LE TOUR DU MONDE DES MARQUES

Les fabuleuses voitures américaines des années 50

Nous ne rentrerons pas ici dans les détails de la production des voitures américaines de ces années, le sujet est amplement couvert ailleurs. Nous souhaitons simplement souligner cette époque merveilleuse où le rêve américain se vivait sans contrainte. L'industrie automobile de cette époque en est la preuve.

La production de voitures avait cessé à la fin de 1942 aux États-Unis. L'effort de guerre nécessitait toutes les ressources de la Nation. C'est en 1946 que reprendra la fabrication des modèles d'avant-guerre afin de satisfaire la demande croissante de voitures neuves. Le temps que la machine se rode et en 1948, les carrosseries évoluent: la ligne "ponton" commence à s'imposer. Ce ne sera guère avant 1949 que les mécaniques changeront. Cadillac, toujours fidèle au V8, modernisera celui-ci en le dotant de soupapes en tête tout en proposant en option (depuis 1941) sa fameuse transmission automatique, maintenant nommée Hydra-Matic.
Tout va s'accélérer dans les années 50. Les carrosseries évoluent de plus en plus et les changements sont souvent radicaux et surtout annuels, en particulier chez General Motors. Les divisions Chevrolet, Pontiac, Oldsmobile, Buick et Cadillac s'offriront donc de nouveaux "habits" tous les ans, ceci accompagné d'une course à la puissance, le moteur standard est un V8, et les dimensions de plus en plus imposantes.
Aiguillonnés par GM, Chrysler et Ford n'en resteront pas là, ils en viendront bien vite aux V8 à soupapes en tête et aux boîtes automatiques, oubliant leurs moteurs à soupapes latérales, et Chrysler proposera même en 1951 son fameux Hemi qui évoluera jusqu'à la première vraie "muscle car" de série, la C-300 de 1955, fondatrice de la fameuse série des "Letter cars".


Chrysler C-300 1955

Il n'en sera pas de même pour les autres constructeurs que ces "Trois Grands". Hudson, Frazer, Nash, Packard, Studebaker auront bien du mal à suivre le rythme imposé par ceux-ci et finiront après bien des tentatives d'union à sombrer les uns derrière les autres, et pour finir, formeront American Motors qui vivotera à l'ombre des trois géants. Monde injuste! En effet, les efforts de modernisation accomplis par Nash avec ses carrosseries autoporteuses, ne lui permettaient pas d'en modifier le dessin avec autant d'aisance que les bons vieux châssis séparés que l'on pouvait rhabiller à moindres frais.

Si techniquement la structure des voitures reste très conventionnelle: châssis, différentiel rigide suspendu sur des ressorts à lames pour la plupart, freins à tambour, c'est plus dans le domaine des accessoires, utiles ou superflus, que l'industrie américaine se fera remarquer.
Dans l'utile on notera la direction assistée, rendue obligatoire par le poids sans cesse plus élevé des créations de Detroit. Mais qui en 2009, même sur une petite voiture, se passerait de cet accessoire? On pourrait en dire tout autant des freins assistés, des vitres électriques, de la climatisation et d'autres "gadgets" déjà présents à cette époque.

Cadillac fait partie des grands innovateurs dans ce domaine, en 1957, son Eldorado Brougham, hors de prix, est équipée déjà de ce qui paraît aujourd'hui seulement confortable. Sont automatiques: vitres, verrouillage central, antenne, ouverture du coffre, frein de stationnement, allumage des phares, sièges et leur mémoire, démarreur… À quoi s'ajoutent l'air climatisé, le régulateur de vitesse, les rétroviseurs polarisés, mais aussi une affriolante collection de "délicatesses": gobelets en argent magnétiques dans la boîte à gants, distributeurs de cigarettes et de papier mouchoirs, ensemble de rouge à lèvres, poudrier avec miroir, carnet de notes en cuir assorti avec miroir et peigne, et un flacon de parfum Arpège de Lanvin. Qui dit mieux?
Oui, les freins sont toujours à tambours, mais la suspension est pneumatique, certes moins fiable qu'une DS, mais son onctueux V8 de 325 chevaux associé à une boîte automatique et un différentiel autobloquant en font tout de même une excellente grande routière bien adaptée à l'Amérique de ses années où le pétrole était plutôt bon marché! De toute façon, ce détail n'intéressait pas les 707 acheteurs de ces Cadillac en 57-58, payées 13,074 $ alors que la moins chère de leurs petites sœurs était vendue 4609 $!


Cadillac Eldorado Brougham 1957-58

C'est surtout dans le domaine de l'esthétique que cette époque se démarque particulièrement.
En effet, le styliste devient aussi important dans la création des carrosseries que le motoriste dans l'évolution des mécaniques, sinon plus, puisqu'à toute fin pratique, les V8 de l'industrie évolueront peu au cours de ces décennies, tout comme les châssis, même si la tendance va vers les châssis périphériques au détriment des classiques châssis "à échelle", dans le but d'abaisser la hauteur des voitures pour le plus grand bénéfice... de l'esthétique!

Si aujourd'hui, l'espérance de vie d'un modèle donné est de six à dix ans, avec un bricolage cosmétique à mi-vie, l'industrie américaine avait déjà compris l'intérêt du châssis commun à toutes ses "divisions" et donc la possibilité de greffer l'identité de chacune des marques par le biais de carrosseries différentes. Ce sera surtout vrai pour General Motors qui changera la physionomie de ses modèles tous les ans! Y compris la cellule habitable, du moins presque tous les ans, ce que ne pouvaient revendiquer ses deux principaux antagonistes Ford et Chrysler.
Les fabuleuses années 50 verront donc une évolution éblouissante dans l'esthétique des "belles" américaines, avec un point culminant en 1959, où les ailerons atteindront des sommets... extravagants!
Les ailes de mouette des Chevrolet, les lames tranchantes des Cadillac, pour ne nommer qu'elles, ne seront progressivement terrassées qu'à partir de 1960, au profit de lignes plus sobres, pourtant encore bien éloignées des critères européens. Les dimensions éléphantesques resteront au programme pendant encore quinze ans, malgré les tentatives faites en 1960 de faire plus petit: les "compactes", Corvair, Tempest, Falcon et autres Dart auront bien du mal à convaincre les consommateurs américains. Mais ceci est encore valable en 2009!

voir aussi:
les Chrysler hors série (1940-1963)
Imperial (1955-1983)
les "Dream Cars" des années 50 chez General Motors
les "Muscle Cars"

©VEA

 

 


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