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LA VOLVO P1800 : "LA SAINTE VOLVO" OU FERRARI DE GÖTEBORG
par Dominic Fortier ©
La présente chronique fait suite à une demande spéciale formulée par une vieille
amie (et non pas une amie vieille…), Lucie Fortin. Elle a toujours
eu un faible pour Simon Templar et sa belle Volvo blanche.
La voiture de sport en fibre de verre
L'idée que la commercialisation d'une Volvo de sport pourrait
améliorer les ventes de la Volvo régulière germa dans la tête du
chef de la direction de Volvo de l'époque, monsieur Assar Gabrielsson.
Après avoir résidé aux Etats-Unis pendant plusieurs années, Gabrielsson
posa les jalons d'une période de 20 ans de production de voitures
de sport par Volvo. Il était persuadé que Volvo pourrait bénéficier
de cette implication au même titre que Chevrolet avait pu le faire
avec la Corvette. Une entente fut signée avec la compagnie Glaspar
de Californie, entente qui fit de cette dernière la compagnie mandatée
pour la conception et la réalisation des prototypes. Les châssis
seraient cependant réalisés par Volvo.
Le moteur était une version "gonflée" du moteur PV développant 70
chevaux. Le dessin de la carrosserie fut légèrement retouché par
Volvo avant l'entrée en production de la voiture, en 1956. En comptant
les prototypes, c'est une production totale de 70 voitures qui fut
réalisée. La P1900 était une voiture expérimentale réalisée en fibre
de verre et l'expérience ne fut pas très concluante. Le nouveau
vice-président de Volvo, Monsieur Gunnar Engellau, annonça qu'il
avait arrêté la production de la P1900 parce qu'il s'agissait, selon
lui, d'une Volvo de faible qualité et non pas parce qu'il s'agissait
d'une voiture de sport. Il était convaincu que la conception d'une
voiture de sport ne pourrait qu'être bénéfique pour l'image de Volvo
sur le marché américain.
Le véritable maître d'œuvre du retour de Volvo dans le créneau des
voitures de sport fut toutefois un consultant employé par Volvo,
monsieur Helmer Pettersson. Celui-ci se retrouva pratiquement sans
emploi après l'abandon de la P1900. Il aurait même déclaré : "Pourquoi
ne pas réaliser une véritable voiture de sport?"
Les prototypes
Il est probable que Pettersson ait pensé à son fils Pelle lorsqu'il
proposa à Volvo de construire une nouvelle voiture de sport. Le
fils de Pettersson avait étudié le design automobile aux É-U. En
1957, il fut embauché par Frua, une filiale de Ghia, en Italie.
Frua se vit confier la tâche de concevoir la nouvelle voiture de
sport de Volvo parce que Ghia était liée par un contrat d'exclusivité
avec Volkswagen. En juillet de la même année, 5 différents dessins
étaient prêts : 2 réalisés par Ghia, 2 réalisés par Frua et le dernier,
réalisé par Pelle Pettersson. Lorsque le directeur de Frua vit le
dessin de Pelle, il lui demanda de retoucher les 2 dessins de Frua
afin qu'ils soient semblables à son propre dessin.
Pelle s'exécuta avec réticence parce qu'il n'aimait pas les dessins
de Frua. En août, les 3 dessins furent présentés à Engellau qui,
sans aucune hésitation, opta pour le dessin de Pelle. Engellau s'écria
même : "Je veux ce dessin!"
Trois prototypes furent construits par Frua sur des châssis fournis
par Helmer Pettersson. Ces 3 prototypes furent présentés à Engellau
en décembre 1957 et ce dernier se déclara être enchanté du résultat.
Il statua que la nouvelle voiture se devait de ressembler le plus
possible au prototype conçu entièrement par Pelle Petersson.
Qui se chargera de construire la P1800 ?
Helmer Petterson entreprit des pourparlers avec la compagnie Karman,
d'Allemagne de l'Ouest, pour faire construire la voiture. Une fois
de plus, Volkswagen contrecarra les plans de Volvo en interdisant
à Karman de construire la nouvelle Volvo. Pendant ce temps, des
fuites avaient fait en sorte que la presse était au courant des
intentions qu'avait Volvo de construire une nouvelle voiture de
sport et Volvo n'eut d'autre choix que de confirmer la rumeur.
Raymond Eknor se rendit en Angleterre avec en mémoire une demande
toute spéciale de la part du vice-président exécutif de Volvo, G.
Anderson : "Eknor, vous devez absolument vous souvenir que cette
voiture doit être construite dans un pays où je pourrai jouer au
golf !" Eknor visita d'abord l'usine Bristol, puis l'usine Jensen
qui produisait à l'époque les carrosseries des Austin. En décembre
1958, une entente prévoyant la construction de 10 000 P1800 fut
signée entre Volvo et les 2 plus importants manufacturiers de carrosseries
d'Angleterre, Jensen et Pressed Steel. Les carrosseries seraient
embouties à Lindwood en Écosse, un excellent endroit pour les golfeurs,
pour être ensuite transportées à West Bromwich. Jensen y avait construit
une nouvelle usine avec une ligne d'assemblage exclusivement dédiée
à la P1800.
Les débuts de la production
Outre quelques détails mineurs, la carrosserie de la P1800 était
fort semblable à celle des prototypes réalisés. L'écusson de calandre
avec un "V" fut retiré et les enjoliveurs, simplifiés. Les pare-chocs,
séparés sur le prototype, furent réunis sur la voiture de production.
Le tableau de bord fut quelque peu simplifié et l'arrière profilé
de la voiture imitait à merveille la forme du prototype italien.
Le moteur était, bien entendu, une partie extrêmement importante
de la voiture. L'unité B18, utilisant cinq paliers, fit son apparition
avec la P1800. Le moteur était considéré comme un tout nouveau moteur
et ce, même s'il retenait la plupart des éléments des vieux 4 cylindres
Volvo. Le moteur faisait osciller la balance à seulement 143 kilos,
en partie grâce à l'emploi de l'aluminium pour la pompe à l'huile
et pour la pompe à eau.
Le taux de compression de ce moteur était de 9,5 :1 sur la version
B18B et il développait 100 chevaux à 5500 t/mn. Le collecteur d'admission
faisait usage de 2 carburateurs de marque "SU" de 1 ¾ pouce de diamètre
(SU HS6). Un embrayage "Borg&Beck" faisait le lien entre le moteur
de la P1800 et la boîte de vitesses M40. Une surmultiplication de
marque "Laycock-de-Normanville" était disponible contre supplément.
Les premières images de la voiture furent dévoilées à la presse
en 1959 et les prototypes apparurent aux Salons de l'auto de Bruxelles
et de New-York en 1960. Plusieurs acheteurs furent contrariés par
les délais de livraison. De nombreux acheteurs américains durent
attendre 1 an avant de pouvoir prendre possession de leur P1800
en dépit du fait qu'ils avaient versé un dépôt. Les débuts de la
production furent retardés pendant plus de 2 ans. La conséquence
de ces nombreux retards fut que la première P1800 ne sortit des
chaînes d'assemblage qu'en mai 1961. Les nouveaux propriétaires
se consolèrent facilement puisqu'ils eurent droit à une GT silencieuse,
confortable, possédant une excellente tenue de route, une bonne
réserve de puissance et, en prime, une ligne des plus attrayantes.
Apparition de nouveaux problèmes
Les problèmes n'étaient pas tout à fait résolus. Des désaccords
importants entre Volvo et Jensen, concernant la qualité d'assemblage
de la voiture, eurent pour principal effet que Volvo dépêcha de
toute urgence des membres de son personnel afin de superviser la
qualité de l'assemblage. La faible qualité de l'assemblage et des
travaux de peinture valut une mauvaise réputation à Volvo. Lorsque
la nouvelle usine de Volvo fut complétée en 1963, une section de
la vieille usine de Lundby fut aménagée pour l'assemblage de la
P1800. L'entente existant entre Volvo et Jensen fut rompue et Jensen
fut dédommagée. Après la production de 6000 voitures, à Lundby,
la production fut transférée à Göteborg . Les voitures reçurent
le suffixe "S" pour faire honneur au pays de fabrication, la Suède.
Les 2 000 premières voitures furent assemblées selon le procédé
utilisé en Angleterre chez Jensen. Les larges enjoliveurs disparurent
au profit d'enjoliveurs de marque "Amazon" et les clignotants avant
reçurent la teinte orange. Une sellerie de cuir habillant les sièges
avant et la banquette arrière fut retenue. Les panneaux de portières
furent dessinés de nouveau. La puissance du moteur fut portée à
108 chevaux grâce à un nouvel arbre à cames et à un taux de compression
majoré à 10,0 :1. La voiture était disponible en 3 teintes, soit
le rouge, le blanc et le gris foncé.
Une publicité inattendue et gratuite
La P1800 reçut beaucoup de publicité gratuite en servant de "Pace
Car" lors de la course des 24 heures de Sebring, éditions 1963 et
1964. Le meilleur tremplin publicitaire pour la P1800 fut, fut toutefois
la populaire série télévisée, "Le Saint". Lorsque Simon Templar
pourchassait les criminels au volant de sa P1800, il contribuait
très largement aux ventes cette voiture. Les producteurs de la série
avaient initialement porté leur choix sur la Jaguar type-E, mais
Jaguar fut dans l'impossibilité d'en fournir un exemplaire à temps.
En 1964, la lettre "P" disparut et de nouveaux sièges, fort confortables,
firent leur entrée. Une nouvelle banquette arrière, rabattable et
dotée de courroies pour maintenir les bagages en place, fut également
introduite. Des innovations encore plus importantes incluant de
nouvelles grilles de calandre en aluminium, des pare-chocs à revêtement
caoutchouté et de nouvelles jantes facilitant le refroidissement,
furent introduites en 1965. Une nouvelle couleur de carrosserie,
le bleu pâle, s'ajouta aux 3 couleurs déjà existantes.
Augmentation de la puissance et arrivée du toit souple.
La puissance du moteur fut portée à 115 chevaux sur la 1800 S de
1966, grâce à l'introduction d'un nouvel échappement. Le comportement
routier bénéficia d'importantes améliorations apportées par le renforcement
du train arrière. Les acheteurs pouvaient désormais bénéficier de
versions à toit souple converties dans les ateliers de Radford,
en Angleterre, et dans ceux de Volvoville, aux États-Unis.
L'année 1967 marqua l'arrivée de nouvelles poignées de portières
ainsi que l'utilisation d'un circuit fermé pour le système de refroidissement.
Un ensemble (kit) pour gonfler la puissance du moteur B18 fut rendu
disponible aux États-Unis. Une nouvelle culasse autorisant un taux
de compression de 11,1 :1, un nouvel arbre à cames et des soupapes
de dimensions plus généreuses, majorèrent la puissance à 135 chevaux
au régime de 6 000 t/mn.
1968 ne vit que l'ajout d'un volant à 3 branches. Des rumeurs firent
état que la 1800 en était à ses derniers jours et qu'elle serait
bientôt remplacée par un nouveau modèle basé sur le châssis de la
série 140.
Un nouveau moteur et l'ajout de l'injection d'essence
L'événement majeur de l'année 1969 fut sans conteste l'introduction
du moteur B20B. Doté d'une cylindrée de 1986 cm3 (2 litres), d'un
taux de compression majoré à 9,5 :1 pour une puissance de 118 chevaux
à 5800 t/mn, ce moteur n'améliora pas les performances d'une façon
significative. D'importants changements furent apportés au système
de freinage de la voiture alors qu'une nouvelle hélice de ventilateur,
faite de viscose, se retrouva sous le capot. La nouvelle 1800E,
mue par le moteur B20E, fut dévoilée en août 1969. Les spécifications
techniques du moteur faisaient état d'une puissance de 130 chevaux
à 6 000 t/mn, d'un taux de compression de 10,5 :1, d'un nouvel arbre
à cames, de soupapes de dimensions plus généreuses ainsi que d'un
nouveau système d'injection d'essence fourni par la compagnie Bosch.
La 1800E était dotée d'une boîte de vitesses de type M410, produite
par ZF en Allemagne de l'Ouest et elle était désormais équipée de
quatre freins à disques.
Des changements esthétiques furent aussi apportés afin de souligner
l'aspect sportif de la voiture. De nouvelles jantes composites de
15 pouces de diamètre, dotées d'un moyeu en aluminium coulé, furent
montées. Des "ouïes" de ventilation furent aménagées à l'arrière
et la calandre fut dorénavant de couleur noir mat. Le conducteur
se vit offrir un tableau de bord révisé avec des cadrans de couleur
noir mat. Les différents contrôles et instruments étaient parés
de simili-bois. Des appuis-tête, désormais standards, complétaient
l'aménagement.
Pour la carrosserie, le bleu métallisé et le jaune safari furent
les nouveaux coloris. Les changements apportés en 1971 furent mineurs.
La boîte manuelle M41 effectua un retour après que Volvo eut procédé
au renforcement de son second rapport. La boîte automatique fut
rendue disponible comme alternative à la boîte à 4 rapports avec
surmultipliée. Les 2 nouvelles couleurs furent le turquoise et l'or
métallisé.
En dépit de toutes ces améliorations, la 1800E était maintenant
dépassée. Des expériences débutèrent dans le milieu des années 60
afin de concevoir un nouvel arrière pour la 1800. Une multitude
de nouveaux concepts furent proposés dont les versions "Jacktvagen"
et "Raketen" qui furent jugées les plus prometteuses. Une maquette
grandeur nature des 2 versions fut même réalisée. La version "Jacktvagen"
fut retenue car il s'agissait du concept nécessitant le moins de
modifications de la 1800E. La décision fut prise d'aller de l'avant
avec ce concept et de le nommer 1800ES.
À l'introduction de la 1800ES en août 1971, d'importants changements
avaient été apportés à l'arrière de la voiture. Une impressionnante
soute à bagages, protégée par une porte vitrée, équipait la 1800ES
et de nouveaux feux arrières complétaient l'ensemble.
La 1800E fut produite en même temps que la 1800ES durant l'année
1972. Les 2 versions avaient une nouvelle calandre en plastique,
un nouvel écusson de calandre ainsi que des roues en acier. L'intérieur
était renouvelé et le conducteur se vit offrir de nouveaux sièges
avec appuis-tête intégrés. La puissance du moteur augmenta à 135
chevaux. La vitesse de pointe était de 185km/h et le 0-100km/h était
accompli en 10,8 secondes.
La dernière Volvo 1800ES, la dernière voiture de sport commercialisée
par Volvo ?
Volvo avait établi un accord de coopération avec Coggiola, le manufacturier
italien de carrosseries. Le rôle de Coggiola consistait à créer
un successeur à la 1800. Au Salon de Paris de l'automne 1971, la
Volvo 1800ESC ou Volvo Viking, fut dévoilée au public. La voiture
partagea toutefois son destin avec celui de plusieurs autres prototypes
et n'entra jamais en production. En 1973, seule la 1800ES fut produite.
On lui avait apporté quelques améliorations comme des pare-chocs
à absorption d'énergie ainsi un intérieur fait de matériaux moins
sensible au feu, furent installés. Les versions destinées au marché
américain développaient 112 chevaux et étaient motorisées par le
moteur B20F.
Le 27 juin à 14heures, la dernière 1800ES, portant le numéro de
châssis 8077, quitta la ligne d'assemblage. Entre 1961 et 1973,
47 485 unités avaient été produites.
©VEA
Les Volvo du club:
1965 Volvo PV 544 Sport
1966 Volvo 122 S
1966 Volvo P 1800S
1967 Volvo 122 S
1968 Volvo 123 GT
1968 Volvo P 1800
1971 Volvo P 1800 E
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