UN ROADSTER AU CANADA
par Gilles Desroches
Comme dans la chanson de Félix Leclerc, je pourrais écrire:
"Moi, ma MG TD a beaucoup voyagé".
On la voit sur la photo, grelottant sous la neige canadienne en
ce début d'hiver 1967-68 en compagnie de ma petite Austin
Mini 850, une première série de 1960 que je considérais
presque neuve à l'époque.
Je ne pouvais prévoir que cet intérêt de
néophyte pour la voiture ancienne allait se muer en une
passion dévorante de collectionneur qui allait complètement
changer ma vie et mon groupe d'amis.
Ma TD passait l'hiver à l'abri d'une bâche sous
la neige, d'où je la tirais de son hibernation avant la
fonte des neiges. Toujours vaillante, elle repartait au printemps,
même la fois où, la prenant pour une épave,
on avait fracassé ses phares et ses instruments à
coups de bâton.
Elle m'en a fait voir de toutes les couleurs: feux dans le système
électrique et la pompe à essence, défaillance
des freins à un passage à niveau, joint de culasse,
pont arrière
Je finis par la restaurer au moment
où je décidais de m'en départir pour une
MG TC de 1947.
Nous étions dans les années 70. Presque chaque
été, je quittais le Canada pour l'Angleterre et
la France à la recherche de "vieilles européennes".
Comparativement à maintenant, les prix étaient dérisoires
et compte tenu de nos moyens financiers d'alors, les voitures
étaient plus abordables qu'aujourd'hui pour un jeune dans
la trentaine. Toutes les semaines, j'épluchais les périodiques
consacrés à l'auto ancienne (j'ai sans doute été
l'un de vos premiers lecteurs) à la recherche de la perle
rare (un cabriolet Traction à 6500 F, un peu cher
);
les casses de France recelaient plus de trésors que les
châteaux du Moyen-Age ou de la Renaissance.
La recherche de voitures anciennes m'a fait découvrir
une France que je n'aurais jamais visitée autrement. Je
revenais souvent de ces coins charmants au volant d'une ancienne
que je venais d'acquérir: Traction 11 et 15, DS
Ma
collection d'autos grandissait et parallèlement, je voyais
s'agrandir mon groupe d'amis collectionneurs des deux côtés
de l'Atlantique car la voitures ancienne a toujours fait ressortir
ce qu'il y a de meilleur chez les gens. Le groupe d'enthousiastes
que je fréquentais alors me donna l'idée de fonder
avec eux à Montréal le club "Voitures Européennes
d'Autrefois" pour promouvoir la préservation, la rénovation
et surtout l'utilisation de la voiture européenne de collection.
Quelle satisfaction de constater la vitalité de ce club
qui compte maintenant plus de deux cents membres (Internet: www.vea.qc.ca).
Maintenant retiré dans le Midi de la France, je participe
à plusieurs manifestations proposées par LVA en
France ou en Europe avec mon Austin-Healey 3000, mais j'ai gardé
soigneusement remisées dans un garage montréalais
quelques anciennes que j'utilise avec les copains lors de mes
passages à Montréal, pour me remémorer le
bon souvenir des jours anciens.
NDLR: Gilles Desroches est le président-fondateur de notre
club.
Cet article a paru dans LVA (La vie de l'Auto), du 31 janvier
2002, un magazine français dédié à
la voiture ancienne.
© VEA