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LA SSSS, SAAB SONETT SUPER SPORT
Les six spécimens d'une secrète suédoise
par Alain Raymond
SAAB, nous connaissons tous. Nous savons aussi que ce constructeur
suédois, récente acquisition du "Géant
Mondial" qu'est General Motors, a commencé sa vie à
titre de constructeur aéronautique dont les origines remontent
à 1937, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale.
À cette époque, la Suède et son armée
tristement sous-équipée ne possèdent pratiquement
aucun moyen de défendre la neutralité du pays devant
une Allemagne expansionniste. Face à cette situation inquiétante,
un groupe de financiers suédois se réunit en 1937
pour la création de la Svenska Aeroplan Aktiebolaget (société
aéronautique suédoise). La construction des premières
installations et d'un terrain d'aviation commence en août
de la même année. SAAB est né.
À la fin de la guerre, à l'instar de nombreuses autres
entreprises partout dans le monde occidental, SAAB cherche à
se convertir à la production de matériel civil et
construit son premier avion bimoteur de ligne pouvant accueillir
32 passagers, c'est le 90 Scandia qui inaugure l'usage du 9 dans
la désignation de tous les modèles de la marque, une
formule retenue jusqu'à aujourd'hui avec les 93 et les 95.
Mais l'aviation ne suffit pas à la survie de l'entreprise
et SAAB envisage d'autres activités, depuis la construction
de maisons préfabriquées jusqu'à la production
d'électroménagers, en passant par la moto et - vous
l'avez deviné - l'automobile.
Précisons qu'avant 1930, les Suédois roulent principalement
au volant de voitures américaines, notamment des Ford, des
Chevrolet et des Dodge. Volvo qui voit le jour en 1924 cherche à
faire concurrence aux trois grands, ce qui explique le style et
les dimensions relativement imposantes des premières voitures
suédoises par rapport à ce qui se faisait ailleurs
en Europe.
Mais revenons à Saab pour noter la présence, parmi
les ingénieurs aéronautiques, d'un certain Gunnar
Ljungström, ingénieur automobile, une denrée
rare dans ce pays démuni d'une longue tradition automobile.
En 1945, Ljungström s'inspire de la célèbre Tatra
T107 tchécoslovaque, une voiture très avancée
sur le plan technologique, pour créer ses premières
esquisses d'un projet dénommé KP 92. Les connaisseurs
de la marque suédoise pourront d'ailleurs faire le parallèle
entre les lignes aérodynamiques de la Tatra et celles de
toutes les Saab, jusqu'à la célèbre 96, construite
de 1960 à 1980.
La première Saab est une 2 portes construite à 20
000 exemplaires entre 1949 et 1956. La ligne en forme d'aile d'avion
est inspirée des dessins de Ljungström et finalisée
par Sixten Sason, designer industriel et père du célèbre
appareil photographique Hasselblad. La Saab 92 DL est une voiture
économique et sans prétention, car "l'Europe
d'après-guerre est pauvre", décrète avec
justesse le Conseil d'administration de Saab.
Deux cylindres, deux temps
Animée par un 2 cylindres deux temps polluant et peu fiable,
l'aérodynamique 92 DL cède la place en 1955 à
la 93 équipée d'un 3 cylindres de 750 cc développant
33 chevaux. Précisons que la 92 et la 93 sont des tractions
avant, seul mode de propulsion que connaît Saab depuis ses
débuts et l'une des principales raisons de son succès
en rallye pendant près de 30 ans, entre les années
50 et 80.
Ces succès en sport automobile incitent d'ailleurs un certain
Rolf Mellde, employé chez Saab et spécialiste des
rallyes et des courses d'endurance, à entreprendre la conception
d'une petite voiture sport deux places destinée à
la compétition. Quoique hésitante, la direction de
Saab donne le feu vert à Mellde, à condition qu'il
se serve d'éléments existants. C'est à Sixten
Sason que revient la tâche de dessiner le petit cabriolet
doté d'un châssis en aluminium ne pesant que 70 kg
et habillé d'une carrosserie en fibre de verre (nous sommes
en 1955!). Emprunté à la Saab 93, le moteur 3 cylindres
deux temps est porté à 58 chevaux et monté
derrière les roues avant, en position centrale, question
de mieux répartir le poids du groupe motopropulseur sur les
trains avant et arrière.
Sans toit et dotée d'un équipement minimaliste, la
Saab Sonett Super Sport est dévoilée en mars 1956
au Salon de Stockholm. Surnommée plus tard la Sonett I, elle
ne pèse que 500 kg et autorise des performances remarquables
pour une cylindrée de 750 cc.
Projet avorté
Les commandes affluent, les études de faisabilité
sont favorables et Saab envisage une série limitée
de l'ordre de 2 000 voitures. Mais malheureusement, la Sonett de
production ne voit jamais le jour à cause du changement inattendu
apporté aux règlements sportifs pour la saison 1958,
changement qui ne justifie plus l'engagement des sommes importantes
pour la mise en production de ce modèle.
La voiture que vous voyez ici est donc l'une des six Sonett I construites
et appartient à Saab, en Suède. Magnifiquement restaurée,
elle sautille encore au son caractéristique de son petit
3 cylindres deux temps, vestige d'une époque où l'on
se souciait de la consommation d'essence, sans trop penser aux effets
nuisibles des moteurs qui carburent gaiement au mélange polluant
d'essence et d'huile, une formule vouée d'ailleurs à
la disparition, même sur nos tondeuses, nos motoneiges et
nos génératrices.
Malgré ce rendez-vous manqué avec la première
Sonett, la maison mère, fortement sollicitée par Saab
Motors Inc. aux États-Unis, présente en 1965 le prototype
MFI-13. D'une laideur affligeante, la Sonett II n'est construite
qu'à 28 exemplaires et il faut attendre 1970 pour la Sonett
III, un coupé dessiné en collaboration avec Sergio
Coggiola et principalement vendu aux États-Unis. Le pedigree
italien ne suffit pas et la malheureuse Sonett III ne gagne pas
non plus des concours de beauté et termine sa carrière
en 1974, après 8 368 exemplaires, la dernière des
deux places signées Saab.
Quant aux autres cinq Sonett I, deux appartiennent au Musée
automobile Saab, à Trollhättan, une a disparu à
la suite d'un accident et les trois autres sont jalousement conservées
par leur heureux propriétaire.
Dans le rétroviseur de la Saab Sonett Super Sport 1955:
Empattement / hauteur : 220 cm / 73,6 cm
Poids : 500 kg
Moteur : 3 cyl. 2 temps, 750 cc, 58 ch
Freins : tambours
Transmission : manuelle, 3 ou 4 vitesses, selon les versions
Vitesse de pointe : 160 à 200 km/h, selon les versions
Accélération : 1 mille (1,6 km), départ arrêté
:19,2 s
La même année:
· Héros de la guerre, le Premier ministre britannique
Winston Churchill démissionne. Il est succédé
par Anthony Eden.
· La République fédérale d'Allemagne
(Allemagne de l'Ouest) devient un état souverain, tandis
que l'Union soviétique et sept pays d'Europe de l'Est signent
le Pacte de Varsovie.
· Signe avant-coureur de la Révolution tranquille,
"l'émeute du Forum" survient à la suite
de la suspension jugée excessive et discriminatoire de l'idole
du hockey qu'est Maurice Richard.
· L'Argentin Juan-Manuel Fangio, 44 ans, signe son 3e Championnat
du monde de Formule 1 au volant d'une Mercedes.
©VEA
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