel Royal Mansour (LE palace de Casablanca), tous les ingrédients d’une machine bien huilée sont là. Les voitures de la cinquantaine de concurrents, arrivées la veille par un transporteur spécialisé, attendent elles aussi leurs propriétaires, et quelles voitures! Alignées devant l’hôtel, protégées par des housses aux armes du Rallye et sous haute surveillance par le personnel et la Police, l’ambiance est extraordinaire : certains concurrents qui n’ont pas vu leur bébé depuis quelques jours, s’empressent de faire ronronner les moteurs de ces belles : Jaguar C-Type, Mercedes 300 SL, Ferrari 250 GT SWB, Lusso, 365 BB, Aston-Martin DB4 coupé et cabriolet, DB6, Porsche, Jaguar XK 120, 140, 150, E, Alfa-Romeo, Austin-Healey… Du beau monde et des décibels plein les oreilles : du ronronnement des six cylindres civilisés ou non, au tonnerre des V8 en passant par les envolées lyriques des 12 cylindres à plat ou en V, les quatre cylindres ne sont pas en reste, rien que pour cela, le voyage est déjà amorti!
Cette première soirée de Gala à Casablanca sera l’apéritif de celles qui suivront tout au long de ces dix jours : bonne table, bons vins et bons cigares!

Le lendemain verra l’épreuve de gymkhana de Casablanca nous donner un avant-goût des capacités de certains concurrents à mener leurs montures : il s’agit ici de faire un chrono sur un parcours très sinueux et légèreté et maniabilité l’emportent sur la puissance, les lourdes 300 SL feront pâle figure face à la Ford Escort gagnante. Le déjeuner est prévu au Royal Golf Club de Mohammedia et le dîner A ma Bretagne sur le bord de mer.

Le lendemain dimanche est le départ de la première étape Casablanca-Essaouira avec une halte « technique » à L’Araignée Gourmande, restaurant de fruits de mer en terrasse sur la mer à Oualidia. L’arrivée à Essaouira, charmante vieille ville côtière, nous verra Chez Sam, restaurant sur le port dans un ambiance particulièrement chaleureuse.

La deuxième étape nous fera rejoindre Agadir par la Côte, après une escale à Taroudannt pour déjeuner à La Gazelle d’Or, endroit fabuleux bien connu des Riches et Célèbres, sa réputation n’est pas usurpée : jardins paradisiaques et service impeccable, décidément, il va falloir se lever de bonne heure pour trouver quelque chose à critiquer!

Le soir, le Dorint Atlantic Palace d’Agadir nous accueille dans son luxe ostentatoire, mais qui s’en plaindrait? Le restaurant marocain du lieu perpétue la tradition de ce Rallye : bonne chère, bons vins et bons cigares! Lassant, non? Mais non!
Le prestidigitateur bien connu Gérard Majax nous servira ce soir-là une de ses magistrales prestations.

Le lendemain, direction Tafraoute avec un « pique-nique » en plein désert : chanteuse et musiciens accompagnent ce buffet arrosé au champagne sous une tente caïdale (entendez par là : tente de chef), le luxe a aussi rendez-vous dans le désert! Et retour à Agadir au Dorint où la soirée sera comme à l’accoutumée excellente (encore!). Mais il faut dormir : demain c’est l’étape Marathon de 597 km vers Ouarzazate (le Hollywood marocain) aux confins du désert : la route sera longue, mais les paysages grandioses. Les premiers signes du climat marocain apparaissent : des visages rouges des concurrents en cabriolets à ceux tout aussi rouges des voyageurs en 300 SL toutes ailes déployées ou autres voitures fermées moins aérées, tous apprécient la chaleur ambiante! Les oueds (rivières) sont secs, la végétation inexistante, mais là-haut, tout là-haut sur les sommets du Haut Atlas au contrôle de la première étape de régularité, de la neige! Une petite tache, mais de la neige quand même!

Ouarzazate-Marrakech : l’itinéraire concocté par Jean-François est un régal, nous passerons par le fameux Tizi-n-Tichka et le paysage est merveilleux. Nous sommes accueillis au Méridien N’Fis où nous allons dîner. Ce soir, une vente aux enchères au profit d’une œuvre charismatique est au programme, eh bien devinez? Encore un succès! Malgré une installation sonore défectueuse et grâce à la collaboration d’un des concurrents, le record des ventes est battu!

La 6ème étape sera la dernière sur route et nous conduira une fois de plus dans un endroit enchanteur : La Roseraie, puis retour sur Marrakech pour la soirée prévue dans un ryad privé : les Mille et Une Nuits, ça devait être ça!

Le samedi est le jour du Grand Prix de Marrakech, cette épreuve en est une de régularité. Les concurrents choisissent eux-même leur moyenne en effectuant un tour de référence, qu’ils doivent respecter dans les deux tours suivants, là aussi, il y a eu du sport!
A midi, c’est l’arrivée officielle et ensuite, tout le monde autour de la piscine de la Mamounia (un des dix plus grands palaces du monde, universellement vénéré!) pour le déjeuner. Le soir la remise des prix a lieu en présence de nombreux officiels à la Kasbah Tassaroute, un établissement traditionnel marocain avec des minis souks (étalages), musique, danse, feu d’artifice et aussi une mini fantasia, course de chevaux où les cavaliers doivent tirer à la carabine un coup de feu en même temps. Ambiance électrisante, champagne et cigares sont encore au programme!

Les voitures quant à elles sont déjà parties, chargées l’après-midi sur les camions, elles retournent dans leurs pays respectifs.

L’organisation professionnelle est sans doute ce qui caractérise le plus ce rallye parmi tant d’autres, oui, le ticket d’entrée n’est pas donné, mais les prestations sont du plus haut niveau, et il faut voir à l’œuvre l’équipe de Jean-François, ce dernier est partout, vigilant, prêt à prendre une décision au dernier moment quand quelque chose pourrait ne pas marcher, ce qui est inévitable. Il est aussi très bien secondé par son épouse Dominique dans les tâches plus obscures telles que veiller à accommoder ces quelques cent-cinquante personnes et leurs bagages. Quant aux petits plus, tels cette Gazette quotidienne, l’équipe de photographes et cinéastes, les médecins, les mécaniciens, les contrôleurs et ces autres « petits » rôles d’hommes à tout faire… Chapeau bas! Jean-François!

Pour avoir vécu de près, très près, une telle expérience, je puis vous assurer qu’il n’y a qu’une chose que je regrette : ne pas être sûr de pouvoir participer avec ma voiture au prochain Maroc « Classic ».

©VEA

 

 


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