MERCEDES-BENZ 450SL 1979
char d'assaut en pantoufle


par Daniel Rufiange (texte & photos)
adapté d'un article édité sur auto.sympatico.ca
article original

À travers sa riche histoire, Mercedes-Benz a su proposer au monde entier quelques modèles qui ont connu des carrières extraordinaires et qui ont grandement contribué à la renommée de la marque. L'un de ceux-ci est sans contredit la SL qui a fait ses débuts en 1954. Quel passionné de voitures n'a pas un jour pris le temps d'admirer celle qui a déjà été décrite comme la plus belle voiture au monde, la célèbre 300SL à portes-papillon?

Les modèles de la première génération ont été produits jusqu'en 1963 et ceux de la deuxième ont vu leur production atteindre le millésime 1971. Jusque-là, l'abréviation SL était toute désignée. Les petits roadsters du constructeur allemand étaient agiles, nerveux, et ce, principalement en raison de leur relative légèreté. SL correspond en allemand à Sehr Leicht, expression que l'on peut traduire par Super Léger en français.

Si la voiture allait conserver son suffixe à compter de 1972, ce dernier ne cadrait plus avec la philosophie de conception de la voiture. Une nouvelle page dans l'histoire de la SL s'apprêtait à être tournée et cette dernière allait devenir l'une des plus importantes dans l'histoire du modèle.

Der Panzerwagen
Le titre du présent article n'a pas été choisi au hasard. Lors de la conception de la troisième génération de la SL, les ingénieurs l'ont eux-mêmes désigné comme étant un panzerwagen, c'est-à-dire un char d'assaut.

Il faut comprendre que c'est la mission qu'on leur avait confiée. En raison de l'apparition de nouvelles normes de sécurité, la SL devait être revue ou bien disparaître. Chez Mercedes-Benz, on a décidé d'en faire une voiture qui allait être capable de résister à toutes les intempéries et c'est la réputation qu'elle s'est bâtie au fil des années, réputation dont elle ne souhaite aucunement s'affranchir aujourd'hui.

Dix-huit années
Cette troisième génération de SL va être produite entre 1971 et 1989, ce qui en fait la cuvée ayant connu la plus longue carrière. Cependant, à voir les différentes appellations dont a hérité le véhicule au fil des années, on croirait à une suite de générations. En tout, huit noms distincts ont été utilisés, de la première 350SL en 1971 à l'une des dernières produites en 1989, la 560SL.

Ce qu'il faut savoir, c'est que le nom de la voiture trahit la taille du moteur qui repose à l'avant. Une 350SL est animée par un moteur de 3,5 litres cependant qu'une version 560SL cache sous son capot un moteur de 5,6 litres.

En conséquence, la voiture qui nous intéresse dans ce reportage est équipée d'un moteur de 4,5 litres, un V8 en l'occurrence.

Version américaine vs version européenne
Un des bémols qui a été soulevé à propos de cette voiture concerne les modifications esthétiques qu'elle a dû subir afin de répondre aux critères de sécurité et aux normes américaines. Entre autres, les parechocs des SL vendues ici affichent une allure totalement différente de ceux des modèles destinés aux autres marchés. Dès 1973, en effet, les parechocs devaient être munis de protecteurs capables de protéger les phares en cas d'impact, et ce, jusqu'à une vitesse de 8 km/h.

Si on ne peut critiquer la vertu, on peut critiquer l'exécution. Ces pics dont on a garni les parechocs sont venus dénaturer le design de centaines de modèles. La 450SL n'y a pas été soustraite.

On remarque aussi une différence du côté des phares. Alors que deux blocs optiques uniques décorent la devanture des modèles européens, on retrouve des phares ronds doubles sur les modèles américains. Heureusement, ce n'est pas laid.

Enfin, il y a la question des moteurs. En raison des normes antipollution qui faisaient rage sur notre continent, les SL qui étaient vendues chez nous avaient besoin d'une cylindrée plus grande pour pouvoir offrir des performances décentes. C'est ainsi que lors de leur première année en Amérique du Nord, en 1972, les 350SL étaient équipées d'un moteur de 4,5 litres. Elles seront renommées 450SL dès l'année suivante.

1979
Six ans plus tard, c'est sensiblement la même voiture qui était encore sur le marché. Toujours aussi solide, la 450SL arrivait, sans le savoir, à mi-mandat. Trente-deux ans plus tard, on réalise, lorsqu'on se trouve en sa présence, à quel point cette voiture avait été conçue avec comme principaux objectifs la solidité et la durabilité. Une balade à bord nous permet de constater que les bruits de caisse sont inexistants. Les signes de fatigue sont à peine apparents.

Lorsqu'on consulte les forums sur le Net et qu'on prend le temps de lire les commentaires de propriétaires qui ont eu la chance de posséder un exemplaire de cette voiture, on en entend des vertes et des pas mûres. Par exemple, un type raconte avec fierté qu'il a parcouru 500 000 km au volant de la sienne. Un autre louange la boîte automatique à trois vitesses de sa 450SL. Quelques mois après l'avoir acheté, il a réalisé que le réservoir d'huile à transmission était vide; la voiture fonctionnait quand même.

Un char d'assaut, cette SL? Tout porte à croire que oui.

Notre Mercedes-Benz 450SL 1979
Gaétan Ruel, le propriétaire de notre bijou cette semaine, est de cet avis. " C'est vraiment une voiture robuste et extraordinaire. Elle se conduit comme un charme ", affirme ce collectionneur qui possède aussi une magnifique 190SL 1960.

" Même si, lorsque j'étais plus jeune, j'étais attiré vers les voitures américaines, mon attention s'est portée vers les voitures européennes lors de mon passage à l'université. Mon frère avait eu une Sunbeam Alpine et il m'avait prêté une autre de ses voitures, une Austin Healy 100, pour me rendre à l'université. "

Dès lors, la magie a opéré. Après s'être procuré la 190SL, Gaétan Ruel a ouvert l'œil pour une autre SL. Cependant, il ne trouvait pas une version qui l'intéressait, jusqu'à ce qu'il découvre cette 450SL. " C'est arrivé vraiment par hasard. Je circulais sur une route lorsque j'ai aperçu la voiture. Elle m'est tombée dans l'œil avec sa couleur bleu-marine et son intérieur de couleur-tabac. Et, lorsque j'ai vu le kilométrage, j'ai été vraiment impressionné. Je l'ai fait examiner par un ami mécanicien qui m'a confirmé que ce qu'indiquait l'odomètre était conforme. "

Et cet odomètre, que racontait-il au moment de l'achat? Que la voiture n'avait parcouru que 37 000 kilomètres en 30 ans.

" En retraçant l'histoire du véhicule, tout concorde ", explique Gaétan Ruel. " Le premier propriétaire était un type âgé qui s'est peu servi de la voiture. Il l'a vendu à un homme qui était dans la GRC et qui était souvent affecté à des tâches à l'extérieur. En conséquence, il remisait souvent la voiture. "

Conclusion
C'est donc d'une voiture pratiquement neuve dont Gaétan Ruel a hérité et il se garde bien de faire grimper inutilement le compteur. La voiture n'effectue que quelques sorties par année. À ce rythme, elle atteindra peut-être les 50 000 kilomètres pour ses 50 ans, quelque part en 2029.

Et si l'on se fie à sa qualité de construction, elle présentera encore la même solidité et livrera le même agrément qu'elle livre aujourd'hui et qu'elle livrait il y a 31 ans.

La Mercedes-Benz 450SL est vraiment, à tout point de vue, un char d'assaut muni de pantoufles.


FICHE TECHNIQUE
Modèle : Mercedes-Benz
Version : 450SL
Année : 1979
Production : 8184 (modèles 450SL pour 1979)
Poids : 1585 kg
Prix en 1979 : 32 000 $ US
Prix sur le marché aujourd'hui : entre 10 000 $ et 15 000 $, selon l'état
Moteur : V8 de 4,5 litres
Transmission : automatique à 3 rapports
Puissance chevaux/couple : 225 ch. à 5000 @ tr/min. 278,5 lb-pi. @ 3000 tr/min
Performance 0-100 km/h : 9,3 secondes
Vitesse maximale : 205 km/h

 


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