LE TOUR DU MONDE DES MARQUES
Les CHRYSLER hors série
(1940 - 1963)
À l'instar de General Motors, mais avec moins de panache
que ce dernier avec ses "Motoramas" (voir
les "Dream Cars" des années 50 chez General
Motors), Chrysler a produit de nombreux "Show Cars" (que
l'on nommerait ajourd'hui "Concept Cars").
Le premier "show car" de Chrysler: Chrysler Newport Dual
Cowl Phaeton (1940-41) carrosserie de LeBaron. Fabriqué à
5 exemplaires dont un à l'usage de Walter Chrysler et un
autre pour l'actrice Lana Turner.
Chrysler Newport Dual Cowl Phaeton Indy Pace Car (1941)
|
La Chrysler Newport Dual Cowl Phaeton de Lana Turner
|
Au même moment, apparaît la Chrysler Thunderbolt,
un cabriolet à toit rétractable (une idée venue
de chez Peugeot avec la série des "Eclipse"), à
la ligne "ponton" moderne, même si le dessin reste
bien flamboyant.
Chrysler Thunderbolt
|
Chrysler Thunderbolt
|
Pour d'évidentes (et malheureuses) raisons,
il faudra attendre 1951 pour voir le prochain show car: la Chrysler
K310.
Entré chez Chrysler en 1949, Virgil Exner est alors chef
du "studio de style avancé" (advanced styling studio),
indépendant du responsable du dessin des voitures des productions,
Henry King. Pendant ces trois premières années, il
créa de remarquables show cars construits par Ghia.
Sa première réalisation est le coupé Chrysler
K310 réalisé chez Ghia en Italie. Pourquoi l'Italie
et pourquoi Ghia? Il semblerait que le savoir-faire des maîtres
carrossiers avait déjà disparu à cette époque
aux États-Unis et que la patrie de cette corporation est
l'Italie. Ensuite, il s'agissait d'une question de coût: la
main d'uvre y était meilleur marché. Enfin,
pourquoi Ghia? Il est évident là aussi que le prix
de revient chez Ghia était inférieur à celui
de chez Pinin Farina.
La K310 présente quelques idées reprises sur les
prochaines voitures de production: les sièges avant 1/3 -
2/3, les poignées de portes encastrées, les passages
de roues ronds et les roues à rayons, la calandres quadrillée
(egg-crate grille), les feux arrières posés
sur les ailes et la fausse roue de secours intégrée
dans le couvercle de coffre.

Chrysler K310 1951
Le rôle de la K310 était de présenter
le savoir-faire de Chrysler en matière d'évolution
esthétique de la marque en faisant le tour des concessionnaires
à travers le pays. Ce fut un succès. La version décapotable
C200 qui suivit en 1952 poursuivait le même but...

La Chrysler C200 avant son embarquement pour l'Amérique
Ci-contre, la C200 à son arrivée!
|
|
Deux créations d'Exner suivent en 1953, la
GS1 et le "Coupe d'Elegance", duquel la Volkswagen Karmann-Ghia
est directement inspirée à une échelle plus
petite!
La GS1 est légèrement modifiée par rapport
au "Coupe d'Elegance" et sera vendue à 400 exemplaires
par France Motors, le distributeur français de Chrysler sous
le nom de Chrysler ST Special.
Chrysler Coupe d'Elegance
|
Ghia GS1
|
Parallèlement aux Chrysler, les autres divisions ne seront
pas oubliées. Même si DeSoto ne sera pas particulièrement
favorisé, annonçant peut-être sa disparition
pas si lointaine, ce sera différent avec Dodge et la série
des Firearrow.
Plymouth Explorer Special 1954
|
DeSoto Adventurer 1954
|
Il est à noter que toutes ces voitures étaient
parfaitement opérationnelles et utilisables, ce qui n'a pas
toujours été le cas des "show", "dream"
et autres "concept cars".
Dodge Firearrow 1953
|
Dodge Firearrow II 1953
|
Dodge Firearrow III
|
Dodge Firearrow IV (Firebomb)
|
La Dodge Firearrow IV conduira à une série
de voitures d'exception, curieusement peu connues, bien que de nombreuses
personnalités les aient possédées. Elles furent
vendues aux États-Unis sous la marque Dual-Ghia de 1956 à
1958, puis Dual-Ghia L6.4 jusqu'en 1963, ce dernier modèle
ayant été dessiné de nouveau par Virgil Exner.
Pas plus d'une centaine de Dual-Ghia et une petite trentaine de
L6.4 furent fabriquées.
Dual-Ghia L6.4 1960
|
Dual-Ghia L6.4 1960
|
En marge des voitures réalisées par
Ghia, Chrysler poursuit la présentation des "Dual Cowl
Phaeton", lesquelles préfigurent la future nouvelle
division du constructeur en 1955: Imperial, qui n'avait été
jusque là que le haut de gamme de Chrysler. L'histoire de
cette marque qui devait concurrencer Cadillac et Lincoln, et qui
le fit quelquefois avec brio, est un des ratés du "marketing",
et mérite à elle seule un article approfondi... (que
vous trouverez ici)
Imperial Dual Cowl Phaeton 1952
|
Imperial Dual Cowl Phaeton 1955
|
En 1955, apparaissent trois nouveautés, les
Chrysler Falcon, Flight Sweep I (cabriolet) et Flight Sweep II (coupé),
ces deux dernières annoncent les Chrysler de série
en 1957.
Chrysler Falcon 1955
|
Chrysler Flight Sweep I
|
En 1956, c'est au tour de la Chrysler Dart, laquelle
sera modifiée en 1957 et présentée sous le
nom de Diablo. Quant à la Norseman, elle aura, un destin
plus tragique. Attendue avec impatience, elle n'arrivera jamais
et sombrera en mer avec son transporteur, le paquebot Andrea Doria.
Chrysler Dart 1956
|
Chrysler Norseman 1956 chez Ghia
|
Il semblerait que Virgil Exner n'ait été
guère satisfait de la Chrysler Imperial de 1958, et on le
comprend! Ses lignes tourmentées n'apportent pas grand chose.
Une fois de plus, Chrysler entretient l'ambiguïté sur
sa nouvelle division Imperial en nommant cette voiture Chrysler
Imperial...

Chrysler Imperial 1958
Comme chez ses concurrents, la crise économique
fait marquer une pause chez Chrysler et ce ne sera pas avant 1961que
les show cars reprendront du service, en l'occurence via cette TurboFlite,
voiture à turbine carrossée par Ghia. Ce sera la dernière
réalisation de Virgil Exner pour Chrysler.

Chrysler TurboFlite
En 1963, c'est au tour de la Chrysler Turbine, toujours
carrossée par Ghia, du moins pour les cinquante premiers
prototypes, avant d'envisager une petite production afin de tester
ce véhicule complètement opérationnel équipé
d'une turbine de 130 ch. Cette fois le dessin est du à Elwood
Engel, nouveau chef du design chez Chrysler.

Chrysler Turbine
Ici s'arrête notre histoire sur ces merveilleuses
années où rien ne semblait laisser croire que les
voitures de rêve ne pourraient continuer à entretenir
ce fantasme tellement humain.
©VEA
|