...MA PREMIÈRE VOITURE ANCIENNE
par Richard Boudrias
Cinq années pensionnaire chez les bonnes
surs de la Providence furent responsables de ma prédilection
pour les voitures européennes
En effet, cloîtré
six jours et demi par semaine ayant pour seul lien émotionnel
et tangible avec l'extérieur, ou devrais-je dire, le monde
normal, était ma passion pour les Dinky Toys qui, comme
nombreux d'entres-vous s'en souviennent, étaient majoritairement
des miniatures de voitures anglaises.
En catimini, le dimanche soir, j'en cachais une
ou deux dans ma valise afin de pouvoir pendant la semaine fantasmer
avec, le soir venu, sous mon drap avant de m'endormir, ça
réconfortait mon petit cur de sept ou huit ans. Il
m'arrivait même de donner de l'argent à un ami externe
pour m'en acheter une autre dans un magasin de jouets de Notre
Dame de Grâce pendant sa fin de semaine.
Les années passèrent et cette passion
s'amplifia, autant au niveau de ma connaissance du monde automobile
que de l'échelle desdites voitures. Rendu adolescent, les
revues et bouquins sur le sujet tapissaient les surfaces utilisables
de mes tablettes et mon pupitre à la maison. Cependant
j'avais peine à m'identifier avec le monde des Hot-Rod,
James Dean, Dragsters et compagnie surtout prisés par mes
amis américanophiles. Mon cur palpitait plutôt
pour les rallyes européens et ses stars, les coureurs de
Grand Prix et ses dieux et les films anglais autant que français.
Ces éléments tissèrent la toile de fond sur
la scène où allait se jouer l'achat de ma première
voiture ancienne.
C'est au printemps de 1960 ou 61 que le destin me
dirigea vers une station d'essence de la rue Côte Vertu,
où sous une montagne de neige, roupillait une MGA rouge
de 1955. Mon ignorance totale en mécanique jumelée
avec ma naïveté épeurante m'ont convaincu qu'elle
démarrerait du premier coup
Et bien c'est ce qui
se produisit, après quelques patatras et explosions bosniaques.
Immédiatement mon manque d'éducation au niveau de
l'art de la négociation était en première
ligne autorisant ainsi ma main de vingt ans à creuser dans
le fond ma poche afin d'y extirper les cinq cents dollars demandés.

je la trouvais belle, rutilante et ses formes fluides la rendaient
sensuelle à mes yeux
Mon grand frère était à l'époque
expert en sinistre automobile à Sainte Agate, jouissant
ainsi d'une multitude de contacts au niveau de peintres en carrosserie
automobiles dont l'un d'eux venait de terminer la peinture d'un
camion de la compagnie Bell Canada. Si vous avez déjà
aperçu une MGA vert foncé couleur Bell Canada, c'était
la mienne, la seule chose qui manquait dans cette mascarade c'était
l'échelle sur le toit
Je plaisante mais je la trouvais
belle, rutilante et ses formes fluides la rendaient sensuelle
à mes yeux.
La suite c'est ma vie, c'est ma passion
Comme
vous, chers lecteurs, cette première voiture aspirait tous
les sous dont mon humble boulot me permettait de disposer. Ce
très vert bolide fut vendu et remplacé par une TR
3A puis une Sumbeam-Talbot MKII Saloon et finalement une VW neuve
de 1961 pour enfin me ranger en roulant dans ma première
Volvo 122, marié et, peu après, père de deux
enfants.
Cette passion latente se re-manifesta à la
fin des années soixante dix quand je dénichai une
très rare MG YT de 1949, mais ça c'est une autre
histoire
©VEA