ROLLS-ROYCE VINTAGE TOUR

par Pierre-André Ouimet



Si pour certains, le plaisir suprême de la voiture ancienne s'exprime par un trophée obtenu dans un Concours d'Élégance, pour d'autres enthousiastes, l'utilisation véritable des voitures apporte une satisfaction bien plus grande. Dans le Rolls-Royce Owners Club, cette "ségrégation naturelle" des intérêts existe autant que partout ailleurs.

Et c'est avec cette pensée que je vous amène aujourd'hui à partager cette expérience d'un voyage de neuf jours que Paul Dorval et moi avons vécu en octobre dernier, chacun conduisant notre Rolls-Royce 1936 sur une distance de 1,750 milles (2,800 km). A destination, nous avons aussi rencontré un troisième Montréalais qui donnait son premier vrai test à sa nouvelle acquisition : une Wraith 1939 acquise récemment à Montréal et brillamment restaurée.

Le club Rolls-Royce organise à chaque année une multitude de "tours " d'une semaine, pour les Rolls-Royce et Bentley, certains réservés exclusivement aux avant-guerre, d'autres aux " post war ", d'autres enfin aux voitures modernes. Le climat de camaraderie qui existe lors de ces périples est vraiment incroyable. Au fil des ans, une poignée d'amateurs se rencontre dans des endroits différents de l'Amérique du Nord, et visitent pendant une semaine une région, où souvent, ils n'auraient jamais pensé aller un jour. De plus, les contacts locaux des organisateurs bénévoles nous permettent l'accès à des lieux souvent inaccessibles normalement. A titre d'exemple, qui d'entre vous a eu la chance de parcourir le circuit de Watkins Glen avec sa voiture ancienne ? Paul et moi l'avons fait en 1997. Et on passe sous silence les souvenirs uniques gardés de la Louisiane, de la baie de Cheasapeake et autres.

Cet automne, le lieu de rencontre était à Aurora, Ohio, à environ cinquante kilomètres de Cleveland. Une trentaine de voitures, allant des vénérables Silver Ghost des années 10 et 20, jusqu'à une puissante Phantom III, forte de ses 12 cylindres et de son silence remarquable, faisaient partie de notre groupe. Près de soixante-dix personnes en tout.

Nous avons vécu toute sortes d'expériences : humaines, mécaniques, météo. Après avoir couvert 600 milles pour y arriver, nous avons tous socialisé le dimanche lors d'une réception de bienvenue. Nous avons eu droit le lundi à une visite d'une région qui demeurera célèbre aux yeux de plusieurs : on l'a baptisé : " the red light district visit " ! Pas pour ce que vous pensez, mais bien par ce qu'on n'y a jamais vu autant de feux de signalisations toujours rouges, et mal synchronisés en plus. Pire que le boulevard Taschereau ! Sérieusement, nous avons visité un parc magnifique et immense ainsi que la somptueuse résidence de M. Seiberling, que certains d'entre vous auront peut-être reconnu pour avoir marqué l'histoire automobile.

(Question 1): Qui était ce Mr Seiberling et que faisait-il ?

Revenus au bercail après s'être tous fatigués à embrayer, arrêter, repartir, et égarés à quelques reprises, nous sommes repartis de plus belle le lendemain pour visiter une région rurale des plus pittoresques, appelée là-bas Amish Country. Des routes vallonneuses, des fermes d'une propreté impeccable, des chevaux et des carrioles sortis des temps anciens et le clou de la journée, la visite d'un " hardware store " à vous couper le souffle. De tout pour le collectionneur, tous les outils agricoles anciens, les pompes à eau, les lampes à l'huile, pas des antiquités, tout neuf ! Pour la variété, Réno-Dépôt a des croûtes à manger.

(Question 2) : Quelles sont les caractéristiques particulières des Amish qui expliquent la présence d'un tel " hardware store " ?

Après avoir parcouru près de 200 milles durant cette journée, le programme d'entretien de quelques voitures a dû être accéléré. Juste à temps pour certains, trop tard pour d'autres. Si l'un des membres a réussi à remplacer une soupape sur place dans sa Ghost, machinée dans un atelier local, car vous vous en doutez bien, le Canadian Tire local n'en a pas en stock ! , Un autre participant n'a pas été aussi heureux avec ses ajustements de carburation et d'ignition, résultat : une voiture en flammes sous l'auvent d'accueil de l'hôtel. Dommages mineurs à l'auvent, mais le capot, et tout ce qu'il y a dessous, de même que sous le tableau de bord y a passé. Morale de l'histoire : quand avez-vous vérifié l'état de votre extincteur dans votre voiture ancienne?

(Question 3) Avez-vous un extincteur et où le gardez-vous dans votre auto ?

Paul Dorval, notre fidèle ami voyait aussi sa voiture exprimer un caprice, elle refusait de démarrer à chaud. Si plusieurs experts s'entendaient pour connaître et la cause et la solution à son problème, les autres urgences l'ont relégué à la liste d'attente. Il n'avait pas à s'en faire outre mesure, car le mercredi, en route vers Port Clinton, situé sur une péninsule sur le lac Érié, il faisait tellement froid et il pleuvait tellement qu'il n'a jamais eu de crainte à avoir une voiture trop chaude. Cent cinquante milles dans un torrent de pluie et de vent. Mais, on a déjà vu pire et c'est un excellent test d'étanchéité ! D'étanchéité dites-vous ?

Rayon de soleil dans cette journée maussade : la visite d'un atelier de restauration exceptionnel, celui de Autowerkes. Un échantillon époustouflant de voitures, certaines en attente, d'autres en cours de restauration et finalement un entrepôt de stoppage à quatre étages, oui, des pigeonniers comme dans un entrepôt de marchandises où les voitures sont rangées. Il y avait là des spécimens uniques. Celle qui nous a impressionnés le plus : une limousine Minerva des années 30. Elle était tellement énorme que la Grosser Mercedes 770K décapotable quatre portes qui était à côté semblait minuscule. Elle était tellement vaste à l'arrière qu'il n'y avait pas de strapontins mais deux fauteuils club qui pouvaient pivoter de 180 degrés pour soit se regarder ou encore voir les passagers sur le sofa arrière. Tellement énorme que le train de roues arrières était double, tellement haute que de mes 6 pieds 2 pouces (1,88m) je ne pouvais voir le dessus ! Tout un monstre.

(Question 4) : Qui peut nous donner de l'information sur cette prestigieuse marque belge, ou mieux encore, sur les caractéristiques de cette voiture qui figure parmi la collection Crawford, dont ne sait que bien peu de choses?

Il a fallu attendre au jeudi pour voir le soleil revenir, et avoir l'opportunité d'essayer les voitures des autres participants dans un parc alors peu fréquenté en cette saison sur le magnifique lac Érié. Si je n'ai pu hélas vraiment profiter pleinement de cette heureuse initiative, retenu que j'étais au K-Mart local pour une vidange d'huile, les participants ont dit que le type d'événement était mémorable et devrait être reconduit dans tous les Tours. Une bonne idée pour les activités de plusieurs clubs peut-être. Paul Dorval, lui, a eu moins de chance. Bien que peu de personnes l'aient vu, on raconte qu'il est revenu à l'hôtel en cours de journée sur un plateau. Mais il y a toujours une âme charitable…et compétente parmi les participants. Ainsi, à mon arrivée à l'hôtel, il n'y paraissait plus rien, tout avait été démonté, réparé, remonté.

(Question 5) : Quelle était la cause de la défaillance de la voiture de Paul ? Pour la réponse, il faut lui écrire!

Nous sommes retournés à notre hôtel de départ le vendredi pour participer au banquet de clôture, après avoir passé une bonne partie de l'après-midi à visiter un mail d'antiquaire, certes très grand, mais pas autant que ses prix….et en US en plus!

Et samedi matin, soit vers le Texas, l'Ontario, le Maryland ou le Vermont….ou pour six valeureux amateurs, Montréal, nous sommes tous repartis, comme d'habitude nous promettant de nous revoir lors du prochain Vintage Tour de l'automne 2000, cette fois à Roanoke, Virginia.

Mais j'y pense, Roanoke, c'est à plus de 900 milles, simplement pour s'y rendre ! Ce n'est peut-être pas suffisant pour mériter une médaille de Grand voyageur du VEA, mais avec une 1936 c'est tout de même tout un périple. On verra bien en temps et lieu !


RÉPONSE AUX QUESTIONS :

1. Mr Seiberling était le co-fondateur de la société de pneus Goodyear à Akron, Ohio.
2. Ils vivent sans électricité, sans automobiles. Ils n'utilisent aucuns instruments motorisés pour la culture ou la ferme. Ils ont par ailleurs des chevaux magnifiques.
3. Si vous avez répondu non! Mal vous en prenne et courrez vite en acheter un. Si vous avez répondu oui, assurez-vous de garder votre extincteur TOUJOURS à portée de la main. Il sera souvent trop tard s'il est dans le coffre arrière. On oublie trop souvent l'effet multiplicateur explosif et instantané de l'état d'un filage électrique de plus de 25 ans avec des fuites éparses d'huile ou des émanations d'essence (fumes).
4. Ici, nous cherchons tous la réponse à la carrosserie exceptionnelle. La singularité de toutes les Minerva était l'utilisation du moteur Knight sans soupapes, comme sur les Voisin entre autres.
5. Appelez Paul ou écrivez lui en lui demandant aussi comment sa mère l'a aidé à démarrer !

©VEA

 

 


RETOUR



HOME