MONICA (France) 1967-1974

Après
la disparition d'Hispano-Suiza avant-guerre,
les dernières marques de luxe françaises, Bugatti,
Delahaye, Talbot,
ont été contraintes de fermer leurs portes dans les années cinquante.
Facel-Vega, qui avait tenté de commercialiser des voitures de prestige
à cette même époque devra cesser ses activités fin 1964.
Malgré tout,
un industriel français va de nouveau essayer de se lancer sur ce marché en 1967.
A cette époque, Jean Tastevin dirige la CFMF (compagnie française de matériel
ferroviaire) qui fabrique en série des wagons, il dispose donc d'importantes installations
industrielles. Grand amateur de voitures de luxe, il regrette simplement de ne
plus trouver de marque française dans ce domaine: il va donc se décider à construire
sa propre automobile: Monica est née! Pourquoi Monica? Son épouse se prénommait...
Monique!).
Pour mener à bien son entreprise, il choisit l'Anglais Chris
Lawrence pour la réalisation d'une voiture à quatre places à hautes performances.
La première Monica est achevée en avril 1968: carrosserie aluminium et châssis
réalisé à partir de profilés carrés soudés entre eux, suspensions avant par triangles
cantilever superposés avec des combinés ressorts hélicoïdaux- amortisseurs installés
en position inversée à l'intérieur du châssis, essieu arrière articulé De
Dion. Ce sont les ateliers britanniques Williams et Pritchard qui fabriquent
le premier prototype. Le résultat ne satisfait pas Jean Tastevin, il demande à
un jeune styliste d'origine roumaine, Tony Rascanu, de redessiner la Monica. De
cet exercice naîtra la voiture que nous connaissons.
Une maquette en
bois est réalisée par le maître-carrossier français Henri Chapron, puis expédiée
chez le carrossier turinois Vignale pour fabriquer la caisse de la Monica en petite
série. Mais Alfredo Vignale meurt en 1969 et son entreprise est vendue. Jean Tastevin
commande alors à Airflow Streamlines (une firme britannique) un quatrième prototype.
La Monica est présentée à Paris, en avant-première du Salon de l'Auto 1972.
La voiture présentée en 1972 par Jean Tastevin est équipée d'un moteur étudié
par l'ingénieur anglais Ted Martin: il s'agit d'un V8 conçu pour la Formule 1,
réalésé à 3,5 litres et d'une puissance de 240 chevaux à 6000 tours/minute. Ce
moteur est léger et performant mais trop sophistiqué, et ne présente pas toutes
les garanties de fiabilité souhaitables.
A l'instar de Facel-Vega en
1954, Jean Tastevin fait appel à la compagnie Chrysler pour qu'elle lui fournisse
son 5,9 litres (360 p3) fiable et puissant. Ce sera finalement le moteur Chrysler
de 5,6 litres (340 p3) qui sera choisi.
Ce moteur, après modification
des culasses et le changement des pistons et soupapes d'origine, fournit 285 chevaux
DIN à 5000 t/mn.
Avec ce moteur, la Monica d'un poids de 1850 kilos
est capable d'atteindre 240 km/h et de parcourir le kilomètre départ arrêté en
27 secondes 5/10. Les performances les plus élevées de toutes les voitures à quatre
portes proposées sur le marché.
La Monica 560 est présentée au Salon
de Paris d'octobre 1973, mais cette année-là est celle de la crise pétrolière.
Le prix du pétrole quintuple en un an, et les limitations de vitesse sont de plus
en plus draconiennes.
C'est la fin du rêve. Alors que la plupart des
marques prestigieuses ont du mal à vendre leurs produits, Jean Tastevin doit faire
ses preuves. Il n'en aura pas le temps: il décide d'arrêter la production après
qu'une vingtaine d'exemplaires soient fabriqués.
La Monica a une ligne
très moderne: italienne à l'avant (Maserati
Indy), à l'arrière aussi (Ferrari 365 GT), mais
britannique également, surtout vue de coté (Aston-Martin
DBS). Mais c'est surtout une 4 portes et une vraie 4 places d'allure sportive
très basse sur ses magnifiques roues larges en aluminium.
L'habitacle
est somptueux. L'ouverture des portières à l'intérieur se fait par un simple bouton,
un système de fermeture assistée les referment avec un bruit mat sans claquement.
La sellerie est réalisée en cuir Connolly, un tapis épais couvre le plancher et
les bas de porte. Le tableau de bord est magnifique: bois en loupe d'orme, recouvert
de daim dans sa partie supérieure, tandis que sa partie inférieure et la console
centrale sont habillées de cuir. Les cadrans sont personnalisés chacun du sigle
Monica, tout comme le très beau volant en bois verni. L'instrumentation est très
complète: face au conducteur, le compte-tours dont la zone rouge débute à 5800
t/mn) et le tachymètre (gradué en kilomètre/heure et en miles), les thermomètres
d'eau et d'huile et le manomètre de pression d'huile. Sur la console centrale
prennent place l'ampèremètre, la jauge à essence et la montre, une impressionnante
série de touches pour commander les différentes fonctions, le système de climatisation
ainsi qu'un poste de radio stéréo. La console du tableau de bord se prolonge jusqu'aux
places arrière, permettant aux passagers d'avoir à portée de la main la commande
électrique des vitres, les plafonniers et l'allume-cigares. Tout est réalisé avec
le plus grand soin. La Monica disposait d'un équipement et d'une finition propres
à satisfaire la clientèle la plus exigeante.
La position de conduite
est très bien étudiée. Contrairement à beaucoup de GT de l'époque, on n'est pas
installé trop bas par rapport à la ceinture de caisse et la visibilité est bonne
sous tous les angles. Les sièges offrent un confort remarquable tout en assurant
un excellent maintien.
La production est arrêtée en 1974, le prix élevé
du carburant et les limitations de vitesse ("inventées" à cette époque pour réduire
la consommation, comme plus tard pour des raisons de pollution ou de sécurité...)
ont eu raison de l'enthousiasme d'un grand industriel.
La Monica n'avait
en fait qu'un gros défaut: elle consommait beaucoup: elle est donc arrivée au
pire moment. Elle proposait une finition de grande qualité et des capacités routières
dignes des "Grand Tourisme". Le tout pour un peu plus cher qu'une Rolls-Royce
Silver Shadow ou qu'une Ferrari Daytona...
De ces célèbres contemporaines,
la Monica se démarque aujourd'hui par son exclusivité et son extrême rareté. Serait-elle
devenue un bon investissement? Si vous en trouvez une, évidemment...
Catalogue
original

Le
premier prototype de la Monica
Monica, un modèle de pré-production
Monica, le modèle de production
Quelques autres photos
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Gaston Marragou à qui l'on doit
les magnifiques intérieurs des Monica et l'une d'entre
elles
| L'emblème
de la Monica sur le tableau de bord et sur les grilles arrières |
Le logo qui n'a jamais existé |
©VEA