PRÉFÉRENCES...
par Gilbert Bureau
Tout le monde connaît des passionnés
(des maniaques ?) qui ne portent leurs suffrages que sur une seule
marque. Il y ainsi des citroënistes comme il y a des jaguaristes,
des alfistes ou des ferraristes. Les conversations qu'ils ont
avec leurs coreligionnaires sont parfois quelque peu sibyllines
pour les non initiés. Cette fidélité est
certes louable mais les pauvres se privent de bien des joies.
Qui a dit que choisir c'était se limiter ou peut-être
se mutiler?
Périodiquement, les plus volages d'entre nous, ceux qui
"butinent" à droite et à gauche se posent
"la question": s'il fallait se constituer la collection
de ses rêves, sans aucune considération de prix de
revient, mais en se limitant strictement à 10 voitures,
quel serait le meilleur choix ? Choix à vrai dire impossible
et qui risquerait de laisser de nombreux cobayes entre leur Citroën
2CV et leur Traction.
Un tel choix est forcément subjectif et engage seulement
celui qui le fait. On dit souvent qu'il y a au Québec autant
d'opinions politiques qu'il y a d'électeurs, si le VEA
organisait parmi ses lecteurs un référendum (un
autre!) sur les dix autos les plus désirables, y aurait-il
seulement deux réponses identiques? Autant ne pas faire
de pronostic sur le résultat, les as du casino ou de Loto
Québec risqueraient de perdre la face.
Chacun choisirait en fonction de son passé, de ses rêves,
de ses connaissances, de son imagination, et selon bien d'autres
critères, Un psychiatre ne manquerait pas de tirer de savantes
conclusions du choix ainsi fait quant à la libido du patient!
Dix, c'est nettement insuffisant et ce ne sont pas les grands
collectionneurs de l'heure qui me contrediront. Les soirées
d'hiver sont parfois longues quand la neige et les frimas s'abattent
sur le Québec: jouer au petit jeu des dix plus belles automobiles
de collection entre amis veaistes ou même tout seul d'ailleurs,
peut-être plus intéressant que le téléfilm
ou la xème rediffusion de telle ou telle chaîne.
Pour donner l'exemple, je livre donc aux lecteurs de l'Autosiaste,
le résultat d'une séance d'introspection à
laquelle je me suis livré, circonstance atténuante,
par une température extérieure de moins 15 degrés
De grâce, ne tirez pas sur le pianiste, qui sachez-le, ne
possède, le pauvre, aucune des dix déesses qu'il
a choisies. L'ordre dans lequel vont être citées
les 10 belles que j'aimerais voir figurer dans mon harem n'est
pas un ordre de préférence: il est déjà
assez difficile d'en sélectionner 10, n'introduisons pas
une hiérarchie entre elles.
Pour commencer il me faudrait bien sûr une Ferrari de préférence
la P-4 ou la GTO. Mais comme une Ferrari c'est fait pour rouler,
va pour la glorieuse 250 GTO.

Si Bugatti est tout aussi indispensable que Ferrari, le choix
est tout aussi impossible parmi les produits de Molsheim. Un petit
malin attiré par la plus-value voterait pour une Royale,
mais un vrai amateur opterait sans doute pour la "35"
qui représente l'archétype de la voiture de compétition
et de la Bugatti.

Après le sport, le prestige. On pourrait se laisser tenter
bien sûr, par une Rolls, par une plus rare Isotta-Fraschini,
mais il n'y a pas à hésiter dans ce registre, c'est
l'Hispano-Suiza qu'il faut retenir. Ici je prendrais volontiers
le coupé-chauffeur carrossé par un Kellner ou un
Labourdette.

Comme il faudrait une américaine, autant s'offrir la plus
désirable et choisir une Duesenberg, de type phaeton carrossé
par Murphy.

Toute grande collection se doit de posséder une Mercedes.
Pour mettre tout le monde d'accord on choisira la 300SL portes
papillon of course!

Autre grand tourisme qui marqua son époque, je pense que
la Lamborghini Miura est un must, mais elle nous fait d'office
refuser toute Alfa Romeo ou Maserati, c'est bien dommage mais
tant pis pour elles

Le compteur tourne inexorablement et nous avons déjà
6 élues, il ne nous reste plus que 4 sièges à
pourvoir, les choses se compliquent.
Tout amateur est un sentimental et c'est pour cette raison que
la Gordini 1952 des 24 Heures du Mans occupera le 7e fauteuil.

Autre espoir déçu pour les amoureux de belles automobiles
françaises, l'aventure Facel Vega qui nous donna de superbes
voitures. J'ai choisi le coupé Facel II pour la pureté
de ses lignes et aussi parce qu'il fut le coupé 4 places
le plus rapide du monde.

Les Delahaye de l'après-guerre n'avaient pas toutes la
grâce des 235 et certains carrossiers français par
leur style trop surchargé ont sans doute contribué,
pour une petite part, à tuer la 135
Par contre, la
Talbot Lago Record représente le sommet de la ligne classique.
C'est donc elle qui sera notre avant-dernière élue
et sous la forme du cabriolet, encore plus beau que le coach.

Pour la dixième place, on a le choix entre Delage, Jaguar,
Porsche, AC, Cobra, Voisin, Packard, Horch, Aston Martin, Bentley,
Lagonda et bien d'autres. Devant un tel dilemme on peut se faire
un petit plaisir et choisir la très belle Citroën
Traction cabriolet de l'époque 1936-39: l'humble Cendrillon
devenue princesse!

Le choix terminé, on se sent un peu coupable vis-à-vis
de toutes celles que l'on a délaissées et l'on n'est
pas tellement fier, pour ne retenir qu'une marque d'avoir snobé
toutes ces autres belles!
Bien sûr, ce choix paraît très personnel,
mais que l'on se souvienne de cette phrase de Marcel Proust qui
peut s'appliquer aux automobiles, je crois: "On a tort de
parler en amour de mauvais choix, puisque, dès qu'il a
choisi il ne peut être que mauvais."
Voilà qui vous consolera de ne pas voir votre voiture
parmi ces 10 plus belles!
©VEA