GOBRON-BRILLIE: GOBRON (France) 1898-1930
À partir de 1903 ces voitures auraient dû être
appelées Gobron, et non Gobron-Brillié, puisqu'à
cette date Eugène Brillié rompit son association
avec Gustave Gobron pour aller au Havre travailler dans les Ateliers
Schneider et s'occuper principalement de la production de véhicules
utilitaires. Toutefois, jusqu'à la 1ère guerre,
ces automobiles furent connues sous leur double nom et sous le
nom de Gobron après 1918.
Cette voiture proclamée comme "la première
à être dotée d'un moteur à essence
dépourvu de toute vibration" avait comme caractéristique
principale d'être équipée d'un moteur à
pistons opposés. Les cylindres étaient, de façon
classique, coulés par paire mais avec 4 pistons par paire,
les pistons les plus bas étaient reliés, de façon
normale, par l'intermédiaire de bielles, au vilebrequin,
les pistons les plus hauts étaient reliés à
une culasse cruciforme et aux 4 extrémités de cette
croix étaient fixées des bielles tubulaires qui
transmettaient le mouvement aux coudes du vilebrequin lesquels
formaient un angle de 180 degrés avec les bielles actionnées
par les pistons les plus bas. Un système similaire fut
adopté, en Ecosse, par Arrol-Johnston et il fut à
nouveau appliqué en 1950 et dans les années suivantes,
sur la Commer TS 3, pourvue d'un moteur diesel à 2 temps.
Les Gobron utilisèrent 2 pistons par cyl.
jusqu'en 1922. Les premiers modèles étaient équipés
d'un moteur carré à 2 cyl. verticaux, de 6 CV, monté
soit au centre, soit à l'arrière d'un châssis
en tubes, d'une transmission par chaîne, d'un volant et
de bandages pleins. À la place d'un carburateur la firme
utilisa jusqu'en 1903, un ingénieux appareil de mesure
consistant en "un cône à rotations intermittentes,
percé de trous, chaque trou ayant la dimension suffisante
pour que passe la quantité de carburant nécessaire
à la course d'admission du moteur", de ce fait, la
Gobron-Brillié fut proclamée pourvue d'un moteur
poly-carburant. Utilisant l'alcool comme carburant, son fonctionnement
était certainement normal comme elle le prouva au Concours
du Ministre en 1902 mais il ne semble pas évident que,
comme il était affirmé dans le catalogue de 1901,
elle eût un rendement aussi heureux lorsqu'elle était
alimentée en "gin, brandy ou whisky". Ces voitures
furent vendues en Angleterre, en 1900, sous le nom de Tera. La
société belge Nagant
commença à fabriquer des automobiles en produisant
des Gobron-Brillié sous licence et la voiture appelée
la Nancéenne, apparue au début du siècle,
était en réalité une Gobron. En 1901, quelques
modèles Gobron-Brillié 10 CV furent pourvus d'un
moteur monté à l'avant et d'une transmission à
rapports variables, ils avaient deux leviers de changement de
vitesse, l'un pour la marche avant et arrière, l'autre
pour le choix du rapport. Les plus grands modèles avaient
un moteur monté au centre et certains furent livrables
"sans chaîne" pendant un court laps de temps.
En 1901, une Gobron-Brillié prit part à
la course Paris-Berlin et de petites voitures de cette marque
se comportèrent très honorablement dans l'épreuve
Paris-Vienne l'année suivante. En 1903, toutes les voitures
avaient un moteur à l'avant et des modèles 4 cyl.
30 CV furent présentés: les acheteurs avaient le
choix entre un allumage par magnéto basse tension, par
batterie, et même par tube incandescent. La firme accrut
sa célébrité lorsque une voiture de course
de 110 ch, pilotée par Rigolly, atteignit à Ostende
cet été-là la vitesse de 135 km/h, puis celle
de 136 km/h en novembre à Dourdan et fut victorieuse aux
Essais de Vitesse à Nice, en 1904. Cette voiture avait
toujours l'ancien châssis en tubes mais son moteur 4 cyl.,
13,5 l, était à soupapes d'admission placées
en L et elle avait un carburateur classique. Bien qu'elle fût
la première voiture dont la vitesse homologuée dépassât
160 km/h avec une vitesse de 166 km/h en juillet 1904, elle n'obtint
pas de succès dans les courses sur circuit tout en participant
aux éliminatoires françaises de la Coupe Gordon-Bennett
en 1904 et 1905 et aux Grands Prix de 1906 et 1907. Mais elle
ouvrit la voie aux voitures de tourisme qui, améliorées,
furent équipées d'un châssis en acier embouti,
de moteurs à soupapes en T, d'un carburateur à gicleur,
d'un allumage par magnéto haute tension, d'un changement
de vitesse par un seul levier et d'un radiateur du type Mercedes.
En 1906, le refroidisseur tubulaire fut repris mais
l'énorme modèle "40/60", 7,6 l, fut pourvu
d'un seul arbre à cames, d'une transmission par chaîne,
d'un changement de vitesse par levier coulissant, d'un embrayage
à double cône et de 2 freins sur la transmission
et atteignait la vitesse de 113 km/h.
En 1907, un changement de vitesse par levier coulissant
et des soupapes latérales furent adoptés sur toutes
les voitures de série. En 1908, furent présentées
une modeste 4 cyl., 15/20 CV et une 6 cyl., 70/90 CV, un véhicule
qu'on avait peine à croire vrai même lorsqu'on le
voyait en réalité.
En 1909, un châssis pour taxi avec un moteur
de 2,3 l et une transmission par arbre fut porté sur le
catalogue et l'année suivante un modèle 2 cyl.,
12/16 CV. Ce fut le plus petit modèle de la gamme 1911,
les autres étant une 4 cyl., 2,7 l, avec un graissage sous
pression et 4 vitesses, une voiture plus grosse 20/30 CV à
transmission par arbre et deux grosses 4 cyl. à transmission
par chaîne, l'ancien modèle "40/60" et
une puissante 50 CV, de 250 mm de course, avec des soupapes d'admission
placées au-dessus des soupapes d'échappement. Les
plus petites de ces voitures étaient toujours dotées
d'un embrayage à simple cône, une transmission par
vis sans fin fut adoptée en 1915, mais quelques grosses
Gobron avaient encore en 1914 conservé la transmission
par chaîne.
L'histoire des Gobron après 1918 est semblable à
celle de beaucoup d'autres firmes françaises, toutefois
Gobron, dans une ultime tentative, fabriqua en 1922 la terrifiante
25 CV. Elle fut la dernière Gobron à pistons opposés
à quoi s'ajoutaient des caractéristiques complexes:
des soupapes à chemises-tiroirs, un frein sur l'arbre à
cames et 3 carburateurs. Ce modèle avait des freins sur
les roues avant, un beau radiateur en coupe-vent et un empattement
atteignant presque 3,96 m.
L'année suivante cette extraordinaire voiture avait disparu
et elle fut remplacée par une voiture classique équipée
d'un moteur Chapuis-Dornier 1,5 l à soupapes en-tête,
d'un allumage par batterie, d'une boîte à 4 vitesses
et d'un embrayage à disque unique, mais en 1925 son allumage
redevint par magnéto. La société vendit peu
de voitures même lorsqu'elles furent lancées sur
le marché sous le nom de Stabilia
(société également en difficulté).
Gobron cependant, sortit encore avec courage en 1928 le modèle
CA 4 "Turbo-Sport". M. Chabreiron de E.H.P.
avait largement contribué à sa construction, il
avait un moteur de 1,5 l à soupapes latérales, doté
d'un compresseur Cozette il devait fournir 88 ch et permettre
une vitesse de 170 km/h. Très peu furent produits.
©VEA