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OPEL SUPER-SIX 1936
par Jean-Christophe Debuisson
Voila, c'est fait, après dix ans de travaux, celle que des
copains avaient surnommée "l'Arlésienne"
sort d'une restauration totale. Mais pas totalement terminée,
car il reste toujours un détail à améliorer,
un boulon à resserrer, la montre du tableau de bord à
re-vérifier, le réservoir qui recèle encore
de la boue
Cependant voir enfin l'objet de tant de soucis
en un seul élément, et fonctionnant pas trop mal,
croyez-moi, c'est une satisfaction extrêmement intense!
Sans faire tout l'historique de cette restauration, en voici les
grandes lignes" en 1980, nous recherchions un cabriolet d'avant
1940, pour bien accompagner notre Citroën 11 B de 1953, laquelle
était la voiture de tous les jours. Grâce aux petites
annonces, nous trouvons (et achetons) ce cabriolet à Marseille,
à Noël 1981, chez Mr. Félix Gamerre. Nous avons
roulé dix ans avec cette voiture, et apprécié
le couple du moteur, la douceur de conduire, le plaisir de rouler
au grand air
Mais en 1991, il faut se rendre à l'évidence: les
jeux se multiplient partout dans la voiture, ça grince et
ça renâcle, la fiabilité n'est plus là,
en bref, une restauration totale est devenue indispensable.
Le démontage a commencé en mars 1992, et je me permettrai
un seul conseil: lorsque vous démontez une voiture ancienne,
prenez des photos, des notes, des schémas, encore des photos,
des dessins
car ce n'est jamais du temps perdu, bien au contraire:
vous vous rattraperez au remontage, qui va s'en trouver plus rapide
et plus facile.
Les pistons, la pochette de joints, les pignons de distribution
sont commandés chez Matz Autoteil, à Flensburg en
Allemagne (ils ont tout, ou presque, pour les Opel). Le moteur est
désossé, nettoyé (jamais de sablage sur un
moteur), repeint, refait à neuf, et la culasse est modifiée
pour utiliser le carburant sans plomb. Pont arrière et boîte
de vitesses et remontés par un spécialiste, avec les
jeux et joints nécessaires.
En bon état, la sellerie est stockée, et la capote,
pas terrible, mise en réserve pour servir de modèle
à celle qui sera re-fabriquée. Après la dépose
d'une multitude de vis et de boulons aussi divers que variés,
la caisse est enfin soulevée du châssis. Globalement,
la voiture est très saine, mais très-très sale!
Les suspensions et amortisseurs sont nettoyés, graissés,
remontés avec quelques pièces neuves, le reste étant
en bon état. La mise en place du pont fut un grand moment
à cause de son poids et de son volume! Puis ce sera le tour
du moteur, de la boîte, de l'arbre de transmission, des freins,
de la direction
Bref le remontage fut un vrai plaisir, car
la somme disparate de pièces éparpillées s'assemble
lentement pour offrir un ensemble cohérent de mécanique
qui ressemble de plus en plus à une voiture. Avec les roues,
le réservoir et
un seau en plastique en guise de siège,
je peux enfin rouler dans la cour du garage, au volant d'un énorme
kart! Vous qui avez déjà restauré une voiture
ancienne, vous connaissez tous la joie de faire revivre la "partie
noble" de votre auto, et de commencer à en profiter"
Signe encourageant: je vois diminuer, sur l'étagère,
le nombre de boîtes contenant les pièces détachées
de la voiture!
Question carrosserie, il ne faudra changer que quatre décimètres
carrés de tôle dans un bas de porte, mais que de ponçage
et de poussière! Cependant, la moitié des boiseries
est pourrie, (la caisse et composite, avec tôle clouée
sur armature en bois) et devra être remplacée par du
bon frêne qui séchait depuis dix ans.
Les teintes choisies ne sont pas d'origine, (la voiture était
noire lors de sa sortie d'usine) mais tout à fait vraisemblables
pour l'époque (voir les Berliet, Railton
et autres
Opel d'avant-guerre).
Parmi les améliorations réalisées en vue de
fiabiliser la voiture, et pour rouler en toute sécurité,
(changements réversibles), je peux citer:
- ventilateur électrique de CX, installé devant le
radiateur (ne fut pas utilisé au cours du "Rallye neige
et Glace", bien au contraire!
- circuit électrique en 12 volts.
- clignotants et stops plus gros et plus visibles.
- installation de feux de détresse (indispensables à
mon avis).
- dynamo remplacée par un alternateur.
- installation d'un coupe-batterie (indispensable aussi).
- pose de deux anti-brouillards.
- fusibles et relais partout où nécessaires, mais
cachés.
Rassurez-vous, il n'y a pas de radio, ni de troisième feu
stop, ni d'ABS
Je regrette seulement de ne pas avoir changé
le liquide de frein pour un liquide au silicone, mais je vais m'en
occuper, toujours pour la sécurité.
Après 2800 heures (environ) de travaux de ma part, et un
investissement assez conséquent, je dois avouer que je me
suis parfois découragé devant l'ampleur de la tâche,
et des soucis d'un autre ordre (séparation, déménagement
).
Dans ces cas-là, il faut savoir s'arrêter quelques
jours (ou semaines), pour mieux repartir ensuite avec un moral au
beau-fixe! De plus, j'ai ma petite fierté, je veux voir la
voiture finie, je veux rouler à son volant et, au vu du désordre
qui règne dans mon atelier, je me rends compte que personne
ne pourrait remonter ce puzzle en trois dimensions.
Et j'ai lu quelque part cette noble devise: "Quand nous mettons
le pied sur la première marche, c'est pour monter jusqu'en
haut". Alors, les six derniers mois seront frénétiques
pour terminer l'auto afin de participer au 30ème Rallye Neige
et Glace, en janvier 2003, au cours duquel la voiture s'est bien
comportée, malgré le gel partiel du radiateur, heureusement
sans aucune conséquence (la température est descendue
jusqu'à -16º certains matins, et remontée à
-10º l'après-midi! Alors, malgré l'antigel
).
Depuis, la direction a été changée pour un
autre boîtier au jeu mini, les freins ont été
re-réglés
Le rodage se termine tranquillement,
avec le plaisir de rouler à 70-80 km/h dans un cabriolet
plutôt rare et intéressant: moteur à six cylindres
plein de couple, à défaut d'une forte puissance, roues
avant indépendantes, soupapes en tête, quatre vraies
places, grand coffre
A noter que la firme Opel a construit, de novembre 1936 à
octobre 1938, 46453 Super-Six en berlines, deux et quatre portes
et cabriolets (dont 4400 de ces derniers). D'après le Alt-Opel
IG d'Allemagne (qui est LE spécialiste(, il ne resterait
que 109 survivantes, dont 29 cabriolets. Ce dernier chiffre est
à rapprocher de celui des Citroën Traction: 4400 cabriolets
fabriqués, environ 1000 survivants, sans compter les répliques
à base de berlines découpées!
Pour conclure, j'ai l'immense plaisir de remercier tous ceux, et
ils sont nombreux, qui ont participé à cette restauration,
ou qui m'ont aidé à un moment ou à un autre:
Maurice, Gilbert, Jean-Claude, Michel, Robert, Antoine, Bernard,
Jacques, Patrick, Christian, Philippe, René, Gérard
©VEA
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