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LES RILEY DE SPORT – 1926-1938...
UNE FASCINANTE AVENTURE
par Amilcar Salmson
En 1890, William Riley achète une fabrique de bicyclettes, la Bonnick Cycle,
située sur la rue King à Coventry. Six ans plus tard, délaissant
le métier à tisser, la Compagnie Weawers Masters de la famille Riley
change son nom pour Riley Cycle Company. La compagnie donnera naissance
à la première voiture portant le nom de Riley.
William Riley avait cinq fils dont William Junior, Basil et Herbert,
les trois fils qui s’illustreront d’une manière marquante dans la
construction automobile. Il faut ajouter au cercle familial, les
fils de William Junior qui eux aussi, seront associés à l’aventure
automobile des Riley, Allan, Cecil, Percy, Stanley et Victor.
En 1896, la première Daimler construite à Coventry, roule et le
premier magazine anglais consacré à l’automobile ¨The Autocar¨ est
publié depuis le début de l’année. Coventry devient la cité de l’automobile
et il est évident que la tribu des Riley ne restera pas indifférente
au nouvel engouement qui secoue la ville.
La première Riley fut un prototype construit par Percy Riley et
motorisée grâce au premier moteur à essence de conception Riley.
La voiture nommée le ¨Royal Riley Quadricycle¨ fut exposée en 1899
au National Cycle Show de Crystal Palace. Entre temps, Riley fonde
une nouvelle filiale, la ¨Riley Engine Company¨ dont les directeurs
sont Percy, Victor et Allan. À cette occasion, Percy Riley commença
à être reconnu comme le concepteur surdoué de la famille.
En 1904, Riley construit des tricycles à moteur en série et bientôt,
la première voiture Riley accessible au public au début de 1905
est mue par un moteur en V à deux cylindres et transmission par
chaîne. C’était la première Riley entièrement réalisée chez Riley,
une constante qui allait continuer jusque dans les années 1930,
c’est-à-dire jusqu’à la fusion de Riley avec le groupe Nuffield
de Morris.
Il fallut un nombre considérable de modèles à 4 cylindres, bien
construits et fiables (le premier 4 cylindres apparut en 1912) pour
qu’apparaissent enfin les vraies Riley de sport. En 1923 apparût
la première Riley à caractère sportif, la célèbre ¨Redwinger¨ dont
la carrosserie en aluminium et les ailes minimalistes rouge vif
commencèrent à faire parler les connaisseurs. Haute sur patte, un
moteur à soupapes latérales de 1,498 cc développant 40 CV à 3,600
t/m, cette Riley a tenu tête aux Bugatti Brescia et aux Bentley
4l 1/4 des Bentley’s Boys pendant les six jours du Scottish Trophy
de 1924. L’exploit était tel que le branle-bas de combat fut déclenché
chez Riley. Les commandes affluaient mais Victor Riley savait que
les jours de la ¨Redwinger¨ étaient comptés et que si l’on voulait
faire une carrière sportive, Riley se devait de dessiner à toute
vitesse un nouveau moteur pouvant rivaliser avec les meilleurs.
Au fait, Riley lança deux nouveaux moteurs et deux nouvelles voitures :
la ¨Nine ¨et la ¨Twelve¨. La ¨Redwinger¨ survécut une autre année
avec un compresseur Roots et fut baptisée la ¨Redwinger Brooklands¨
, mais sa conception typiquement edwardienne décida de son arrêt
de mort à la fin de 1926.
La Riley Nine (9hp) avec son allure surbaissée et son moteur à double
arbres à cames en tête de 1,087 cc alimenté par deux carburateurs
SU ou Solex donnait 50 CV à 5,000 t/m. Une boîte non-synchronisée
à 4 vitesses transmettait la puissance du petit moteur aux roues
arrières. Dévoilée en octobre 1926, au Olympia Motor Show de Londres,
la Nine causa tout un émoi, surtout chez les compétiteurs de Riley.
Si Victor Riley était responsable de la compagnie, le châssis de
la Nine était dû à Stanley Riley tandis que le moteur était dessiné
par Percy Riley. Ce moteur sans cesse amélioré équipa les Riley
de 1926 à 1938! Une version 4 cylindres de 1 l.1/2 était aussi disponible
à partir de 1928.
LA COURSE
La Nine fait partie de ces voitures nées sous les meilleurs auspices
et qui immédiatement, sans grande modification, s’illustrent en
compétition presque sans effort. À Brooklands, lors d’une compétition
du BARC (British Auto–Racing Club), une Nine aux mains de Reid Railton
enlève la course à 91.37 mph de moyenne, établissant le tour le
plus rapide à 98.62 mph! (en catégorie de moins de 1,100 cc). En
1927, encore à Brooklands, une Nine d’usine inscrite par Victor
Riley et conduite par le fameux Henry Purdy, (un des Bentley’s Boys)
établie un nouveau record : 500 milles à 87.09 mph de moyenne. Encore
à Brooklands, la même année, la Nine de Peacock remporte la quatrième
place derrière l’Alfa Romeo de Ramponi, l’Austin Seven course de
Dimple et la monstrueuse Bentley 4 l. 1/4 de Sir Henry Tim Birkin
avec en plus, la victoire en classe 1,100 cc. La même année, une
Nine d’usine remporte le Tourist Trophy. En 1930, la Nine remet
ça en se plaçant quatrième à Brooklands derrière… deux Bentley 4
l. 1/4 et une Aston Martin. En 1931, au Tourist Trophy encore, cinq
Riley Nine sont engagées dont deux d’usine. La Nine de Chris Staniland
finit cinquième au général et dans leur classe, les Nine finirent
première, deuxième et troisième. La course des 500 miles de Brooklands
verra la même année une voiture privée, la Nine de Miller et Eggar
finir quatrième au général derrière trois Big Bentleys (le camion
le plus rapide au monde selon Bugatti!) à la moyenne de 92.83 mph.
Malcolm Campbell, le recordman de vitesse sur terre enregistrera
même un tour sur sa Nine à 104 mph. Il ne finira malheureusement
pas l’épreuve… (Pour simple comparaison, lors du même grand prix,
une Bentley 4 l. 1/2 enregistrera le tour le plus rapide à 113.9
mph).
Les victoires de la Nine ne se comptent plus : en 1932, première
place au Brooklands 500 par Eyston devant la Mercedes à compresseur
de Caracciola à la moyenne de 99.51 mph, puis en 1933, première
en catégorie 1100 cc aux 24 heures du Mans et sixième au Tourist
Trophy grâce à Clive Dunfee.
En juin 1933, les Nine retournent au Mans pour 24 hres et s’adjugent
la quatrième place au général derrière trois Alfa Romeo 2.3 litres
à compresseur! En 1934, toujours au Mans, une Nine d’usine finira
cinquième derrière deux Alfa Romeo à compresseur et deux Riley Six
d’usine. Mais c’était là le chant du cygne des Nine remplacées par
la plus moderne Riley Imp. En 1934, quatre Imp d’usine et privées
étaient au rendez-vous du Mans, toujours nanties du célèbre moteur
à double arbres de 1087 cc. La voiture de Von der Beck finit neuvième
et première de sa classe et les quatre Riley terminèrent la course.
Cependant, Victor Riley comptait sur sa merveille, la Riley Six
pour conquérir les pistes et de nouveaux marchés. La première Six
apparut à la course des mille milles de Brooklands en mai 1932 mais
sa présence fut estompée par la magnifique victoire de la Nine.
Cependant, la même année, une Six d’usine partit pour Montlhéry
où Eyston (monsieur vitesse chez Riley) s’attaqua au record des
deux cents milles qu’il remporta à la vitesse moyenne de 111.65
mph. Je vous fait humblement remarquer que, depuis Montlhéry, la
Six a été aussi appelée la MPH et que ce n’était pas un monstre
dans le style Bentley. Le six cylindres double arbres était proposé
dans trois cylindrés : 1726 cc, 1633 cc et 1458 cc, ce qui lui permettait
de compétitionner dans les catégories moins de 1500 cc et moins
de 1800 cc. Le moteur de 1600 cc était lui utilisé pour les rallyes
d’endurance tel que le rallye de Monte Carlo. Ces voitures étaient
munies d’une boîte de vitesse Armstrong-Siddeley à présélection
et quatre vitesses synchronisées. C’était malgré tout, de redoutables
engins.
La consécration de la Six MPH arriva aux 24 heures du Mans de 1934.
Après une course passionnante et pleine de rebondissements, les
deux Riley Six MPH, 1 l. 1/2 atmosphériques prirent la deuxième
et la troisième place, derrière une Alfa Romeo 2.3 l. à compresseur.
L’exploit fut réalisé par un équipage français, Senilleau/Delaroche
et l’équipe d’usine, Freddie Dickson/Cyril Paul. La moyenne atteinte
était de 70 mph. sur 24 hres, comparé à la moyenne de l’Alfa Romeo
de 74.74 mph!
En 1935, la Riley Six MPH de Von der Beck/Richardson finit quatrième
aux mêmes 24 heures du Mans derrière une Lagonda 4 l. 1/2, une Alfa
Romeo 2.5 l. à compresseur et une Aston Martin 1.5 l. à compresseur.
Mais la carrière sportive de Riley touchait à sa fin. La dernière
des Riley sportives était née, la Sprite. Munie d’un moteur double
arbres issue de la Imp d’une cylindrée de 1496 cc, elle était plus
lourde de 100 livres que la Mph. Si ses lignes à la mode plaisaient,
la Sprite n’avait pas hérité le tempérament de ses sœurs aînées.
Son seul titre de gloire fut la victoire au Tourist Trophy de 1935
aux mains du Freddie Dickson. Cannibalisées en 1937 pour les douze
heures de Donnington Park, deux Sprite prirent le départ, quasiment
sans carrosserie. La Sprite de Cyril Paul finit deuxième derrière
la Delahaye 3.5 l. du Prince Bira.
L’AVENTURE…
Victor Riley cherchait à se rapprocher du groupe Nuffield car la
vieille dame de Coventry commençait à s’essouffler financièrement.
Les Riley étaient des voitures chères et la gentry anglaise qui
pouvait s’offrir de telles voitures n’était pas une classe sociale
en expansion. Victor Riley visait une alliance qui lui permettrait
de continuer à produire des voitures haut de gamme au sein d’un
groupe ayant une puissance commerciale et offrant une diversification
de produits sur un marché de l’automobile en pleine rationalisation.
Victor Riley voulait aussi que sa firme lui survive et qu’elle trouve
sa place au sein d’un grand groupe, sachant très bien que d’autres
marques prestigieuses étaient victimes des grands prédateurs qu’étaient
devenus les Ford, les Roots et GM d’avant-guerre. Il fallait abandonner
la course et le sport automobile. Victor n’avait plus les moyens
de financer d’autres développements coûteux.
En 1938, Riley rejoignait MG sous la houlette financière de Lord
Nuffield. C’est à la demande express de Victor Riley que Lord Nuffield,
le patron de Morris Motors, décida de sauver la vieille dame de
Coventry. Victor Riley continua à diriger sa firme à Coventry puis
à Abingdon chez MG, jusqu’en 1947, au moment où la purge ordonnée
par Lord Nuffield arriva, ce dernier voulant mettre de l’ordre dans
son empire. Victor Riley mourut en 1958 à l’âge de 82 ans. Le nouvel
empire de Lord Nuffield s’appela British Motor Corporation… On connaît
la suite …
ENCORE L’AVENTURE…
Mais ce que plusieurs ignorent, c’est que Riley fut en quelque sorte
le parrain d’une nombreuse progéniture qui ne porta pas, hélas,
son nom. À commencer par l’épopée de la fameuse ERA de course qui
débuta sa légende avec un moteur célèbre, celui de la Six MPH. Et
aussi l’aventure d’un autre génie de l’automobile, Donald Healey,
qui motorisa jusqu’en 1952 ses voitures avec le fameux 2500 cc de
la Riley RME, basée sur le même six cylindres de la MPH. Tout cela
c’est une autre histoire que je vous raconterai peut-être un de
ces jours…
©VEA
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