LE TOUR DU MONDE DES MARQUES
Le Japon
par Yves Boulanger
Au début du 20e siècle, lorsque l'automobile commença
à se populariser en Europe, des centaines de créateurs
voulurent fabriquer leur propre modèle mais leurs ambitions
de production furent la plupart du temps déçues. Le
mouvement s'étendit rapidement à l'Amérique
mais aussi au Japon. Quelques automobiles y furent fabriquées
dès la fin du 19e siècle, mais la situation sociale
ne se prêtait guère à ce genre de mouvement.
Tout de même, 3 associés fondèrent en 1911
la "Kwaishinsha Motorcar Works" avec le but de construire
des camions. Ils tentèrent leur chance sur le marché
automobile avec un modèle auquel on donna le nom de "DAT"
composé de leurs trois initiales. La DAT modèle 41
était très conventionnelle; elle se vendit au compte
goutte. La demande pour les camions était cependant bonne,
d'autant plus qu'en 1923 un tremblement de terre causa des dommages
sérieux aux infrastructures ferroviaires. Un peu plus tard,
le conflit entre le Japon et la Chine engendra une forte demande
de véhicules militaires.
En 1917 la "Mitsubishi Shipbuilding" goûta à
cette aventure en assemblant au Japon des Fiat Tipo 3. Seulement
22 autos furent produites. De façon similaire, la "Ishikawajima
Shipbuilding and Engineering" entreprit en 1922 l'assemblage
de la Wolseley A-9; cette production fut également de courte
durée.
Vers la même époque, William Gorham, un Américain,
conçut une mini voiture d'abord à 3 puis à
4 roues qui fut fabriquée sous le nom de Lilo par le constructeur
de camions Jitsuyo Jidosha Seizo, filiale du groupe industriel Kubota.
En 1926, La Jitsuyo Motors fut absorbée par la DAT.

Otomo 1925
Au milieu des années 20, Ford et Chevrolet implantèrent
tous deux des usines d'assemblage au Japon. Leur production suffisait
largement à la demande encore naissante, principalement pour
les taxis.
Le marché des véhicules commerciaux était
toujours florissant et vers 1930 deux groupes industriels, la "Hatsudoki
Seizo" et la "Toyo Kogyo" débutèrent
l'assemblage de triporteurs motorisés, plus proches de la
motocyclette que de l'automobile proprement dite. Le produit de
Toyo Kogyo se nommait "Mazdago".
Au début des années 1930, le gouvernement japonais
achetait beaucoup de véhicules à fins militaires;
il incita les industriels à développer l'industrie
automobile. L'une des firmes qui répondit à cette
demande fut la Nippon Sangyo qui acquit la DAT Motors et lui donna
un nouvel essor. Gorham y développa alors un nouveau modèle
de 500cc qui fut lancé en 1931 sous le nom Dat-Son, soit
"petite DAT" - une sorte d'Austin Seven à la japonaise.
Le nom fut changé pour Datsun en 1933, car en japonais "son"
signifie "perte". La raison sociale de l'entreprise devint
Nissan Motors l'année suivante. Dès 1936, la production
fut mécanisée suite à l'acquisition des outillages
de la défunte américaine Graham Paige, toujours sous
l'influence de Gorham. Quelques Graham Paige japonaises furent même
produites.

Datsun Model 16 1937
Une autre firme qui répondit à la demande du gouvernement
fut la Toyoda Automatic Loom Works. Elle débuta la fabrication
automobile avec le modèle AA en 1935, fortement inspiré
de la conception américaine dont notamment le style de la
Chrysler Airflow. En 1936 le nom fut changé pour Toyota pour
des raisons d'image et de phonétique. L'image était
à la mode, et la Ishikawajima Shipbuilding and Engineering
renomma sa division camions "Isuzu".

Toyoda Model AA 1936
En 1937, Mitsubishi Heavy Industries fit un deuxième essai
de production automobile avec une 4 roues motrices nommée
PX33 destinée à des fins militaires. Au même
moment, la Suzuki Loom Company développa une petite voiture
ingénieuse; mais ces deux projets n'entrèrent pas
en production.
A l'entrée en guerre du Japon, les principaux acteurs de
l'industrie automobile d'aujourd'hui sont presque tous en place;
mais collectivement ils n'ont produit que quelques milliers d'autos.
Rien ne peut alors laisser présager l'importance que l'industrie
automobile japonaise connaît aujourd'hui
Après la guerre, le gouvernement d'occupation n'autorisa
la fabrication d'automobiles qu'à partir de 1949, excepté
quelques véhicules destinés à des fonctions
officielles. Toyota lança un modèle compact à
moteur 1 litre et au design moderne, nommé "Toyopet
SA", tandis que Nissan rhabilla son archaïque Datsun sous
une carrosserie dite "standard" qui avait plutôt
l'air d'une camionnette, pour se reprendre avec une "de luxe"
plus contemporaine en 1950. Sur cette base, Nissan se permit même
en 1951-52 la fantaisie d'une première "Datsun Sport",
un peu semblable à une Singer SM en réduction

Toyopet SA 1951
En 1951 la Hatsudoki Seizo fut renommée Daihatsu; elle tenta
de lancer une berline à trois roues nommée "Bee"
mais après 300 exemplaires, choisit de se concentrer sur
ses triporteurs pour encore quelques années. Mitsubishi produisit
des Kaiser Henry J (1951 à 1954) et des Jeep Willys (jusqu'en
1998) tout en poursuivant la fabrication de triporteurs.
La Tachikawa Aircraft Company (note
1) lança en 1952 une berline de son design, très
conventionnelle avec ses essieux rigides et son moteur 1500 cc,
qu'elle nomma "Prince" en l'honneur du prince héritier
Akihito. Les chauffeurs de taxi auxquels cette catégorie
d'autos était destinée voyaient les suspensions indépendantes
d'un mauvais il, étant donné l'état désastreux
des routes du pays. Toyota abandonna d'ailleurs les suspensions
indépendantes de sa Toyopet pour cette raison.
A cette époque, le ministère du commerce international
et de l'industrie (MITI) craignait que le marché automobile
japonais ne soit envahi par les produits étrangers; en fait
le Japon connaissait une vague d'importation d'autos usagées
des USA. Il incita les industriels, fonds à l'appui, à
fabriquer au Japon des produits étrangers faute d'avoir l'expertise
de concevoir des automobiles modernes. Trois entreprises répondirent
à l'appel: Isuzu en produisant des Hillman Minx à
partir de 1952; Hino, un autre constructeur de camions, des Renault
4 CV (1953 à 1959) et Nissan, des Austin A40 Somerset et
A50 Cambridge (1953 à 1959).
Dans les trois cas, la production débuta par l'assemblage
de pièces importées dont la fabrication fut graduellement
rapatriée à 100% au Japon, laissant une empreinte
considérable sur les modèles japonais de ces trois
marques pour les années à venir. Entre-temps la 4CV
y était notamment bien adaptée comme taxi. L'aventure
des occidentaux au Japon fut mouvementée: la défaite
est encore récente. Au départ, accueil glacial des
représentants; barrière culturelle dont le mode d'emploi
était encore peu connu; technologie à implanter souvent
inconnue. On alla jusqu'à installer des machines-outils de
récupération sur l'herbe
Les administrateurs de la Régie Renault étaient convaincus
que les Japonais mettraient au moins 15 ans à intégrer
complètement la fabrication de la 4CV; certains doutaient
qu'ils y arrivassent. Dès le début, la qualité
des autos assemblées par Hino ne laissait rien à désirer
à leurs cousines de Billancourt. Malgré tous les efforts
de Renault, après 5 ans Hino maîtrisait non seulement
la fabrication de toute l'auto mais avait aussi débuté
la conception de son propre modèle (note
2). Le transfert technologique s'était fait.
Le renouvellement des contrats avec les Européens devint
inutile
Mais entre temps, le MITI avait lancé un autre programme
destiné à susciter la fabrication de microvoitures
adaptées au petit pays qu'est le Japon : un cahier de charges
fut dressé autour d'une motorisation de 300 cc.
La Suzuki Motors qui fabriquait depuis 1952 des bicyclettes motorisées
fut la première à se lancer dans cette aventure avec
sa "Suzulight" de 1955: traction avant, 360 cc deux temps.
Elle fut la première d'une longue lignée qui se poursuit
aujourd'hui sous la forme des Kei-Cars, souvent de conception fort
originale, et pour lesquelles le propriétaire jouit de taxations
réduites et est exempté de l'obligation de détenir
une place de stationnement. (note 3)

Suzulight SL 1957
Pendant ce temps, Toyota lança en 1955 la nouvelle Toyopet
Crown très conventionnelle. Cette berline de 1500 cc toujours
destinée au marché du taxi remit tout de même
la suspension avant indépendante au goût du jour. Prince
renouvela également en 1957 sa berline 1500 cc et se permit
un pont arrière De Dion.

Toyopet Crown RSD 1955
A partir de ce point, les manufacturiers commencent à étoffer
leurs gammes à un rythme fulgurant : les programmes du MITI
avaient porté fruit. Au tournant des années 1960,
apparurent une pléiade de nouveaux modèles :
· Dans la catégorie micro, Fuji Heavy Industries
lança sa Subaru 360 en 1958 puis Toyo Kogyo, sa Mazda R360
(la première 360cc 4 temps) en 1960.

Subaru 360 Model K111 1958

Mazda R360 1961
· En dépit des exemptions fiscales pour les 360cc,
les manufacturiers crurent qu'une 4 places de cette taille était
sous motorisée. Mitsubishi lança en 1960 une 500cc
4 places suivie en 1961 de la Colt 500
de 600cc. Puis en 1960
Hino lança sa Contessa 900cc, héritière technologique
de la 4CV; Toyota, sa Publica 700cc à moteur 2 cylindres
opposés type Panhard, et en 1963 Daihatsu, sa Compagno 800cc
plus conventionnelle.

Hino Contessa 1961
· Les Japonais commencèrent à se payer des
fantaisies: en 1959, premier roadster Datsun à l'anglaise,
héritage BMC oblige, la "Fairlaidy"; au début
1960, versions coupé et cabriolet de la Prince Skyline, dessinées
par nul autre que Michelotti; en 1962, coupé Toyota Sport
800 à toit amovible sur base Publica; en 1964, le coupé
Nissan Silvia dessiné par Goertz et en 1965, version sport
de la Daihatsu Compagno carrossée par Vignale.

Datsun Fairlady 1963

Toyota Sports 800 1965
· En 1963, Hino fit passer sa Contessa en 1300cc, fit redessiner
la carrosserie par Michelotti et introduisit un coupé dans
sa gamme
puis tenta l'exportation vers l'Europe.
Mais il manquait encore un joueur, et pas le moindre. Revenons
un peu en arrière.
Au début des années 1920, un adolescent finit son
éducation primaire. Il s'appelait Soichiro Honda. Impressionné
par l'automobile, il devint apprenti dans le principal atelier mécanique
de Tokyo. Il y apprit non seulement la mécanique, mais il
y participa à la construction de quelques voitures de course
qu'il apprit à piloter. À 21 ans, il dirigeait la
succursale de l'entreprise. À 30 ans, il lança une
usine de fabrication de pièces automobile. Ingénieur
autodidacte, Honda montra d'emblée qu'il maîtrisait
l'importance capitale de l'assurance qualité et de l'organisation
de la production. Fournisseur militaire, cette usine fut détruite
pendant la guerre.
En 1946, le vélo était le moyen de transport de bien
des Japonais. Soichiro Honda motorisa une bicyclette avec un moteur
de génératrice de radio; il la fit essayer par son
épouse avec succès, ce qui confirma que le produit
répondait à un besoin. Une " usine " fut
installée en partie dans une baraque, en partie dans un champ.
On employa d'abord des moteurs de surplus militaires; rapidement
la demande amena Honda à créer son premier moteur.
Honda approcha un génie du marketing, Takeo Fujisawa, et
en fit son partenaire. Cet homme complétait à merveille
le génie créatif de M. Honda.
Dans un marché en ébullition, Honda devint en 7 ans
le plus important constructeur de motos du Japon. Mais pour M. Honda,
être premier dans le petit pays qu'est le Japon n'était
rien: il fallait devenir le premier au monde. Il choisit alors de
se mesurer aux meilleurs: une équipe de compétition
alla affronter les Européens au Tourist Trophy de l'Île
de Man. 5e place la première année, seconde la deuxième,
puis triplé 1er -2e - 3e en 1961
en 125 comme en 250
cc, qu'ils accompagnèrent d'une série d'autres victoires
en sol européen. En 15 ans Honda était arrivé
au sommet de l'industrie de la moto.
Mais pour Soichiro Honda la moto n'était pas encore assez.
Passionné d'automobiles, il avait mis sur pied une petite
équipe qui avait pour tâche secrète de concevoir
une voiture sport et une camionnette, toutes deux dans la catégorie
des 360cc. Honda cherchait ainsi à pénétrer
des créneaux non explorés par ses concurrents. Au
début des années 60, le MITI annonça un projet
de loi visant à "structurer" l'industrie automobile:
concrètement, ce projet allait interdire à tout nouveau
constructeur de lancer une production automobile ou encore de changer
de créneau. Honda s'opposa officiellement et décida
de lancer en urgence la production de ses projets. La voiture sport
passa à 500cc de façon à placer Honda dans
deux créneaux distincts dès son entrée sur
le marché.
C'est ainsi qu'en 1963 Honda lança sa S500 décapotable
et sa camionnette. Contrairement à ce que plusieurs pensent,
son moteur 4 cylindres double arbre en aluminium refroidi par eau
ne provenait pas d'une motocyclette. Comme le reste de l'auto, c'était
une création tout à fait originale, en particulier
son différentiel monté sur la caisse et transmettant
la puissance aux roues par des chaînes logées dans
les tirants de suspension. Un peu semblable en apparence à
une MG Midget, elle était 20 cm plus courte et ses caractéristiques
en faisaient plutôt la sur cadette d'une Lotus Elan
(note 4). Malgré sa faible cylindrée,
ses performances étaient très semblables à
celle d'une Midget.

Honda S500 1964
Cette petite S500 évolua en 600 puis en 800cc; on en exporta
un certain nombre en Europe mais très peu en Amérique.
Mais cette auto modeste montra au monde entier que les Japonais
savaient faire autre chose que du réchauffé.
Et si cela ne suffisait pas, Honda préparait une monoplace
de Formule 1. Soichiro Honda croyait énormément à
l'importance de la course à titre de laboratoire. La monoplace
Honda qui s'aligna au départ du Grand Prix d'Allemagne 1964
était inspirée d'une Cooper acquise par l'usine
(note 5). Après des débuts difficiles,
Honda remporta la dernière épreuve de 1965 au Mexique.
L'arrivée de la formule 3 litres en 1966 causa un certain
recul et Honda ne participa qu'à 3 courses; une victoire
fut marquée à Monza en 1967. Pour 1968 Honda voulut
miser sur un moteur refroidi par air; l'auto fut détruite
à sa première sortie, causant le décès
du pilote Jo Schessler et le retrait de Honda.
Honda eut certainement un effet d'entraînement sur les autres
manufacturiers japonais, car l'ensemble de l'industrie sembla connaître
une vague d'évolution technologique. D'abord, Mazda présenta
en 1964 le coupé Cosmo, la seconde auto à moteur rotatif
de l'industrie mondiale (après le Spider Wankel NSU); puis
Toyota annonça en 1965 la 2000GT, une sublime GT merveilleusement
équilibrée. Si sa ligne générale semblait
inspirée d'une Jaguar E-Type, ses caractéristiques
techniques en faisaient plutôt une Lotus Elan senior (encore
elle). Placement de produit précoce, Toyota construisit deux
cabriolets 2000GT pour le film "James Bond: On ne vit que deux
fois". Les 2000GT furent construites par Yamaha en seulement
350 exemplaires dont moins du tiers furent exportées.
(note 6)

Mazda Cosmo Sport 1969

Toyota 2000GT 1968
La loi sur l'industrie automobile ne fut jamais adoptée.
L'histoire démontra son inutilité, car Honda fut le
dernier manufacturier automobile japonais à s'implanter.
En fait, en 1967 Toyota fit l'acquisition de Hino et de Daihatsu;
à partir de ce point Hino redevint exclusivement un constructeur
de camions, mettant au rancart le tout-à l'arrière
japonais hérité de la 4CV. Daihatsu poursuivit la
production de micro-voitures.
Nissan absorba Prince Motors en 1966, reconnaissant la qualité
de l'ingénierie de cette firme. Prince offrait depuis 1964
une version "sport" 6 cylindres de sa berline Skyline
qui s'était faite une renommée en compétition
sur piste. Nissan continua la fabrication de la Skyline sous sa
propre marque, lignée légendaire qui se poursuit jusqu'à
nos jours.
Toyota tenta dès 1957 de vendre sa Crown aux USA. D'abord,
le nom "Toyopet" fut accueilli avec dérision et
dut être abandonné; puis l'auto se révéla
gravement sous motorisée pour les réseaux d'autoroutes:
l'auto arrivait à bout de souffle à 100 km/h en près
d'une minute. Toyota la retira du marché américain
en 1960 alors que les concessionnaires restaient coincés
avec des exemplaires invendables - seulement quelques centaines
avaient été vendues. Nissan suivit en 1958 avec sa
Bluebird 210 et ses archaïques essieux rigides; elle ne fit
guère mieux que la Crown. Les premiers essais routiers par
les périodiques américains sont polis, parlent de
la qualité d'exécution, de valeur en fonction du prix
mais se lamentent du peu de performance et de la conception triste
à en pleurer.
Pendant ce temps, Honda avait abordé le marché américain
de la moto. Envoyé en explorateur autour du monde, M. Kihachiro
Kawashima constata rapidement que la motocyclette n'était
pas un moyen de transport aux USA: c'était un loisir, et
souvent celui d'une faune peu fréquentable. Malgré
sa recommandation d'aborder plutôt le sud-est asiatique, Honda
choisit le défi et Kawashima se retrouva responsable de conquérir
l'Amérique - avec $250,000. En 1959 il créa "American
Honda" dans une boutique de Los Angeles avec 8 employés.
Il construisit un réseau de concessionnaires avec des critères
sévères, puis entreprit à grands frais de publicité
un travail de missionnaire: celui de redorer l'image de la motocyclette
dans l'esprit du grand public. Par exemple, Honda fut la première
entreprise étrangère à commanditer le "Academy
Award". En quelques années le nom de Honda était
sur toutes les lèvres et le marché de la motocyclette
aux USA explosait.
Il fallut une approche un peu semblable pour que l'automobile japonaise
réussisse à s'implanter. En 1960, Nissan délégua
M. Yutaka Katayama aux USA pour établir la Nissan Motor Co.
plutôt que de distribuer ses autos à travers un importateur
indépendant. M. K, tel qu'il fut connu, développa
une vision juste du marché américain. Il croyait notamment
à l'importance de la course automobile pour la mise en marché
d'un produit, et dès 1963 annonça un programme d'assistance
technique et de commandite pour les coureurs de tous niveaux qui
choisissaient le roadster Fairlady comme monture.
Mais il fallait vendre autre chose que des roadsters, et la berline
Bluebird 410 était plutôt banale. M. K. influença
les concepteurs de l'usine en les harcelant de commentaires visant
à obtenir un design semblable à celui de la BMW 1600.
On employa un moteur à simple arbre à cames en tête
provenant de chez Prince, inspiré par Mercedes. Cette nouvelle
Bluebird s'appela 510. Enfin, les Japonais avaient en main une berline
moderne et performante, capable d'affronter les marchés étrangers.
L'équipe BRE de Pete Brock, le concepteur de la Cobra Daytona,
devint pratiquement équipe officielle de Nissan USA dès
le milieu des années 1960. La 510 se révéla
bien adaptée à la classe 2.5 litres de la série
Trans Am. Les luttes épiques entre les 510 de BRE et les
Alfa GTAm sont passées à l'histoire, se concluant
par des victoires de Datsun aux championnats 1971 et 1972. Cette
510 fit aussi merveille en rallye sur tous les continents, emportant
notamment une victoire à l'East African Safari.

Les luttes épiques entre les 510 de BRE et les Alfa GTAm
sont passées à l'histoire
Sur le marché canadien, Nissan fut le premier à s'installer
en 1965. Débutant sur la côte Ouest, ils ouvrirent
une succursale à Montréal en 1966 - un petit local
avec salle de montre dans le parc industriel de Pointe-aux-Trembles.
Également en 1965, la Canadian Motor Industries s'installa
à Montréal (sur Métropolitain, à côté
de l'ONF) et offrit non seulement les très conventionnelles
Toyota Crown et Corona, mais offrit aussi la plus moderne Isuzu
Bellett et distribua brièvement Alfa Romeo. Au total, un
peu moins de 3000 japonaises trouvèrent acquéreur
au Canada pendant chacune des deux premières années.
1967: à l'Expo, le gouvernement japonais avait prévu
devant son pavillon une terrasse où était exposée
une quinzaine d'autos de ses différents manufacturiers. Certains
critiquèrent cet étal un peu trop commercial, et après
quelques jours des fleurs prirent leur place. Mais 1967 marqua aussi
l'entrée sur le marché de la Corolla 1100 cc et de
la 510, et les ventes de japonaises doublèrent. Elles maintinrent
cette croissance jusqu'en 1971 pour atteindre un plateau de 100,000
autos par an alors que Datsun était devenue la marque importée
la plus vendue. L'introduction de la 240Z en 1970, une autre création
de M. K, fut un également un facteur de ce succès.

Le pavillon du Japon à Expo67 (on entrevoit les autos
sur la droite)
Honda établit une filiale pour distribuer ses motos au Canada
en 1969, à travers laquelle fut vendue une poignée
de minis N600. Mazda arriva au Québec en 1970 avec ses 1800,
ses 1200 et ses coupés R-100 à moteur rotatif, tandis
que Mitsubishi apparut en 1971 sous le pseudonyme "Dodge Colt".
Avec la Civic en 1973 Honda construisit un réseau automobile.
Subaru et Suzuki apparurent quelques années plus tard.
Mais les japonaises n'étaient pas encore infaillibles: les
moteurs fatiguaient souvent dès 100,000km, l'électricité
héritée des anglais laissait à désirer
par temps humide, et elles risquaient de tomber en poussière
dès le 3e printemps.
La crise de l'énergie du début des années
1980 fut un coup fatal pour les grosses américaines: les
ventes de japonaises doublèrent à 200,000 unités
soit une part de marché de 20%. Il en fut de même aux
USA: les autorités s'affolèrent. Les manufacturiers
japonais offrirent aux Américains de limiter volontairement
leur part de marché et débutèrent l'assemblage
en Amérique du Nord.
Si la part des japonaises dépasse aujourd'hui le tiers du
marché automobile canadien, les usines "japonaises"
d'Ontario exportent deux autos pour chaque unité vendue ici,
certaines allant
vers le Japon.
Notes:
1. connue pour avoir construit les chasseurs
Zero. retour
2. Lors d'une visite en France, M. Kozuki , le
chef ingénieur Hino, ne cessa de souligner poliment à
M. Picard, le créateur de la 4CV, les petits défauts
de cette dernière. Porté à bout et n'écoutant
que son orgueil, il fit essayer à Kozuki le prototype de
la Dauphine bien avant qu'il ne l'ait montré aux administrateurs
de la Régie
retour
3. Encore aujourd'hui, pour posséder une
auto de plus de 900 cc à Tokyo il faut faire preuve de détenir
une place de stationnement : place qui coûte environ $1000
par mois
retour
4. C'est le commentaire que fit "Road &
Track" dans son essai de la S600 en avril 1965. Honda ne s'est
pas inspiré de Lotus, car la S500 a en fait été
présentée avant la création de Chapman. Il
faudra attendre la Miata pour voir une copie japonaise de l'Elan.
retour
5. Cette Cooper 1961 est toujours propriété
de Honda et est exposée au musée de l'entreprise.
retour
6. Une seule 2000GT foula brièvement le
sol québécois, le temps d'un salon. retour
©VEA
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