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UNIFORMES ET UNIFORMITÉS
Par Gilbert Bureau
J'étais, il y a peu, invité dans une
grande réception. Il y avait là, le ministre, le
maire, un évêque, quelques hauts fonctionnaires et
une petite foule de personnalités. Tout le monde en gris
ou presque. Tout le monde du moins dans la grisaille du vêtement
quotidien. Il fallait connaître pour reconnaître.
C'est peut-être là un progrès vers la démocratie,
la modestie et la simplicité. Et pourtant les Laurentides
ne sont pas le Mont Royal, le moineau n'est pas le rouge-gorge,
la Montérégie n'est pas la Beauce. Et l'on peut
suivre l'humeur du jour, préférer les uns et les
autres et se réjouir de leur diversité. L'ennui
naquit un jour de l'uniformité.
Ainsi quand je vois les autos modernes massées au stationnement
ou alignées le long d'un trottoir, si semblables, je regrette
l'époque ou l'on pouvait dire : " Tiens une Renault
ou une " Citron " ou une Delage " rien qu'à
voir apparaître le capot. Je sais qu'on reconnaît
à vue une Ferrari, une Jaguar E ou une Rolls, mais ça
n'abonde pas dans les rues.
C'est peut-être enfantin, rétro à penser,
mais c'était beau (et peut-être aussi honnête)
l'identité affichée, l'évêque mitrée,
la sur en cornette, les invités tous noirs comme
des traction avant, les femmes avec tous leurs chromes et leurs
robes longues comme des ailes de Bugatti Royale, et les nez des
Renault, les calandres cuivrées des Citroën, en fer
à cheval des Bugatti ou en temple des Rolls-Royce.
Vous vous imaginez de faire un décor avec les calandres
de nos voitures d'aujourd'hui ?
Je suis, il y a la logique des épures efficaces, de la
même logique que du Japon à chez-nous obligeant aux
mêmes formes. Et nous en reparlerons.
Ce que j'en dis, c'est sans malice et sans intention pernicieuse.
Juste pour dire
©VEA
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