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LE TOUR DU MONDE DES MARQUES
Le Brésil
Dans les années 70, quand j'habitais au Brésil, les
frontières de tous les pays "latinos" étaient
fermées et les taxes sur les importations débiles
(de 200 à 400% selon les pays). Toutes ces dictatures, car
c'en étaient, recouraient au chantage avec les grands constructeurs
pour qu'il fabriquent leurs bagnoles sur place. Seule façon
pour ces dictateurs de tout poil qui encombraient à cette
époque l'Amérique du Sud de freiner l'inflation de
leurs monnaies et de se remplir les poches d'autant plus facilement
qu'ils n'avaient de comptes à rendre à personne.
Comme les fabricants d'automobile n'avaient pas envie de leur filer
leurs modèles dernier cri, ils leur envoyaient ceux plus
ou moins en fin de carrière, sinon complètement dépassés.
Une façon pour eux de recycler leur ancien outillage.
Ce petit tour vous conduira au Brésil automobile de cette
époque, partagé entre deux mondes, l'un celui de la
grande industrie qui essayait de s'adapter et l'autre où
l'imagination n'avait pas encore laissé la place aux règlements
drastiques, sans doute indispensables, qui assaillent la voiture
d'aujourd'hui.
Les "grands"
Alfa Romeo était associé avec la firme FNM (Fabrica
Nacional de Motores) afin de fabriquer des camions issus de la gamme
italienne. En 1960, FNM se lance dans la fabrication de voitures
et lance la JK 2000 issue de l'Alfa 2000 (les lettres JK étant
les initiales du despote d'alors, Juscelino Kubitschek) et redevient
Berlina 2000 à la chute de ce dernier en 1964. Lorsque FNM
fait faillite en 1969, apparaît la 2150 sous le logo d'Alfa
qui laissera sa place en 1974 à la 2300. Finalement Alfa
vendra ce qui reste de la FNM à Fiat en 1978. Cette Alfa
Romeo n'est qu'une version modernisée de la vieille 1900,
équipée d'un 2300 cm3 alourdie pour en faire une voiture
de luxe.

Alfa Romeo FNM 2300
Fiat, de son côté ne vendait que sa 127 devenue 147
sans modification notable. Passez votre chemin, il n'y a rien à
voir!
Chevrolet proposait "ses" Opel Kadett (nommée Chevette!),
cousine germaine (et teutonne, tant pis pour le pléonasme!)
de cette petite merveille que nous avons connue ici, la tout aussi
allemande Ascona (devenue Opala), vendue en 4 et 6 cylindres et
sa grande sur Commodore devenue Comodoro.
Chrysler commercialisait uniquement des Dodge et avait envoyé
ses vieilles Dart d'un autre âge qu'elle accommodait sans
grande originalité à la sauce Magnum, Le Baron et
Charger R/T, cette dernière équipée du célèbre
318 fournissant 165 ch de "muscles"! Seule caractéristique
notable, sa grande autonomie, non due à sa consommation économique,
mais à un réservoir d'essence de 107 litres! En entrée
de gamme, l'Avenger britannique, un parangon de sophistication mécanique
avec son pont arrière rigide suspendu sur des ressorts à
lames, à l'instar de ses surs américaines, circulait
ici sous le nom de Dodge Polara! À en faire frémir
les fans de la marque.
Ford, pour ne pas être en reste y allait de son ignoble Maverick
équipée d'un 4 cylindres, attention aux montées
des côtes! La Galaxie 500 modèle bien américain
des années soixante coiffait la gamme, dont la version Landau
qui atteignait un prix stratosphérique, et servait de voiture
d'apparat aux apparatchiks locaux, elle se caractérisait
surtout par une décote de son prix totalement proportionnelle,
donc exponentielle, à la valeur de la monnaie locale, le
cruzeiro. Étrangers munis de devises, il valait mieux changer
son argent toutes les semaines et de préférence auprès
de particuliers soucieux de récupérer quelques dollars
aux rapaces qui contrôlaient le taux de change!
Mais le plus drôle de la famille Ford au Brésil était
sans conteste son bas de gamme, la Corcel II, pourquoi II? Il n'y
eut apparemment et sauf erreur jamais de Corcel I. Lorsqu'il m'a
été un jour donné d'en conduire une, de bons
vieux souvenirs français m'ont sauté aux yeux, ou
plutôt aux autres sens, car esthétiquement, rien dans
cette voiture ne pouvait m'évoquer une quelconque ressemblance
avec quelque chose de connu. Et pourtant, il ne s'agissait de rien
d'autre que d'une Renault 12, mais avec une carrosserie complètement
différente. Comment cela s'est-il produit? Par le jeu des
alliances et mésalliances! Willys-Overland do Brasil fabriquait
la Dauphine et voulait la remplacer par la R12. Lorsqu'il fut racheté
par Ford à la fin des années soixante, les plans de
Renault étaient restés dans les tiroirs de Willys!
Et puisqu'on en parle, ajoutons que Ford commercialisait aussi la
Jeep CJ-5! Bon, vous vous y retrouvez?

Ford Corcel (base mécanique Renault 12)
Mercedes, bien présent au Brésil depuis la fin de
la guerre ne vend à cette époque que des camions.
Nous nous tairons donc!
Toyota, déjà là lui aussi, ne propose que la
Bandeirante, une 4 roues motrices à motorisation Mercedes,
la version locale du Land Cruiser (1500 environ produits en 1976).
Et Volkswagen dans tout ça? Premier constructeur du Brésil
en ces années, la Coccinelle reste son fer de lance, elle
est omniprésente, difficile de trouver une autre voiture
comme taxi, malgré ses deux portes! Mais la presque moderne
Passat l'épaule dans la "moyenne gamme haute".
Enfin, il ne faudrait pas oublier la Brasilia, version bien brésilienne
de la Cox, une 412 en plus petit, mais toujours la même plateforme.
Elle a au moins le mérite de la modernité esthétique.

Volkswagen Brasilia
Mieux encore, la SP 2, toujours sur la même plateforme, vendue
à seulement une dizaine de milliers d'exemplaires entre 1972
et 1974, elle ferait toujours bonne figure sur nos routes d'aujourd'hui,
la preuve que ce coupé est une réussite esthétique.

Volkswagen SP2
Les "petits"
Mais faire le tour du Brésil automobile en ignorant les petites
marques serait un sacrilège. Il en existe de nombreuses et
la plupart de leurs modèles reposent sur la plateforme et
la mécanique de la Coccinelle, habillés d'une carrosserie
en fibre de verre. Les Alpine Interlagos, fabriquées par
Willys avaient charmé les Brésiliens. Lorsque Ford
racheta Willys, il stoppa la fabrication des Alpine peu rentable,
c'est alors qu'apparurent de nombreux succédanés de
la défunte Alpine.
Malzoni est un des précurseurs, avec ses DKW-Malzoni, puis
Puma-DKW équipées d'un trois cylindres deux temps
de 1100 cm3 développant 100 chevaux. Amateur de courses,
il était souvent en compétition avec les Interlagos.
Lorsque Vemag, la compagnie qui fabriquait des DKW au Brésil
fut rachetée par Volkswagen, ces modèles furent discontinués
et Puma, privé de la ressource dut se contenter de la plateforme
VW et construire un nouveau modèle à moteur arrière
cette fois, très proche de l'architecture des fameuses Alpine,
tout comme leur esthétique d'ailleurs.

Puma
Puma est aussi un peu à part avec sa GTB, tout comme la
Santa Matilde SM, toutes deux équipées du 6 cylindres
4,1 l des Chevrolet Opala. Mais ces voitures étaient très
chères, la GTB coûtait le prix d'une Alfa Romeo TI
et la SM plus cher que la Landau, très haut de gamme de chez
Ford. Qui se rappelle que cette fameuse Santa Matilde SM a fait
une incursion au salon de Montréal dans les années
80 à des fins évidentes de commercialisation qui se
révélèrent sans lendemain?

Santa Matilde SM
Toujours dans ces mêmes années 80, vous vous souviendrez
de ces MP Lafer vendues au compte-goutte chez nous: des répliques
de MG TD/TF sur mécaniques Volkswagen, de pure souche brésilienne!
Pour d'évidentes raisons de prix de revient, tous ces constructeurs
utilisèrent les éléments mécaniques
Volkswagen. Il en était ainsi des voitures de "sport",
Aldo avec sa Miura (ça ne s'invente pas!), Bianco, Malzoni
(le fils de l'autre), Adamo (ne riez pas), WMV (Wladimir Martins
Veiculos), mais aussi des véhicules tous chemins (Gurgel)
et quelques répliques, Lafer, déjà nommé,
Tander (Bugatti 35) et évidemment une kyrielle de buggys.
Nous sommes au Brésil, pays des plages, ne l'oubliez pas!

Gurgel
De toute évidence, tous ces petits constructeurs n'ont fleuri
que grâce (!) à un marché fermé, car
dès que le Brésil s'ouvrira à l'importation,
les "petits" s'effondreront l'un après l'autre.
Fin d'une époque, bonjour mondialisation et monotonie
©VEA
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