TALBOT (France) 1920-1959



Une extrême complexité de nom s'attache à ces deux marques. Alors que les voitures furent toujours conçues et fabriquées en France, la société durant son âge d'or, et même après (1905-1935), fut financée par des capitaux anglais, ensuite elle s'associa à une société française qui avait été fondée pour produire des voitures italiennes et, de ce fait, devint affiliée à des sociétés américaines: Alexandre Darracq créa la société de cycles Gladiator en 1891, qu'il vendit 5 ans plus tard à des Anglais. Pendant une brève période il fabriqua ensuite des voitures électriques et exposa un coupé au Salon à Paris en 1896. En 1898 il acheta à Léon Bollée les droits de fabriquer sa voiturette à 4 roues, équipée d'un moteur horizontal monocylindre, de 5 CV, refroidi par air, d'une transmission par courroie, d'un allumage par tube et d'un changement de vitesse par colonne. Elle n'eut pas grand succès mais le changement de vitesse par colonne fut maintenu jusqu'en 1910 sur certaines voitures conçues par Darracq.

Il persévéra dans son projet de construire un petit "Runabout" peu coûteux et en 1900 apparut la lère des vraies Darracq, elle était équipée d'un moteur monocylindre vertical, de 785 cm3, monté à l'avant, de soupapes d'admission commandée, d'un allumage par batterie, d'une transmission par arbre et d'un engrenage à cône, Alexandre Darracq, comme Louis Renault, n'adopta jamais la transmission par chaîne. En 1901 la firme participa à des courses avec une voiture 2 cyl., de 1,9 l, pilotée par Henry Farman. Bien que seules des "single" fussent offerts aux clients en 1902, les Darracq de course étaient de sensationnelles voiturettes, pourvues d'un moteur 4 cyl. de 5,9 l qui gagnèrent, dans leur catégorie, le Concours du Ministre à l'indice consommation et furent en bonne position dans la course Paris-Vienne. Opel, cette même année, acquit la licence de fabrication des Darracq pour l'Allemagne. Celles-ci furent engagées dans les courses jusqu'en 1906, gagnantes dans les catégories petites voitures et voiturettes au Circuit des Ardennes. Les grandes voitures fabriquées par la société eurent moins de succès: Darracq qui était décidé à gagner la coupe Gordon Bennett ne franchit même pas, avec son équipe de 11,3 l, l'éliminatoire pour la France, cependant il accorda une aide financière à une équipe de 3 voitures produites par Opel en Allemagne, ainsi qu'à une équipe de 3 voitures spécialement construites par Weir à Glasgow, qui lui permirent de courir sous les couleurs de l'Angleterre. Seules les Opel-Darracq coururent à Homburg et ne purent même pas achever un tour du circuit. Quelques très petites voitures de 9,9 l, à soupapes en-tête, furent mises au point pour les courses de 1905, mais ce ne fut que la saison suivante qu'un double succès fut acquis: la victoire de Wagner dans la Coupe Vanderbilt et celle d'Algernon Lee Guinness à Ostende, atteignant la vitesse de 188 km/h, avec une voiture particulièrement rapide V 8 de 22,5 l, avec soupapes en-tête. En 1908, les Darracq furent 2ème et 3ème au Tourist Trophy. La firme n'engagea plus aucune voiture dans une épreuve, jusqu'en 1921.

Pendant cette période de nombreuses voitures commerciales avaient été fabriquées. En 1903, la gamme comprenait des monocyl., des twin et des 4 cyl., toutes, sauf la plus petite, la Populaire de 8 CV qui ne coûtait pas très cher en France. En 1904 apparurent les châssis en acier embouti, faits dans une seule plaque de tôle, et le nouveau modèle 4 cyl. de 3,1 l, le rapide Flyong 15. En 1905, le châssis en tôle emboutie fut adapté à toutes les voitures, en même temps que la société réorganisée était enregistrée en Angleterre, quelques très grosses voitures, d'un prix relativement modeste, furent présentées, le modèle de 28 CV, 5,9 l avec double allumage et un empattement de 3,76 m. Un modèle sport 70 CV, de même principe que les voitures de la coupe Gordon-Bennett de 1904, fut aussi livrable.

En 1907, il y avait une monocylindre de 1 100 cm3, avec soupapes d'admission commandée, alors que les plus grosses voitures de la gamme étaient la "20/28" de 4,7 l, la "Vandebilt Cup" de 11 1/2 l, à soupapes en-tête et une 6, de 5,7 l, à 4 vitesses. Une année plus tard celle-ci était devenue une 8,1 l, à moteur carré, alors que toutes les Darracq gardaient le changement de vitesse progressif et que quelques nouvelles 4 cyl. équipées d'un bloc-moteur de 2,3 l ou de 3,1 l, avec soupapes latérales, étaient pourvues, pendant un court laps de temps, d'une boîte montée sur l'essieu arrière. Celle-ci fut abandonnée en 1909, dernière année des monocylindres et en 1910 les twin disparurent aussi alors qu'apparaissait un changement de vitesse par levier coulissant. En 1911, les modèles étaient au nombre de 7, la 15 CV étant dotée de soupapes en-tête. En 1912 Darracq adopta, initiative qui s'avéra catastrophique, le moteur Henriod à soupapes rotatives qui fut monté sur la 4 cyl. P 12, de 4,4 l à empattement de 3,17 m, transmission par vis sans fin et radiateur sur le tablier. Sur un des modèles à soupapes rotatives fut maintenu le système classique de refroidissement. Cependant les bénéfices étaient à peu près nuls et lors du bouleversement qui s'ensuivit, M. Darracq se retira. Owen Clegg, de Rover, fut nommé directeur de la firme et les Darracq de 1913 devinrent les imitations visibles de la Rover Twelve qui avait remporté de grands succès. C'étaient des 4 cyl. de 2,1 et 2,9 l, avec bloc-moteur et transmission par vis sans fin et peu après la firme retrouva sa prospérité. La 4 l "20/30" fut ajoutée à la gamme de 1914 et la 16 CV fut dotée d'un éclairage et d'un démarrage électriques. Celle-ci fut de nouveau fabriquée en 1919, en même temps que parut peu après une nouvelle V 8, 4,6 l de conception avancée, avec soupapes latérales, allumage par batterie et transmission arrière par engrenage conique à denture hélicoïdale, pourvue de freins sur les 4 roues.

En juin 1920, les sociétés anglaises Sunbeam et Talbot, associées depuis 1919, se joignirent à Darracq et dès lors la dénomination des voitures devint d'une grande complexité. Après la formation de ce groupe et pendant les 5 premières années, le nom "Talbot Darracq" fut utilisé des deux côtés de la Manche, mais les voitures s'appelèrent en Europe Talbot et Darracq en Grande-Bretagne et dans le Commonwealth jusqu'en 1939. Le nouveau groupe finança une équipe de course commune, mais les voiturettes conçues par Henry et améliorées en 1922 équipées d'un moteur 4 cyl., avec un double arbre à camea en-tête et sans différentiel coururent indifféremment sous la marque Talbot ou Darracq. Celles-ci avaient été conçues à Suresnes, comme le furent les versions qui suivirent, et elles remportèrent des victoires nombreuses: à Brookland à la 200 Mile Race (en 1922 sans compresseur, en 1924 et 1925 avec compresseur), à la Coupe des Voiturettes (1922 et 1923) et à la course Penya Rhin (1923). En 1926 l'équipe comprenait des voitures à compresseur, de conception avancée: des 8 cyl. en ligne de 1 1/2 l, avec double arbre à cames en-tête, mais elles ne purent faire leur preuve avant que la mauvaise situation financière n'ait obligé Sunbeam-Talbot-Darracq à se retirer des courses.

Dans le domaine de l'automobile de tourisme, les voitures de ce groupe se concurrencèrent pendant 15 ans. En 1921 parut une Darracq de 15 CV, de 3,2 l, avec soupapes latérales, culasse démontable, transmission par vis sans fin, elle fut suivie en 1922 par une petite voiture de 970 cm3 à soupapes en-tête, sans différentiel et sans allumage par batterie, fabriquée en Angleterre comme la 8/18 Talbot, en même temps sortit la première voiture d'une série de 4 cyl. de 1 12 l, à soupapes en-tête, la 10 CV. La transmission par vis sans fin fut abandonnée et en 1924 les petites Darracq furent dotées de freins sur les roues avant, de même que sa version sport, la DS de 2,1 l, dont la puissance annoncée était de 57 ch, et si la firme revint à l'allumage par magnéto, elle conserva cependant les roues en bois (qu'on trouve sur certains modèles jusqu'en 1931) et la boîte 3 vitesses. L'année suivante, la 1 1/2 l devenait la belle "12/32", pourvue de freins sur les 4 roues et d'une carrosserie conduite intérieure faite par Weymann, ce modèle fut fabriqué jusqu'en 1928, année où il fut équipé d'un moteur de 1,7 l et 4 vitesses. Fin 1925 sortit la première voiture d'une longue série de 6 cyl. classiques à moteur culbuté, soupapes en-tête, avec une boîte 3 vitesses, un embrayage à disque unique, un allumage par magnéto et des freins avant du type Perrot: ce fut le modèle TLA de 2,5 l et 72 ch. L'année suivante il fut offert avec une vitesse supplémentaire et en option, un moteur de 2,9 l. En 1928 parut une 6 vraiment légère de 2 l, avec un allumage par bobine, des pistons Talbot faits en alliage et des freins Bendix. En 1929 seules des 6 cyl. furent offertes, alors qu'apparaissaient un vilebrequin à 7 paliers et le graissage central du châssis, en 1930 fut présentée l'inévitable 8 en ligne, équipée d'un moteur de 3,8 l, 100 ch, avec un vilebrequin à 9 paliers et des coussinets en alliage de nitrate, elle était livrable avec un empattement de 3,60 m. Une nouvelle volte-face fut effectuée en 1933 avec sur les 6 et les 8 cyl., l'adoption d'un châssis à section rectangulaire et d'une suspension indépendante à l'avant. En 1934 un seul modèle 6 cyl. fut porté sur le catalogue, année où Roesch, directeur de Darracq, adopta à l'instar de Talbot la boîte à présélection Wilson, qui fut utilisée jusqu'en 1954.

Après la fusion avec S. T. D. Motors en 1935, la fabrique de Suresnes était passée sous le contrôle du major A. G. Lago, célèbre à Londres pour ses transformations dans les années 1920 du moteur L.A.P. à soupapes en-tête. Sous sa direction de nouvelles voitures 6 cyl. à soupapes en-tête furent présentées, toujours pourvues, comme auparavant, d'un châssis en X et d'une suspension avant indépendante, les versions moins coûteuses furent offertes avec des boîtes synchronisées. Si la 15 CV 2,7 l et la 17 CV 3 l, étaient plaisantes, elles ne furent toutefois pas des voitures de tourisme nerveuses, cependant la 23 CV de 4 l, avec un vilebrequin à 7 paliers avait, dans sa version "Special" due à Lago, une culasse hémisphérique et une puissance de 165 ch, elle put dépasser aisément les 160 km/h.
En 1937 cette marque remporta les 3 premières places, dans la catégorie des voitures sport, au Grand Prix de Montlhéry et une victoire au Tourist Trophy grâce à Comotti. En 1938, dans la formule Grand Prix, ces voitures eurent moins de succès -ces voitures sport ne pouvaient lutter contre la suprématie des Mercedes-Benz et des Auto Union- et les monoplaces 4 1/2 l de 1939 ne furent pas beaucoup plus rapides. Le moteur V 16 de 3 l, à compresseur, ne donna aucun résultat, pas plus que le projet de 1937 tendant à ressusciter la marque Invicta en construisant à Londres des Darracq de 3 et 4 l, avec une carrosserie du même style que les Delage.

Après la 2ème guerre, les voitures de course 4 1/2 l ne furent plus des "Darracq", mais des "Talbot" ou des "Talbot-Lago". Si elles perdirent de leur puissance, elles eurent le gain d'une économie de carburant telle qu'elles achevèrent de nombreuses courses sans ravitailler, ce qui n'était pas le cas pour les voitures 1 1/2 l à compresseur. La victoire de Chiron, à Comminges, en 1947, marqua le début d'une suprématie qui dura 4 saisons et fut accrue par la victoire de Rosier au Mans, avec une voiture du même type, dont l'équipement routier était à peine esquissé. Pierre Levegh aurait lui aussi vaincu Mercedes-Benz en 1952, au Mans, s'il n'avait pas piloté seul pendant les 24 heures de la course. Quant aux voitures de tourisme, elles étaient belles, pourvues d'une carrosserie du style GT. En 1956, le modèle "Le" de 1950 fut équipé du moteur 250 de Maserati, alors que le modèle de 1951 fut équipé seulement du moteur 80. En même temps, Mr. Lago avait transformé les voitures sport datant de 1946, et avait lancé le modèle Lago Record 4 1/2 l, de 170 ch, avec freins hydrauliques, et avait pourvu la Baby de 2,7 l de 1950 d'un nouveau moteur 4 cyl. plus simple et plus économique. Ce dernier modèle de 118 ch, avait des freins hydrauliques et, en option, une boîte synchronisée, ou à présélection, mais il n'était livré qu'avec conduite à droite, ce ne fut pas une voiture particulièrement intéressante et sa carrosserie peu plaisante n'était pas faite pour l'améliorer. En 1952 les voitures de la gamme furent dotées d'un style nouveau et bien que le moteur utilisé au Mans fut porté à 247 ch, il ne remporta pas de succès et ceci marqua le début du déclin. Différents moteurs furent essayés, en 1955 la firme utilisa un 4 cyl., 2 1/2 l, à 5 paliers, de même principe que le moteur Talbot, avec une boîte ZF à 4 vitesses et une belle carrosserie GT. En 1956, les voitures engagées au Mans furent équipées du moteur Maserati 250 et en 1957, alors que la cadence était toujours de 2 voitures par semaine, la firme fit, dans le but de se procurer des dollars, une dernière tentative en fabriquant l'America, dotée d'un moteur B.M.W. V 8, 2,6 l, et du châssis introduit en 1955, seulement une vingtaine de ceux-ci seront produits. En 1959, Simca était majoritaire à Suresnes et le coupé Talbot fut équipé d'un autre moteur, l'ancien V 8 à soupapes latérales, dont les Ford françaises étaient pourvues. Bien qu'au Salon à Paris, en 1960, fut présenté au stand de Talbot un coupé assez curieux, avec le moteur de la Simca Aronde, aucune voiture ne fut plus fabriquée. Il est piquant de noter que les trois associés de S. T. D. se trouvèrent encore une fois réunis en 1965, par suite de la fusion Rootes-Chrysler, ce dernier étant déjà le propriétaire d'une part importante des actions de Simca.
Après la reprise de Chrysler Europe par Peugeot, on verra ressurgir la marque Talbot utilisée sur les modèles ex-Simca. Les temps ont bien changés!

©VEA

 

 


RETOUR



HOME