LA SUMBEAM ALPINE A 50 ANS!
par Jean-Jacques Treyvaud
Tous les amis du VEA connaissent mon attachement
viscéral à cette drôle de voiture anglaise
pas comme les autres! Maintenant orpheline, on ne sait plus trop
qui des grands constructeurs est encore en possession de la marque
Sunbeam, mais elle continue bon an mal an à se distinguer
dans les rallies historiques à travers le monde. Si je
prends la plume aujourd'hui, c'est pour souffler les bougies de
son gâteau d'anniversaire. Cinquante ans! Tout en douceur,
sans faire de bruit, elle est encore là, faisant peu d'ombrage
à sa copine ou ennemie de toujours, la MG "B"

Sunbeam Alpine Mk IV 1963
Regardons un peu comment cette Alpine a vu le jour,
dernière authentique création de deux frères,
Sir Reginald Rootes et Lord William Rootes. La dernière
Sunbeam-Talbot Alpine, chère à la princesse Grace,
avait disparu depuis 1957 et le groupe Rootes cherchait désespérément
à contrer l'offensive de MG, faisant maintenant partie
du puissant groupe BMC. Sir Reginald Rootes décida alors
d'aller faire un tour aux USA pour rencontrer le designer à
la mode du studio de Raymond Loewy, Kenneth Howes qui fut le véritable
père de la Sunbeam Alpine. L'ambition de Kenneth était
de voir exposée un jour au Musée d'art moderne de
New York sa future création.
Mais si le coup de crayon était sûr,
Sir Reginald veillait au grain. Pas question de concevoir une
nouvelle mécanique et un nouveau châssis. Kenneth
Howes devait se servir dans les corbeilles de pièces du
groupe Rootes. Le châssis monocoque de la Sunbeam Rapier
étant trop long et trop étroit, Howes se décida
pour la plateforme de la Hillman Husky, le bas de gamme de Rootes.
Et c'est ainsi que Cendrillon allait naître, à partir
de l'humble plateforme de la Husky. Cette dernière avait
un avantage, elle était plus courte que toutes les autres
plateformes de la gamme Hillman-Singer-Sunbeam, ce qui allait
être un grand plus dans la tenue de route de la future Alpine.
Sir Reginald n'aimait pas que l'on planche trop
longtemps sur un projet. En décembre 1957, il donnait l'ordre
de construire la nouvelle Alpine qui devait être prête
en août 1959 car Sir Reginald avait déjà convaincu
ses concessionnaires américains de commander pour 37 millions
$US du nouveau modèle Alpine.
Revenons en arrière, en juin 1958. Le premier
prototype sortait de l'usine. Sir Reginald avait exigé
que la nouvelle voiture soit équipée de freins à
disques à l'avant. On essaya le système Dunlop qui
fut rejeté pour de graves problèmes de "fading".
Girling arriva à la rescousse avec des disques plus gros
et un moyeu plus large, ce qui fait que la voie avant est 2 ½
pouces plus large que celle de l'arrière. Le moteur de
la Série 1 avait une capacité de 1,494 cm3 qui fut
immédiatement poussé à 1,592 cm3 lors du
lancement de la Série 2.
Au début de l'année 1959, un programme
de tests d'endurance incroyable fut exigé par Lord Rootes
qui nomma l'ingénieur Alec Caine en charge des tests dans
l'ensemble du Royaume-Uni, en particulier en Écosse pendant
qu'un autre lot de voitures fut envoyé sur le Continent
afin de les soumettre à des essais extrêmement rigoureux.
On était loin des vagues tests de MG dans les rues d'Abingdon!
Lord Rootes avait pour principe que lorsqu'il vendait une voiture,
elle devait être parfaite. Il était persuadé
que ses voitures n'avaient aucun défaut et que seuls les
acheteurs étaient assez ignares pour avoir des pépins
Les usines d'Armstrong Siddeley furent engagées
pour produire la caisse monocoque de la nouvelle voiture afin
d'accélérer la production, les voitures recevant
les parties mécaniques à l'usine Rootes de Ryton
à Dunsmore. Les douze premières voitures sorties
de la chaîne de production devaient essuyer les feux de
la rampe et à son ordinaire, Sir Reginald voulait se distinguer
des autres constructeurs. Il imagina d'organiser le lancement
de la nouvelle Sunbeam Alpine à Cannes sur la Riviera française.
Les douze voitures étincelantes prirent la route sous l'incognito
le plus complet. Mais on avait malheureusement choisi de les immatriculer
avec des plaques anglaises XVC 1 à 12. Immanquablement,
l'incognito ne dura pas très longtemps: la police anglaise
arrêta les douze voitures et les chauffeurs eurent toutes
les peines du monde à justifier un tel défilé.
Mais l'aventure ne s'arrêta pas là. On embarqua les
voitures sur des avions spéciaux pour leur faire traverser
la Manche. À l'arrivée au Touquet, la police française
saisit les douze voitures introduites illégalement sur
le territoire français! Les fonctionnaires des douanes
envenimèrent l'affaire et ce ne fut qu'après d'âpres
discussions entre le Ministère britannique du Commerce
et son homologue français que l'affaire fut réduite
au silence.
Il ne restait plus que trois jours aux chauffeurs
des Sunbeam pour rejoindre Cannes! Exténués, ils
arrivèrent à l'hôtel près de Brignole
vers une heure du matin. Le souper était prêt depuis
20 heures! Après quelques heures de sommeil, le dernier
bout de chemin fut consommé et l'arrivée chez le
concessionnaire cannois fut encore un imbroglio pas possible.
Lord Rootes avait exigé un parc fermé afin de cacher
les voitures des regards indiscrets mais il n'y avait pas assez
de place pour loger les douze voitures dans le petit garage
Le lendemain matin, toute l'équipe Rootes, chiffons en
mains, faisaient reluire les voitures, sauf une, cabossée
après une malencontreuse glissage sur le gravier
Toute la presse automobile était convoquée, ainsi
que les principaux concessionnaires et importateurs de la marque.
Et tout ce beau monde prit place dans les voitures pour un périple
qui les mena à Sainte-Maxime par la route de la Corniche
de l'Estérel.
La journée se termina par un inévitable
banquet et certains petits malins parmi les membres de la presse
se firent prêter une voiture pour aller assister au Grand
Prix de France qui se tenait sur le circuit de Reims-Gueux. Lord
Rootes, en fin finaud, n'allait pas rater cette occasion de montrer
ses nouvelles voitures aux amateurs de Grand Prix!
Le lancement fut un immense succès. Les employés
de Rootes eurent une semaine de vacances tous frais payés
sur la Côte d'Azur et le fils de Lord Rootes s'attribua
la dernière voiture disponible pour continuer ses vacances
en Italie. Lors de ce voyage, le croisillon de l'arbre de transmission
cassa. Timothy Rootes exigea qu'on vienne changer la pièce
sur place. On trouva sans problème un mécanicien
qui partit sur l'heure en Italie pour remplacer le croisillon
fautif
Pour commémorer ce fameux et historique lancement,
le Club anglais des propriétaires de Sunbeam (Sunbeam'Owners
Club) a décidé d'aller fêter l'événement
début septembre 2009 à Cannes! Gageons que l'anniversaire
sera royalement fêté. Votre dévoué
serviteur y sera avec sa Sunbeam
On vous racontera tout,
c'est promis!
©VEA