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PORSCHE 917
aux 24 Heures du Mans 1969
Imaginez-vous en 1969, vers le 10 juin. Vous êtes au Mans
pour les essais des 24 Heures dont le départ aura lieu ce
samedi prochain 14 à seize heures très précisément.
Comme vous êtes une personne bien connue, quoi de plus naturel
que de fréquenter toutes les écuries en lice pour
la grande épreuve mancelle.
Il en sera ainsi aujourd'hui pour Porsche qui présente à
la presse sportive internationale sa 917, sa première voiture
de sport de grosse cylindrée, soit 4494 cm3 déjà
exposée au Salon de Genève 1969.
Et déjà, en ces belles années, la CSI (Commission
Sportive Internationale), ancêtre de la FIA actuelle, impose
ses diktats aux constructeurs: après la prolifération
des appendices aérodynamiques des dernières années,
le règlement s'est durci avec la suppression pure et simple
de ces éléments.
Porsche n'est pas d'accord!
Voici ci-après un communiqué de presse daté
du 4 juin:
Porsche et les 24 heures du Mans
Malgré l'indiscutable victoire obtenue par Porsche au Championnat
du Monde des Constructeurs, Rico Steinemann, notre directeur de
course apporte la précision suivante au sujet de la participation
de Porsche aux 24 h du Mans les 14 et 15 juin prochains:
"Nous avons atteint après notre succès aux 1000
km du Nürburgring le but que nous nous étions fixés
cette année, en l'occurrence, la victoire au Championnat
du Monde des Constructeurs. De ce fait une participation de l'usine
aux 24 h du Mans n'apparaît plus indispensable, la suppression
des stabilisateurs décidée le 15 mai par la CSI ayant
posé de surcroît de nouveaux problèmes à
nos techniciens. Bien qu'une modification du règlement pour
les stabilisateurs surdimensionnés apparaisse plausible en
revanche nous ne comprenons pas le suppression de tous les éléments
comme les clapets mobiles et les ailerons directement commandés
par les suspensions. Porsche a développé après
de longues études ces problèmes de stabilisateurs.
La preuve de leur efficacité a été fournie
par son succès remporté partout où se posaient
des problèmes de stabilité à grande vitesse.
Précisément les problèmes de stabilité
ne se posant nulle part avec autant d'acuité qu'au Mans où
sur une distance, d'environ 5 km avec des vitesses supérieures
à 300 km/h, il faut solutionner de grandes difficultés
d'aérodynamiques.
La preuve nous en est donnée par les récents accidents
survenus au cours des essais aux équipes italiennes et françaises.
Porsche a décidé par une tradition vieille de 18 ans
et même après le succès au Championnat du Monde
des Constructeurs, de participer aux 24 h du Mans et dans ce but
met à l'étude dans l'intervalle de temps restant des
moyens de stabilisation conformes au règlement.
Malheureusement nos véhicules sont devenus de ce fait moins
sûrs. Si les résultats de nos études sont satisfaisants,
la participation au Mans sera assurée. De toute façon
il serait préférable que des concessions soient directement
faites par la commission des sports."
7 STUTTGART-ZUFFENHAUSEN
PORSCHESTRASSE 42
TELEFON 0711/82031
TELEX PORSCHEAUTO 072/3521
(N.D.L.R.: nous avons joint l'adresse au cas où vous voudriez
vérifier!)
Après un tel préambule, vous êtes ébranlé,
mais c'est bien écrit dans le dossier de presse qui vous
a été remis. Porsche pourrait remettre en cause sa
participation si la CSI ne fait pas de concessions.
Il ne sera fait aucune concession, et Porsche se résignera
à participer, les enjeux commerciaux sont trop importants.
Les belles 917 toutes neuves abandonneront d'ailleurs pour une
autre raison: l'embrayage ne tient pas sur ces montres de puissance,
la première de Stommelen / Ahrens à la 15ème
heure et la deuxième, celle de Elford / Attwood à
la 20ème heure (ce qui n'est pas si mal!).
Pour mémoire, cette édition des 24 heures verra le
succès d'une Ford GT 40 (J.Ickx / J.Oliver ) suivi d'une
Porsche 908 (Herrmann / Larrousse) et en troisième position
une autre GT 40 (Hobbs / Hailwood).
Mais tout cela vous le savez puisque vous avez assisté à
cette épreuve. Revenons-en à votre personnalité,
puisque vous en êtes une, ailleurs et ici, dans les stands
de ravitaillements de cette prestigieuse épreuve mancelle.
Tout le monde le sait, vous êtes connu pour votre aisance
financière, ce que vous ne cachez d'ailleurs pas, les rutilantes
Ferrari et autres Rolls-Royce qui vous amènent tous les ans
au Mans depuis déjà fort longtemps, tout autant que
le train de vie que vous menez ne sont pas là pour signifier
le contraire.
Votre attrait pour la compétition automobile est tout aussi
connu, et comme tout se sait, vos récentes prouesses en rallye
sont révélatrices, la compétition semble vous
intéresser et pourquoi pas les courses d'endurances? Rien
de plus naturel donc que l'un des vendeurs de Porsche vous glisse
dans la main, le catalogue de la dernière-née .
Blasé, que non! C'est avec intérêt que vous
feuilletez cette brochure, les caractéristiques techniques
de cette bête de course sont époustouflantes: à
1,72 kg par cheval, ça doit décoiffer! (Pour parodier
une publicité Citroën à venir en 1982!), et comme
le "démo" est là sous vos yeux, son toit
à moins d'un mètre du sol, vous sentez l'adrénaline
vous grimper dans le dos. Ce ne serait pas très raisonnable
vous dites-vous, comme si le raisonnable avait quelque chose à
voir là-dedans! Et puis, en continuant votre lecture, vous
tombez sur un petit détail: le prix du bijou! Quoi? Cent
quarante mille deutsche Marks? Un rapide calcul (vous êtes
un mathématicien hors pair), et voilà: 38.228,38 dollars
canadiens exactement, au taux de change actuel (1969), une broutille!
À peine quatre 911S Targa! Votre Ferrari 365 GTB4 "Daytona",
vient à peine de vous en coûter la moitié chez
Chinetti à New York, et comme justement vous venez de vendre
une de vos usines de Montréal, que la modicité des
impôts canadiens va vous laisser une somme respectable, l'investissement
vous paraît plutôt judicieux. La robustesse des Porsche
est bien connue et puis il faut bien se faire plaisir de temps en
temps. Allez, c'est décidé, vous vous en payez une
des vingt-cinq programmées et si vous ne trouvez pas le temps
de faire de la compétition avec, Graber, votre carrossier
suisse favori va vous la transformer en "Street Version",
comme il l'a déjà fait avec des GT 40
car il
faut bien l'avouer, la finition est un peu rustique. Vous sortez
votre carnet de chèques et l'affaire est rondement menée,
le 12 cylindres à plat grondera bientôt à vos
oreilles, en effet Porsche en a une en stock à Stuttgart
et vous la fera livrer directement chez Graber. Il ne vous reste
plus qu'à choisir la couleur des cuirs et de la carrosserie

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES
Moteur
Nombre de cylindres 12
Alésage 85mm
Course du piston 66mm
Cylindrée 4494,2 cm3
Taux de compression 10,5: 1
Puissance 520 CV/DIN à 8 000 t/mn
Couple maximum 46 mkp à 6800 t/mn
Type de moteur à cylindres horizontaux opposés
Refroidissement à air
Commande des soupapes OHC par j'intermédaire de poussoirs
cylindriques
Graissage par carter sec
Injection de carburant par une pompe avec 12 éléments
placés en deux lignes
Installation électrique 12 volts, allumage double transistorisé
Boîte de vitesses
5 vitesses avant, 1 marche arrière transmission de la force
motrice sur l'essieu arrière par arbre à double cardans,
rapports en fonction des circuits de course.
Châssis, suspension des roues
Châssis châssis multitubulaire
Suspension avant indépendante pour chaque roue
Suspension arrière indépendante pour chaque roue
Freins à disque, double circuit
Jantes avant 9" X 15"
Jantes arrière 12" X 15"
Pneus avant Dunlop 4.75/11.30-15
Pneus arrière Dunlop 6.00/13.50-15
Direction à crémaillère
Carrosserie en polyester renforcé de fibre de verre
Dimensions
Empattement 2300 mm
Voie avant 1488 mm
Voie arrière 1457 mm
Longueur 4290 mm
Longueur avec arrière aérodynamique 4780 mm
Largeur 1880 mm
Hauteur 920 mm
Poids (selon DIN) 896 kg
Vitesse maximum supérieure à 320 km/h
Prix catalogue DM 140 000,-
©VEA
Avril 2007
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