LA MASERATI GHIBLI
aussi rapide que son nom l'indique…


par Dominic Fortier ©

Qu'ont en commun les firmes Maserati et Ferrari? Les deux sont originaires de Modène, en Italie et possèdent de beaux antécédents en course automobile. La Maserati se distingue par le fait qu'elle existe depuis plus longtemps que la Ferrari. Le saviez-vous?

Le Salon de Turin de 1966 représente l'apogée du constructeur Maserati. En effet, c'est à ce salon que la " firme au trident ", dévoila ce que plusieurs estiment être la plus belle voiture italienne à avoir existé. La voiture est large, basse et son moteur est directement issu de la Formule 1. Retournons dans le temps pour découvrir les origines de cette marque pratiquement disparue.

Les origines de la marque

C'est en 1926 que les frères Carlo, Bindo, Alfieri et Ernesto Maserati conçurent la première voiture portant leur nom. Hélas! Les frères Maserati se révélèrent plus doués pour la construction d'automobiles que pour la conduite des affaires. En 1937, ils vendirent la marque à un industriel de grande renommée, Omar Orsi. Le contrat de vente était sans équivoque. Les frères Maserati devaient collaborer avec le nouveau propriétaire pour une période de dix (10) ans. En 1947, les frères Maserati se retrouvèrent libérés de cette obligation et ils se lancèrent à nouveau dans la construction de voitures de sport. Ils fonderont la firme Osca et connaîtront plus de succès qu'avec la firme portant leur nom.

Revenons à nos moutons! La Maserati suscita une très grande admiration lors de son dévoilement et pour cause! Son nom respectait la tradition Maserati, tradition voulant que chaque modèle porte le nom d'un vent. Le nom Ghibli représentait un hommage à un vent chaud soufflant dans le désert de Libye. Avec 260 km/h en vitesse de pointe, nul doute que la Ghibli donna des sueurs à plus d'un, en plus de le décoiffer!

Une légende est née

La ligne de la Ghibli avait été pensée par une jeune dessinateur encore peu connu, Giorgetto Giuggiaro. Cette voiture allait s'avérer être le plus beau coup de génie de Giuggiaro. Il était à l'emploi de la firme " Ghia " et c'est cette firme qui retira, du moins au début, les lauriers de cette création. Giuggiaro. déclara à propos de la Ghibli : " Si j'avais eu la possibilité de créer indéfiniment la même voiture, je choisirais la Ghibli ". Il devint en quelque sorte prisonnier de son chef-d'œuvre.

La carrosserie était très rigide puisqu'elle était en acier et reposait sur un châssis tubulaire, également en acier. Les phares étaient rétractables et ils gâchaient quelque peu la ligne de la Ghibli lorsqu'ils étaient déployés. La position de conduite était très basse et la direction requérait une poigne d'acier puisqu'elle était non-assistée. L'intérieur était entièrement garni de cuir et il respirait le bon luxe à l'italienne. L'habitacle de la Ghibli était en configuration 2+2, c'est-à-dire, quatre places. Toutefois, les places arrières étaient si exiguës qu'elles ne pouvaient pas être utilisées par des êtres humains normalement constitués.

La suspension de la Ghibli était très classique. La suspension avant était certes indépendante, mais la partie arrière avait recours à un pont rigide. Ce choix peut paraître surprenant mais la Ghibli était une " Grand Tourisme " plutôt qu'une sportive pour les purs et durs. Les freins à disques aux quatre extrémités permettaient de freiner les ardeurs des plus enthousiastes . Si vous doutez de leur efficacité, n'oubliez pas qu'il s'agissait de freins de compétition fournis par la compagnie " Girling ". Les jantes, d'un diamètre de 15po, étaient fournies par la célèbre firme " Campagnolo " et s'entouraient de pneus de dimension 205.

La course améliore la race

Le cœur de la Ghibli, un V-8 placé à l'avant, développait 330 chevaux à 5000 tr/min. Il était équipé de quatre arbres à cames et sa cylindrée se chiffrait à 4,7 litres. Il respectait la tradition italienne puisque quatre carburateurs à double corps de marque " Weber ", dominaient la vue lorsque le capot était ouvert. Une telle puissance permettait à la Ghibli de boucler le 0-60 mi. à l'heure (0-96 km/h) en 6,6 secondes.

Ce moteur était particulièrement au point puisqu'il avait équipé les Maserati de Formule 1 dans les années cinquante. Il faisait preuve d'une très grande souplesse, ce qui aidait certainement lors des manœuvres à basse vitesse.

La transmission était aussi particulièrement efficace. Il s'agissait d'une " ZF " manuelle à cinq rapports, tous synchronisés, comme il se doit sur une voiture de prestige. Les plus paresseux pouvaient opter pour une " Borg-Warner " automatique à trois rapports.

La multiplication des pains

En 1967, soit un an après le dévoilement de la Ghibli, une version décapotable fit son apparition. Elle apportait une facette de plus à la Ghibli. La beauté de la ligne de cette dernière était, est-ce possible, encore plus grande ! Sachez que sur les 125 exemplaires décapotables produits, il en reste… 300 ! Il semble donc évident que quelques coupés ont été décapités pour en faire des décapotables.

La raison de ce massacre est très mercantile. L'édition 1996 du " Car and Price " nous apprend qu'une Ghibli en condition optimale, catégorie 1, vaut 74 000 dollars américains. Une Ghibli décapotable vaut, quant à elle, 200 000 dollars américains ! Quelqu'un a-t-il encore des questions sur les raisons de ce " charcutage " ?

L'année 1971 vit apparaître une version encore plus puissante de la Ghibli. La cylindrée du moteur avait été majorée à 4,9 litres et la population de chevaux logeant sous le capot se chiffrait à 355. Ce moteur sera le moteur de la Ghibli jusqu'à sa disparition en 1973. Cette version plus puissante fit jaser, pour ne pas dire sacrer, les gens de Chevrolet car cette nouvelle version se nommait Ghibli SS ! Aux 125 exemplaires de la décapotable, s'ajoutait les 1272 exemplaires de la version Coupé. La Ghibli fut une des premières victimes de crise du pétrole de 1973. C 'était sans doute une voiture exotique, mais rappelez-vous que sa consommation l'était tout autant (10 mi .au gallon). Son comportement routier n'était plus exactement au goût du jour. La conduite de la Ghibli, à partir de 190 km/h, était une chose plutôt hasardeuse puisque l'avant était affublé d'une déconcertante légèreté.

La reine est morte, vive la reine !

La dépouille de la Ghibli n'était pas encore refroidie, que la Khamsin lui succéda. Il s'agissait d'une vraie voiture de sport avec un moteur en position frontale et une suspension entièrement indépendante. La Khamsin se distinguait fortement de sa devancière puisqu'elle utilisait la technologie de Citroën, le nouveau propriétaire de Maserati. Elle remporta un succès commercial plus mitigé, 428 exemplaires, en dépit d'un comportement routier plus incisif.

©VEA

Les Maserati du club:

1971 Maserati 4.7 Indy America
1977 Maserati Khamsin
1981 Maserati Merak SS
1983 Maserati Biturbo

 

 


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