LE TOUR DU MONDE DES MARQUES

IMPERIAL (1955 - 1983)


Imperial, tel était le nom des Chrysler "haut de gamme". À défaut d'être très original, ce nom a le mérite de se comprendre dans toutes les langues avec toute la majesté qu'il impose de lui-même.
Jusqu'en 1954, les Chrysler Imperial étaient les voitures les plus luxueuses du constructeur, et en 1955, coup de génie "marketing", les dirigeants, sans doute lassés de voir les ventes de ces voitures stagner par rapport à leurs grandes rivales Cadillac et Lincoln, décident de créer une nouvelle division de luxe à l'instar de General Motors et Ford. Elle s'appellera Imperial! Bonne ou mauvaise idée? Mauvaise, sans aucun doute, mais pas seulement par le fait de nommer une nouvelle division d'un patronyme déjà utilisé, mais surtout par le fait qu'il ne semble jamais avoir eu de cohésion de la part du fabricant pour garantir le panache de cette marque afin de faire oublier à jamais les Chrysler Imperial…

Même dans le milieu des collectionneurs ou simplement amateurs de voitures, il n'y a guère que les connaisseurs de cette marque pour s'offusquer d'entendre le vocable honni, et de rétorquer: "diriez-vous Ford Lincoln ou General Motors Cadillac?". L'interlocuteur, penaud, n'aura pas d'arguments pour relancer le débat et se contentera d'écouter la petite histoire suivante:

En 1955, la gamme Chrysler est remaniée de haut en bas et le slogan est "100 million dollars look", ce qui traduit bien les lignes élégantes et racées des nouvelles voitures dont Virgil Exner, le patron du style, peut être fier. Imperial trône dans la hiérarchie et sa gamme comprend trois modèles: une berline, un coupé et une limousine. Elles se démarquent de leurs sœurs plus modestes par l'absence de référence au nom Chrysler, seul le blason (l'aigle impérial) orne l'avant de la voiture tandis que le nom est fièrement indiqué sur les ailes avant et le coffre. Première erreur: si la berline quatre portes s'appelle Imperial tout court, le coupé se nomme Imperial "Newport", comme dans les séries Windsor et New Yorker, ce qui donne dans ce dernier cas: "Chrysler New Yorker Newport two Door Hardtop", simple, non?
La limousine ajoute encore à la confusion puisqu'elle s'appelle Crown Imperial.


Crown Imperial 1955

Crown Imperial 1956

En 1956, on corrige le tir, la berline s'appellera toujours Imperial tout court, la berline sans montant Southampton 4 door Hardtop et le coupé Southampton 2 door Hardtop!
La gamme est remaniée de nouveau en 1957 et on ajoute à l'Imperial tout court, les finitions Crown et Le Baron, toutes disponibles en sedan (portes avec montant) et Southampton coupé et berline 4 portes hardtop, les limousines dorénavant fabriquées chez Ghia en Italie s'appellent toujours… Crown Imperial, à ne pas confondre avec Imperial Crown!
Ajoutons que cette même année 1958, un prototype du à Virgil Exner est présenté sous le nom de Chrysler Imperial! (voir l'article sur les Chrysler hors série).

Cet exemple détaillé de ces trois années de départ de la nouvelle division de prestige montre bien la confusion qui semble régner.
Malgré tout, les Imperial demeureront des automobiles exquises et désirables, car si les bases mécaniques sont semblables à leurs sœurs, elles se démarquent sur le plan de la finition et de l'esthétique, quelquefois jusqu'à friser le baroque, mais c'était le lot de toutes les américaines à cette époque.


Crown Imperial Ghia 1957

Les Imperial se remarquent entre autres par les feux arrières en surplomb en 55-56, qui deviendront intégrés dans le haut des ailes alors que celles-ci prendront de l'altitude et ce jusqu'en 1961, alors qu'apparaissent les phares rapportés à l'extérieur des ailes avant. 1962 voit les ailerons terrassés avec un arrière beaucoup plus sobre et le retour des feux en forme d'obus, l'emblème et son aigle trône fièrement sur la capot avant. En 1963, dernière année de cette génération "Virgil Exner", s'en est fini des feux arrières typiques, seuls les phares demeurent originaux.


Imperial Crown 1961 convertible

Tableau de bord Imperial 1961

Imperial Crown 1962 Coupe

Côté mécanique, le fameux moteur V8 "Hemi" est associé à une boîte automatique deux vitesses (PowerFlite) en 55 et 56, commandée par un petit levier en 55, cette commande deviendra à boutons poussoirs en 56 jusqu'en 1964. En 1957, cette boîte sera à 3 vitesses (TorqueFlite). Le "Hemi" verra sa cylindrée passer de 331 pc (5.4 litres) en 1955, 354 pc (5.8 litres) en 56 et 392 pc (6.4 litres) en 57 et 58, la puissance suivant la même progression, jusqu'à son remplacement par un V8 plus conventionnel de 413 pc (6.8 litres) de 1959 à 1965 et enfin 440 pc (7.2 litres) ensuite!

Si les limousines, ou Crown Imperial sont fabriquées chez Chrysler en 55 et 56, de 57 à 65, elles seront réalisées chez Ghia en Italie où elles recevront un traitement de reine à un prix... de roi! Pour environ trois fois le prix d'une Imperial de série, vous aviez droit à une automobile exclusive. Voici les chiffres de production de ces éblouissantes limousines:

1955
1956
1957
1958
1959
1960
1961
1962
1963
1964
1965
172
170
36
31
7
16
9
0
12
10
10

La nouvelle gamme 1964, dessinée sous la direction de Elwood Engel (auteur de la Lincoln Continental 1961), devient nettement plus classique et sobre, seul l'arrière et son embryon de roue intégrée sur le couvercle de coffre lui donne de l'originalité.


Crown Imperial Ghia 1965, la fin d'une lignée exclusive

Rien de bien excitant en 1967-68, les Imperial gardent néanmoins des traits esthétiques différents.


Imperial 1967

De 1969 à 1973, pas de grands bouleversements, elles suivent les renouvellements des autres divisions de Chrysler, les différences vont en s'amenuisant.


Imperial LeBaron coupé 1971

Chrysler récidive avec cette Imperial 1973 "by Chrysler"

Les dernières Imperial sortiront en 1975, il n'y a, à ce moment là, guère plus que les badges et la finition qui les démarquent des haut de gamme New Yorker de "Chrysler".


Imperial Le Baron 1975

Chrysler New Yorker Brougham 1976

Alors, c'est fini?
Vous connaissez bien mal Chrysler! En 1981, la marque est ressortie des tiroirs et sort un coupé personnel de luxe (Personnal Luxury Car)! Ceci dans le but avoué de concurrencer ses ennemis de toujours, Cadillac Eldorado et Lincoln Continental Mk IV-V qui se vendent comme des petits pains.
La recette utilisée est très simple: reprendre un modèle de la gamme (Chrysler Cordoba), bricoler l'esthétique pour "l'impérialiser" en copiant la Cadillac Seville néo-rétro, adjoindre au bon vieux V8 318pc (5,2 litres) un système d'injection électronique pour faire moderne (qui ne marchera jamais) et la tapisser de cuir signé Mark Cross et de moquette en laine de mouton.
Où est l'erreur? La voiture, pour élégante qu'elle soit, est d'une architecture mécanique totalement dépassée (essieu rigide sur ressorts à lames, freins à tambours arrière, entre autres vieilleries), d'un encombrement sans rapport avec son habitabilité. Ensuite, et pour en rajouter dans la logique des noms chez Chrysler, la voiture est bien badgée Imperial, les seuils de porte mentionnent la qualité Chrysler, et sur le capot trône la fameuse étoile à cinq branches ("pentastar"), tandis que les "opéra lamps" et le centre du volant sont ornés du même pentastar sous forme de diamant signé Cartier!
Les clients potentiels ne se bousculeront pas, et en 1983 après un peu plus de 10.000 ventes, Chrysler ferme de nouveau sa division!

Alors, c'est fini?
Mais non, voyons! En 1990 naît une nouvelle Imperial, issue des fameuses K-cars, ces petites voitures qui ont sauvé Chrysler de la faillite, elles-mêmes issues techniquement de la bien française Simca Horizon. Allongée, élargie, dotée d'un V6 de 3,8 litres, d'une suspension pneumatique, de tous les gadgets indispensables et d'une finition haut de gamme, elle est déjà démodée à sa sortie, carrée, toit "Landau", personne n'en voudra vraiment et en 1993 la production s'arrête!


Imperial 1981 (au fond) et 1992

Imperial 1981 (à gauche) et 1992

Imperial 1981 (à droite) et 1992

Alors, c'est fini?
Oui et non! En 2005, Chrysler présente une nouvelle Imperial, mais il ne s'agit que d'un "concept car". Jugez par vous-même, mais soyez certains que quelques amateurs regrettent que ce projet soit resté un projet! Qui sait ce que peut nous manigancer Chrysler, si la compagnie tient le coup, et pourquoi pas ressortir une division Imperial "proudly built by Chrysler" vers 2020?


Concept car Imperial 2005

Voir le site sur les Imperial, extrêmement documenté: http://www.imperialclub.com (en anglais)

©VEA

 

 


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