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VIème GRAND PRIX de THONON-LES-BAINS
Aventure Européenne, ou comment battre les fanas européens sur leur terrain
de chasse !
par Jean-Jacques Treyvaud
Comme tout bon correspondant de presse qui se respecte, j'épluche
tous les jeudis matins la presse automobile d'époque. Gros boulot
qui comprend 'La Vie de l'Auto', Auto Hebdo et mensuellement, Rétroviseur,
Auto Passion et au moins une dizaine d'autres magazine plus ou moins
spécialisés tels que "Renault, toutes les spéciales de 1945 à 1960".
Or donc, au détour des pages de La Vie de l'Auto je découvre un
bulletin d'engagement pour le 6ème Grand Prix de Thonon les Bains
(Haute Savoie, au bord du Lac Léman). Renseignements pris, je décide
de m'inscrire à cette compétition limitée à 80 engagements. Il faut
montrer patte blanche, le directeur de course est inflexible sur
les dates de construction des véhicules mais j'arrive à faire inscrire
ma "fameuse" Lancia-Abarth Monte Carlo bien connue des membres du
VEA pour ses pétarades légendaires.
La veille du 25 juillet, jour du Grand Prix, la Lancia en bonne
Italienne qui se respecte décide de faire grève de pompe à eau.
Au premier tour de moteur, la damnée mécanique laisse échapper tout
son liquide de refroidissement dans un jet spectaculaire sur la
chaussée. Une arroseuse pour un Grand Prix, pas question, d'où ma
mine dépitée. Mais il ne faut jamais s'avouer vaincu, il reste dans
mon parking une brave Morris Minor de 1963 dans son jus mais qui
vient de subir une révision qui l'a remise dans une forme étonnante.
Re-téléphone au directeur de course de Thonon pour lui annoncer
que la Lancia ne sera pas présente, mais que, en tant que concurrent
dévoué ne voulant pas être la cause d'un ratage spectaculaire de
son Grand Prix par mon absence, je me présenterai donc dimanche
matin au volant d'une spectaculaire Morris Minor. Le pauvre homme,
après quelques hésitations muettes au téléphone s'est rangé à mes
arguments.
Le reste de l'après-midi du samedi s'est donc passé en bichonnage
et cirage pour rendre la moins sportive des Anglaises digne d'un
rallye de Monte-Carlo. Après une nuit fiévreuse et un café rapidement
avalé, la Morris et son vaillant conducteur ont pris la route de
Thonon vers les 7 heures du matin par un dimanche au ciel pur et
garant d'une chaleur torride. Rendez-vous, 9h00 sur la piste, et
nous fûmes à l'heure.
Après avoir rassemblé ses ouailles, le directeur de course nous
donne ses dernières instructions. Sur le plan technique le Grand
Prix se divise en deux compétitions distinctes, le classement se
faisant à la moyenne des résultats des deux manches.
L'épreuve du matin comporte un parcours de régularité de 70 km dont
35 km consistant à gravir le fameux Col du Corbier près de Morzine
(Cherchez sur la carte) avec des rampes allant jusqu'à 15 %.
Comme vous le savez, en bonne anglaise, Muggy (C'est le petit nom
de la Morris) possède un compteur de vitesse et un odomètre (si
on ose appeler ce truc là odomètre) en milles. Heureusement votre
serviteur possède un chronographe suisse qui va lui faciliter la
tâche. Il faut en effet choisir sa moyenne pour tout le parcours
et évidemment arriver juste dans le temps au sommet du Corbier.
Si vous connaissez le Pays Gavot (environs de Thonon) vous comprendrez
que faire une moyenne sur du terrain aussi accidenté tient de la
pure gageure. Le seul truc, diviser le parcours en tranches et calculer
combien de temps vous devez mettre pour rejoindre chaque indication
du "Road Book". Pour me simplifier la vie, je choisi une moyenne
de 35 km/h et commence mes calculs. Mon heure de départ s'approche,
coincé entre trois Alpine Renault 110 et une (tiens, tiens...) Lancia
Flaminia Zagato, la Morris n'en mène pas large et se sent encore
plus petite que d'habitude. J'arrive enfin (!) au contrôle du départ,
et là vicieusement, le commissaire m'annonce que je ne peux pas
choisir 35 km/h de moyenne, mais que ma moyenne (vu ma catégorie
: 1000 cc !!!) devra être de 37,5 km/h ! . Plus de temps pour tout
recalculer, alors vae ! et comme disaient les romains, Volvo !!!
(rien à voir avec la superbe P1800 qui me double en trombe)
Ah mes chers amis, si vous aviez vu cette cavalerie : NSU TT1000,
Alpines Renault 110 et 310, DB Le Mans et autres Fiat Abarth 850
sans compter les Renault Gordini et les Simca Bertone 850 sans oublier
les Amilcar CGSS, Rosengart Type Course, Hotchkiss Sport et autres
Talbot, Muggy et moi-même en avions le tournis !!!. Sans compter
les dépassements des plus allumés et les coups de klaxon (sympa
?) des autres concurrents.
Mais ce fut un peu l'histoire du lièvre et de la tortue : nombre
de ces tornades routières s'égarèrent dans la montagne, manquèrent
des contrôles placés dans des endroits particulièrement vicieux
(devant des bistrots de préférence...) et la Morris grimpa vaillament
le Corbier pour arriver avec... 45 secondes d'avance sur le temps
prévu !
Le retour sur Thonon les Bains se fit dans la joie et Muggy n'en
pouvait plus de faire chauffer ses freins tambours dans une descente
de style dévaloir pour avalanches !. Après une parade dans les rues
de Thonon qui attira des regards attendris sur la Morris, le plus
gros restait à faire : le gymkhana de l'après-midi. Vu la vitesse
de pointe (100 km/h dans les descentes...) de la Morris, autant
dire que la partie était perdue d'avance. Mais comme le disait si
justement le Baron de Coubertin, l'essentiel est de participer.
Nous avons fait Muggy et moi, nos trois tours chronométrés pour
finir en 54ème position et sans pénalités.
Ce fut une grande journée, 3ème à l'étape de régularité, 21ème au
général, le champagne fut mérité et dégusté, le banquet de clôture
avalé, une coupe magnifique photographiée sur le capot de la
Morris, ce fut une belle journée. Sans compter les amitiés nouées
avec des amateurs de voitures anciennes et le plaisir de voir et
de toucher quelques voitures extraordinaires et rares dans un environnement
idéal. Les quelques photos jointes témoignent de ces plaisirs indécents...
©VEA
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