SYMETRIC-PARIS
50 ans
d'avance?
par Lee Breed
Casimir
Loubières conçut cette voiture que l'on nommerait aujourd'hui hybride,
appelée "Symetric".
Présentée pour la première fois en 1951, elle était
équipée d'un moteur quatre cylindres de 1100 cm3, monté transversalement,
et commandant un générateur qui alimentait quatre moteurs électriques,
un dans chaque roue. Vous vous rappelez du fameux moteur-roue d'Hydro-Québec
qui ressort de temps à autre? Ce système n'était pas nouveau,
déjà en 1903 Lohner-Porsche
l'avait expérimenté sur une traction.
La Symetric évoluera
jusqu'en 1958, où une version remaniée et d'une esthétique
encore plus douteuse sera présentée sous le nom d'Arbel Symetric-Paris.
L'alimentation électrique est passée du moteur conventionnel
entraînant une génératrice au "Genestafuel", un
générateur statique à gaz, soit une pile thermoélectrique
basée sur le principe physique Thompson: si un élément métallique
est chauffé à une extrémité et refroidi à l'autre,
la différence de températures fait naître dans cet élément
un courant électrique, dans le cas du Genestafuel, la source de chaleur
est fournie par des brûleurs alimentés par du gazole et un ventilateur
refroidit les autres extrémités des thermo-éléments.
La nouveauté de cette dernière présentation de la Symetric
en 1958 sera de nouveau l'alimentation électrique, cette fois fournie par
le "Genestatom". Cet appareil chauffe en permanence, la source de chaleur
est obtenue par des cartouches à énergie atomique. Une charge de
ces cartouches faites avec des déchets des usines et centrales nucléaires
(enfouis au fond des océans) aurait suffit à alimenter le Genestatom
pendant cinq ans! Cette idée fut également reprise par Ford avec
la Nucleon de la même époque équipée d'un réacteur
nucléaire dissimulé sous une sorte de "continental kit"!
Notons que cette création n'était qu'une maquette au 3/8ème.
GENESTATOM Le tambour
des thermo-éléments (1) est refroidi à une extrémité
par une turbine (2) qui envoie de l'air frais. L'autre extrémité
est chauffée par la cartouche atomique (3) qui est glissée dans
une gaine réfractaire (4) blindée aux chocs et aux rayons dangereux.
Le courant sort par les câbles (5). Puissance: 40 KW Tension:
30 volts Intensité: 1325 ampères |
Genestatom |
Ford Nucleon 1958 |
D'ailleurs,
les fabricants de la Symetric déclarèrent à l'époque:
"Pour alimenter le Genestatom, il nous faut l'autorisation du gouvernement
français. En attendant, nous utiliserons le Genestafuel, et dans six mois
des taxis Symetric-Paris circuleront dans la capitale".
Comme nous le
savons aujourd'hui, il n'en sera rien et, Dieu merci! Les grands responsables
de l'époque n'ont pas souhaité donner suite à la propagation
de centrales nucléaires sur roues, dans les rues et aux mains de...
Les
moteurs électriques disposent du couple maximum dès le démarrage
et de ce fait n'ont nul besoin de démultiplication comme un moteur à
explosion et donc ne nécessitent pas l'utilisation d'une boîte de
vitesses. De plus, ils aident au freinage en les court-circuitant et constituent
même un excellent anti-blocage puisque dès que la roue bloque, le
freinage s'arrête. La réciproque est également vraie, car
si la roue patine et s'emballe, l'alimentation de celle-ci est transférée
aux autres roues, ce qui devient un excellent anti-patinage!
En résumé,
les avantages: quatre roues motrices avec antiblocage et anti-patinage, absence
de boîte de vitesses, de différentiel et d'arbres de transmission,
d'où économie de poids et... d'argent!
Un désavantage
s'impose de lui-même: les moteurs-roues électriques sont lourds,
et donc le poids non suspendu élevé ce qui n'aide pas la tenue de
route, les rebonds des roues sont moins bien contrôlés, comme du
temps de ces bons vieux essieux rigides, même affublés de belles
roues en alliage léger (mags).
La première Symetric présentée en 1951 |

La
dernière mouture présentée en 1958 Une esthétique
douteuse... |
Cette Symetric, dont
la carrosserie était en plastique, reprenait des innovations déjà
anciennes, mais avait néanmoins quelques bonnes idées qui ne furent
pourtant pas reprises en grande série. Rappelons qu'elle tirait son nom
de l'interchangeabilité de ses pièces: ailes, couvercles capot et
coffre, portes, vitres, pare-brise et lunette arrière... On peut donc imaginer
que les prix étaient coupés d'autant, sans parler de la commodité
de disposer de pièces moins nombreuses. Brooks Stevens, fameux designer
américain, a d'ailleurs repris cette idée pour Studebaker, mais
les finances de cette firme à cette époque ne permettaient même
pas de pouvoir faire des économies!
A: Couvercles de capot et coffres identiques B: Pare-brise et
lunette arrière identiques C: Carrosserie en deux parties identiques
D: Porte arrière gauche identique à porte avant droite E: Porte
avant gauche identique à porte arrière droite F: Enjoliveur
de phare identique à enjoliveur de feu arrière G: Phare simple
H: Pare-chocs avant et arrière identiques |
La Studebaker symétrique de Brooks Stevens, appelée quelquefois
Familia  |
L'idée des portes coulissantes dans les bas de
caisse sera reprise par BMW avec sa Z1
confidentielle, ce sera bien la seule. Quant aux vitres coulissant dans le toit,
personne aujourd'hui n'a osé! Il faut bien avouer que cette idée
pour pertinente qu'elle soit (l'accès à bord est ce qui se fait
de mieux) ne laisse pas beaucoup de choix dans le style de la carrosserie et la
lourdeur du dessin de la Symetric n'était déjà plus de mise
à la fin des années cinquante. Mais à l'heure où les
pseudo 4X4 et autres SUV foisonnent dans nos rues, ces idées devraient
pouvoir s'appliquer et, reconnaissons-le, ces derniers n'auraient pas grand-chose
à perdre du point de vue esthétique!
Vers 1970, Brooks Stevens,
toujours lui, a proposé le toit coulissant de la partie arrière
d'un break, le transformant de ce fait en pick-up. Ce serait-il inspiré
de la Symetric-Paris?

La
Symetric a eu une gestation plutôt longue de 1951 à 1958, et elle
ne sera jamais fabriquée en série. Cette arlésienne de la
route n'a rien à envier à ses modernes épigones*
lesquels semblent végéter, malgré la pression de la mode
écologique, et ce, bien que la technologie ait terriblement progressé
en plus de cinquante ans. Rien de nouveau sous le soleil!
*
épigone: (du grec epigonos, descendant) Successeur, disciple sans
originalité personnelle.
Caractéristiques
techniques:
Châssis: poutre centrale tubulaire
+ traverses
Suspension: 4 roues indépendantes. Chaque roue est
tirée par un bras à 45º qui comprime un bloc de caoutchouc
"Thermogum"
Direction: boîtier Gemmer
Transmission:
4 roues motrices par 4 moteurs-roues électriques
Freins: ralentissement
via les moteurs électriques par court-circuit ou inversion de courant,
arrêt par tambours.
Dimensions: longueur: 5 m, largeur: 1,80
m, empattement: 3 m, hauteur: 1,55 m
©VEA